‹ Ronces et lierresChapitre 35 sur 41 · POUR J.-H. FABRE · texte numérisé non relu

POUR J.-H. FABRE

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JE te salue aussi, mon glorieux aîné, Mon très rustique et très savant compatriote; Le vieux Rouergue d'où tu t'es déraciné

A Sérignan qui t'a pour hôte T'a généreusement prêté, mais non donné.

Et du haut Levezou, parfumé de bruyères, Des Palanges, taillis noirs et blondes clairières, Et de la lande rase et des maigres sillons

Oi\ l'alouette et les grillons Bercèrent tes sommeils d'enfant parmi les pierres.

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L'àme de notre sol se lève et te bénit.

Et parce que je suis du même coin de terre,

Que mon nid fut posé pas bien loin de ton nid,

Et que ce doux lien unit Un cadet de Brizeux au petit-fils d'Homère,

Je te transmets l'appel et le geste attendris

Que de ses hauts plateaux lointains elle t'envoie,

La vieille Mère à qui la Provence t'a pris.

Mais qui pardonne, dans sa joie De savoir grand un des meilleurs qu'elle ait nourris.

Aussi, lorsque l'essaim du rucher des .'annales T'aura versé le miel de ses fervents discours, Songe, sans renier le pavs des cigales,

Que les grillons chantent toujours Le long des noisetiers de nos combes natales;

Qu'il serait doux pour toi, chargé de gloire et d'ans,

De revoir une fois le logis des ancêtres,

Ou. s'il s'est écroulé sous les coups des autans.

Le robuste bouquet de hêtres Qui l'abritait et qui reverdit au printemps.

POUR J.-H. FABRE lOÇ

Et le petit clocher, et l'étroit cimetière

Où, dans la glaise brune et moelleuse à leurs reins.

Reposent la plupart de tes contemporains,

Et sous eux, poussière et litière, D'autres épis couchés dont nous sommes les grains.

Songe qu'il est Là-haut tel bon octogénaire Peut-être qui te vit petit pâtre, suivant Tes bètes sur la friche, observant et rêvant,

Q ui te nommait « visionnaire », Mais qui mourrait heureux de t'avoir vu savant;

Songe que sous un mur attiédi quelque aïeuh Q^ui file sa quenouille ou dit son chapelet Se souvient de l'adolescent qui l'appelait Pour lui faire admirer un criquet sur l'éteule, Puis, pensif, vers la gloire à jamais s'en allait:

Songe que les marmots apprennent à l'école Ton nom et ton renom, et, le long des ronciers. Par les vieux chemins creux marchent, extasiés Que l'on puisse se faire une belle auréole Avec des livres sur la mante et les bousiers...

Ecoute le concert de tant de voix bénies :

Voix du sol et des eaux, de l'azur, des bois sourds.

De l'agreste clocher aux frustes symphonies,

Et des vieux survivants et des primes amours;

Et donne à ton berceau quelques-uns de tes jours.

Déserteur couronné, vers ta Mère-nourrice Retourne, par un soir de printemps calme et doux, Mets-toi pieusement devant Elle à genoux,

Pour que sa rude main sur ton front assortisse A ton divin laurier une branche de houx.

NOËLDEVIEUX IO7

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