POUR L ARBRE
Que leur fait l'avenir du champêtre héritage? Ils ont tout renié, même les ascendants Qui le leur ont conquis et légué d'âge en âge; S'ils pouvaient le sucer, le tarir davantage. Le détruire, ils mourraient contents.
Un beau coin de forêt se monnaye en une heure. On le vend; et la scie à vapeur, un matin. Grince sur les vieux troncs où la chouette pleure; Puis, la dent du troupeau ronge ce qui demeure, Et le sol descend au ravin...
Mon grand-père disait fréquemment à mon père : c< Quand tu coupes un arbre, enfant, plantes-en deux ! » Sagesse démodée à laquelle on préfère Ce conseil : « Mets partout de la pomme de terre; Engraisse des porcs et des bœufs. »
Et vous pensez, savant, orateur, publiciste, Conférencier lâché sur ce thème nouveau, Que de notre rustique âpre et positiviste, Et pour qui — grâce h vous — nul au-delà n'existe, Vous retournerez le cerveau?
Il fallait lui laisser l'idéal et le rêve, Sa couronne de fils forts et respectueux, Ne pas vider son cœur de crovance et de sève, Puisque sur la foi morte aucun germe ne lève Et qu'aux bois même il faut les cieux...
Crovant, le pavsan garderait sur les pentes Du domaine les bois par ses aïeux plantés, Ne leur prenant que ses timons et ses charpentes, Et quelques croix pour remplacer les croix tombantes Dans les vieux carrefours hantés.
En vovant qu'à son pied tout arbre centenaire A sa postérité de surgeons et de plants. Fils soumis que son front protège du tonnerre Et sur lesquels il fait son ombre débonnaire Par les étés lourds et brûlants,
Il mènerait ses fils à lui dans ces retraites, 11 leur ferait aimer ces géants doux et beaux. Debout dans les bas-fonds ou courbés sur les crêtes. Pleurant au vent d'hiver qui dépouille leurs têtes, Mais croyant aux printemps nouveaux;