DANS LES PRÉS
— Oh ! pour un jour, pour un seul jour, ou pour une heure Dans les prc5s tout en fleurs retrouver ses quinze ans!... Après, qu'importerait qu'on meure?
LES (( CoASroiGU^oilT^ES »
HUIT jours le vent du sud en flottes fantastiques A charrié de lourds nuages ruisselants Qiii passèrent, là-bas, sur nos sommets celtiques Et gonflèrent marrons et glands.
Et je songe qu'au clair soleil d'octobre, ou même Sous un ciel gris et doux traversé de corbeaux, A grand brujt le menu peuple des mas essaime Vers les combes et les coteaux
Où les châtaigniers roux de leurs larges ramures Ont déjà laissé choir sur le sol blanc d'aiguail. Par vastes chapelets bruns, les châtaignes mûres En fin corset glacé d'émail.
* Ramasseurs de châtaignes.
LES « CASTAGNAIRES » ^J
Les corneilles en ont déjà croqué plus d'une, Et sur d'autres le lièvre a mis sa dent, la nuit; L'écureuil même a profité du clair de lune Pour en rouler vers son réduit.
Mais les paniers pansus et les amples corbeilles Et le char s'empliront encore bien des fois, Malgré le lièvre et l'écureuil et les corneilles Et tous les écumeurs des bois...
A l'œuvre tous ! — Les mains plongent dans l'herbe fraîche, Et plus d'un a l'onglée et souffle sur ses doigts; Mais on fait de grands feux, on se chauffe, on se sèche, On rit, on chante à pleine voix.
Des disputes, des flirts rustiques, la trouvaille D'une tribu de beaux cèpes, d'un hérisson, — Bogue grise et vivante, et celle-là de taille, Et qui n'ouvre pas sa prison...
Tout amuse ou distrait. Et quand l'estomac clame, Dans un tronc caverneux où, l'hiver, le loir dort, Les marmots font griller sur la fougère en flamme Les châtaignes de sucre et d'or.
Le soir on s'en retourne à la ferme lointaine, Beaucoup moins las qu'au temps des foins et des moissoi La jupe un peu trempée, ou le tricot de laine, Mais la lèvre ouverte aux chansons.
Un brouillard fin bleuit la cime des futaies Que le vent du midi berce en les effeuillant; Le long du chemin creux le merle dans les haies Sautille et s'enfuit en riant.
Parce que, sous le houx épais qui les protège Au détour du chemin et leur permet d'oser, 11 a surpris un jeune échappé de collège Dérobant à Rose un baiser...
Une idvlle d'automne, aussi douce et plus pure Que celles qu'abritaient les cerisiers en fleurs; A qui ne manque rien, — pas même la torture De l'adieu prochain et des pleurs...
Ralentissez vos pas dans le chemin propice. Blottissez-vous bien près l'un de l'autre en marchant. Jouissez des émois de votre amour novice Et de vos deux cœurs se touchant:
LES « CASTAGNAIRES
Et sachez que jamais, jamais, quoi qu'il arrive. Vous ne retrouverez, vivriez-vous cent ans. Mes pauvres chers petits, la source fraîche et vive Où vous buvez quelques instants.
LES "BÊCcASSES
^4 la mémoire d'André Theuriet.
TANDIS que l'on chantait l'épitre de Toussaint, — Page d'Apocalvpse où le vieux chantre geint Et se débat, ainsi qu'un coq dans des étoupes, — Les bécasses, hier, arrivaient dans nos coupes.
Les bécasses, les beaux oiseaux silencieux, Discrets, furtifs, au manteau sombre, aux beaux grands yeu Amoureux des sous-bois feutrés de vieux feuillages. Les bécasses ont commencé leurs lon^s vova^es.
Elles sont au Lagast, ce soir; elles seront A Roupevrac, demain, et peut-être vivront — S'y trouvant à l'abri de l'autan et des bises — Une semaine ou deux en ses combes exquises.