‹ Ronces et lierresChapitre 36 sur 41 · D^OEL VE VIEUX · texte numérisé non relu

D^OEL VE VIEUX

OH ! la tristesse de ces fêtes de famille, Lorsque la famille n'est plus; Que la flamme dans l'âtre est éteinte, ou ne brille

Que pour deux pauvres vieux perclus Dont les enfants sont morts ou perdus dans les villes,

Fort loin, écrivant rarement.

Et qui tendent vers les tisons leurs doigts débiles

Agités d'un long tremblement...

Oui, c'est Noël, la fête intime sans rivale;

On est nombreux, chez les voisins; On chante, et les chansons dominent la rafale;

Les rires montent, francs et sains.

Dehors, les gens des mas, aux carillons des cloches.

Sous la limousine, en sabots.

Io8 RONCES ET LIERRES

Accourent à travers landes, forêts et roches,

Des tisons au poing pour flambeaux.

Vers la rustique église où Ton chante matines;

Leurs pas sur les sentiers durcis Sonnent... Et les deux vieux, pauvres faces chagrines

Ou se lisent tant de soucis, Restent silencieux à regarder la braise

De leur misérable fover, Svmbole de leurs cœurs usés où tout s'apaise,

Puis leur vieux lit de merisier A peu près large comme un cercueil à deux places,

Où tinrent pourtant leurs amours, Oli de calmes sommeils reposaient leurs chairs lasses

Des lessives et des labours, Et qui les sollicite encor de son coin d'ombre

Et- du retroussis de ses draps A chercher dans le rêve où toute angoisse sombre

L'oubli des morts ou des ingrats.

— Oui, couchons-nous, dit le bon vieux ; le bûcher baisse.

Et rhuile aussi dans le « calèl »; La messe de minuit, ce n'est plus notre messe : Fête de jeunes, la Noël!

— Allons donc nous coucher, consent la douce vieille,

iMais faisons la prière avant...

Elle la dit, et lui, répond : deux bruits d'abeille Perdus dans la nuit et le vent.

Page 1