‹ Ronces et lierresChapitre 15 sur 41 · L ESSAIM · texte numérisé non relu

L ESSAIM

Je les regarde fuir longtemps, le cœur serré. Moi qui jadis gardais les ruches de mon père Et savais la chanson qui fait descendre à terre L'essaim le plus exaspéré,

Je n'ai pu recueillir les divines hôtesses (Ma mère m'apprenait qu'elles viennent du ciel) Dans un chalet fleurant le bois neuf et le miel, D'où leur rumeur joyeuse eût bercé mes tristesses.

Et d'où leurs bataillons armés (que savons-nous?

« Elles portent bonheur, » disait aussi ma mère)

Repousseraient loin de mon seuil l'Intruse amère

Dont le regard rompt les genoux;

Tandis que leur effort ardent, fiévreux, sans trêve.

Pour récolter un miel à d'autres destiné,

Ferait honte de son labeur abandonné

Au poète vieilli qui renonce à son rêve.

Au semeur qui s'endort sans avoir moissonné.

Vo4CNiS LES T\ÉS

DANS les grands prés, aux alentours de Pentecôte, Quand rherbe, fraiche et verte enccr, mais déjà haute, Ondule mollement sous des souffles furtifs, Qu'elle jase et bruit de grillons et de sources, Appelant de très loin les écoliers captifs. Enragés de nids et de courses:

Je voudrais, une fois dernière, aller m'asseoir. Tout seul et tout un jour, à l'endroit où le soir Allonge lentement l'ombre des bois de hêtres. Et là, parmi les fleurs innombrables, mes yeux Occupés tour à tour des mille petits êtres De l'herbe et de l'azur des cieux.

DANSLESPRÉS 3]

L'oreille aux bruits, aux chants, aux infinis murmures Des haleines errant au front des moissons mures. Me bercer doucement et dormir à demi.

Sans remords ni regrets, sans projets ni pensée. Sous les arbres du bois profond, mon vieil ami, Où mon enfance est dispersée;

Voir passer vaguement, comme en songe accourus Et glissant sur les fleurs, tous les chers disparus Avec qui je foulais autrefois ces collines. Et retrouver leurs voix, leurs rires, leurs chansons Dans les feuilles ou l'herbe, ou les eaux cristallines. Ou le cantique des moissons.

Qiielqu'un vient par le fond de l'étroite vallée. Une forme légère et qu'on dirait voilée... Elle glisse, pieds nus, sur les narcisses blancs. « Enfance! douce fée! » Elle sourit et passe. Et gravit la montée à pas muets et lents. Et dans l'azur laiteux s'efface...

Soudain, des écoliers joueurs sortent du bois. Leurs mains pleines de nids... Je distii^ue leurs voix Et pourrais les nommer de leurs noms au passage. m. Mes amis! mes amis! » Ils se sont retournés. M'ont regardé, n'ont pas reconnu mon visage. Et sont partis tout étonnés...

Qui âonc cbanie li-bas, près des aulnes où muse Le ruisseau monchâlami qm va, revîeoî et ruse Avec la pente qui Fentraîne au goufire amer ? Des faneuses, bras nus au soleil, jambes nues Dans ITierbe, et le gosier plus joyeux et plus clair Que Talouette dans les nues.

Oh ! je les reconnais toutes. Adolescent, J^eus souvent sur le mien leur regard caressant^ Et le premier baiser d'amour m'est venu d'elles. Elles vont m'accueillir dans leur ronde. Je cours... — Personne! — Sous un vol de vertes demoiselles Le ruisseau fiiit comme les jours...

Et le rêve est fini ; la vie est là, si rude.

Qui me reprend avec ses gestes dliabitude.

Si loin de Fombre et des grands souffles apaisants...

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