‹ Ronces et lierresChapitre 12 sur 41 · NOUS N IRONS PLUS · texte numérisé non relu

NOUS N IRONS PLUS

Son nid ne peut être bien loin; Scrutez l'enfourchure du chêne :

Elle l'y pose comme un coin, Revêtu de mousse avec soin.

Mais, là-bas, un geai qui s'effare Fait sonner son aigre fanfare Et fuit d'arbre en arbre en jurant.

C'est l'oiseau le moins endurant :

Quand il quitte son nid, s'il sacre.

C'est le prélude qu'en rentrant Tout finira par un massacre...

Voici le vallon redouté

Où filtre une avare clarté

Du haut des hêtres centenaires.

Sur l'un d'eux, un gros nid sans art,

Ainsi les aigles font leurs aires;

C'est la demeure du busard

Qui porte un lièvre dans ses serres.

On consulte. Qui grimpera Là-haut? Nul n'ose... On reviendra Dimanche, avec la carabine

De l'oncle Jean, et l'on tuera Sur son nid l'oiseau de rapine, Avec lequel, aux basses-cours, On quêtera des œufs huit jours.

Allons plus loin. — Un chant suave De flûte d'or, discrète et grave, Monte dans le couchant vermeil; Sur son nid propice au sommeil Et que le vent tiède balance, Quand la foret tombe au silence, Le loriot jase au soleil.

Mais l'ombre croit sous les ramures.

Les chants ont fait place aux murmures.

Aux soupirs, aux bruissements;

Et de vagues trottinements

Vers la pâture ou vers l'eau fraîche

Nous causent des effarements...

Plus d'un se sent la gorge sèche.

NOUS N' IRONS PL us... 2f

Oh! ces sinistres carrefours

Où des chemins pleins de détours

Assemblent leurs ogives noires î

Et nous pensons au Drac, aux loups,

A de ténébreuses histoires

Qui se dressent dans nos mémoires

Et nous font courir, les veux fous...

Respirons, voici la clairière.

Les taillis, la rose lumière

Du soleil mourant sur les prés.

On se retourne, rassurés.

Vers la forêt presque endormie,

Tout honteux de s'être apeurés

Sous son manteau de çrande Amie.

On voudrait presque y retourner.

Mais non : l'angélus va sonner Au clocher dont la girouette Resplendit seule à l'horizon.

L'engoulevent, sur le gazon, Fuit devant nous, et la chouette Entonne sa triste chanson.

La chouette!... Ah! mon pauvre rêve!

Ce seul mot soudain me l'enlève.

— Mon frère aimé, mes doux amis, Par ma chimère réunis Hors de la tombe qui vous garde, Dans les bois où mon cœur s'attarde Nous n'irons plus chercher des nids.

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