III
Les en voulez vous garder Ces rivières de courir, Et grues prendre et tenir Quant hault les vk^ voler ?
A telles choses muser, Voit on fol'^ souvent servir.
Les en voulez^ vous garder Ces rivières de courir ?
Laisse:(^ le temps tel passer Que Fortune veult souffrir ; Et les choses avenir Que l'en ne scet destourher.
Les en voule:(^ vous garder ?
Puis ça, puis la.
Et sus, et jus.
De plus en plus Tout vient et va.
Tous on verra, Grans et menus.
Puis ça, puis la.
Et sus, et jus.
Vieidx temps desjà S'en sont courus.
Et neuf:(^ venus.
Que dea ! que dea !
Puis ça, puis la.
84 CHARLES d'oRLÉANS
Quant tu es cour ci d'autres choses, Cueur, mieulx te vault en paix laisser ; Car s'on te vient araisonner Tost y trouves d'estr anges gloses.
De ton desplaisir monstrer n'oses A aucun, pour te conforter ; Quant tu es cour ce d'autres choses, Cueur, mieulx te vault en paix laisser.
De tes lèvres les portes closes Penses de saigement garder :
Que de hors neschappe Parler Qui descouvre le pot aux roses.
Quant tu es courcé d'autres choses.
Plus penser que dire Me convient souvent, Sans monstrer comnunt N'a quoy mon cueur tire.
Fûignant de soub^rire Quant suis tresdoknt, Plus penser que dire Me convient souvent.
En toussant, souspire.
Pour secrètement Musser fnon tourment.
C'est privé martire Plus penser que dire !
86 CHARLES d'oRLÉANS
xu
Yver, vous n'estes quun villain !
Esté est plaisant et gentil, En tesmoing de May et d'Avril Qui r accompaignent soir et main.
Esté revest champs , bois et fleurs De sa livrée de verdure Et de maintes autres couleurs, Par V ordonnance de Nature.
Mais vous y Yver, trop estes plain De neige, vent, pluye et gre^^il :
On vous deust bannir en exil.
Sans point flater, je parle plain, Y ver, vous n estes qu'un villain.
Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareillier son logis Et ont fait tendre ses tappiSj De fleurs et verdure tissus.
En estandant tappis velus De vert herbe pa r le païs, Les fourriers d^Esté sont venus Pour appareillier son logis.
Cueurs, d'ennuy pieçà morfondus, Dieu rnercy ! sont sains et jolis.
Ale^ vous en, prene:^ pats, Yver, vous ne demourrés plus :
Les fourriers d'Esté sont venus !
B'8 CHARLES d'oRLÉANS
Le temps a laissié son manteau De vent y de froidure et depluye, Et s* est vestu de brouderie De soleil, luyant cler et beau.
Il n'y a beste ne oyseau Qu'en son jargon ne chante ou crie Le temps a laissié son maîtteau De vent, de froidure et de pluye.
Rivière, fontaine et ruisseau Portent, en livrée jolie, Gouttes d'argent d'orfavrerie ; Chascun s'abille de nouveau.
Le temps a laissié son manteau,
En regardant ces belles fleurs
Que le temps nouveau d'Amours prie,
Chascune d'elle s'ajoUe
Et farde de plaisans couleurs.
Tant embasmées sont de odeurs Quil nest cueur qui ne rajeunie, En regardant ces belles fleurs Que le temps nouveau d'Amours prie !
Les oyseaulx deviennent danseurs Dessus mainte branche fletirie, Et font joyeuse chant erie De contres, de chans et teneurs. En regardant ces belles fleurs.
Qui est cellui qui s'en tendroit
De bouter hors Merencolie,
Quant toute chose reverdie.
Par les champs, devant ses yeulx, voit ?
Un malade s'en gueriroit Et un mort revend r oit en vie !
Qui est cellui qui s'en tendroit De bouter hors Merencolie 1
En tous lieux on le nommeroit Meschant endormy en follie.
Chasser de bonne compaignie, Par raison, chascun le devroit.
Qui est cellui qui s'en tendroit ?
Leve7(^ ces ctieuvrechtefs plus hault Qui trop cueuvrent ces heaulx visages.
De riens ne servent tel^^ umhrages, Quant il ne fait haie ne chault.
On fait à Beaiilté qui tant vault.
De la musscr tort et oultrages.
Levei ces cueuvrechiefs plus hault Qui trop cueuvrent ces heaulx visages.
Je sçay bien qu'à Dangier nen chault.
Et pense qu'il ait donné gages Four entretenir tel/^ usages.
Mais l'ordonnance rompre fault :
Leve^ ces cueuvrechiefs plus hault !
92 CHARLES d'oRLÉANS
xvra
Jeunes amoureux nouveaulx, En la nouvelle saison, Par les rues, sajts raison, Chevauchent, faisans les saulx.
Et font saillir des carreaulx Le feu, contfne de charbon, Jeunes amoureux nouveaulx.
En la nouvelle saison.
Je sçay se leurs ne travaulx Il:(^ employent bien ou non ; Mais piqués de l'esperon Sont autant que leurs chevaulx, Jeunes amoureux nouveaulx.
xrx
Gardei le trait de la fenestre.
Amans, qui par rues passe:^ ; Car plus tost en sere:( blesse^ Que de trait d'arc ou d'arbaîestre.
N'ale^ à dextre ne à senesîre Regardant; mais les yeulx besse:(^.
Garde:{ le trait de la fenestre, Amans, qui par rues passez^.
Se nave^ medicin bon mestre,
Si tost que vous sereT^ nawez,
A Dieu soye:{ recommande^!
Mort vous tiens ; demande^ le prestre.
Gardei le trait de lafenestre.
94 CHARLES d'oRLÉANS
A qui vende^ vous vo^^ coquilles, Entre vous, amans pèlerins ?
Vous cuide:^ bien, par vos engins, A tous pertuis trouver chevilles.
Sont ce coups d'esteufs ou de billes Que fere:!^ tesnioing vo:{ voisins ?
A qui vende:{ vous vo^ coquilles, Entre vous, amans pèlerins ?
On congnoist tous vo^ tours d'estrilles Et bien clerement vo:( latins.
Trote:^, reprene:(^ vo:{ patins.
Et trousse^ vo^ sacs et vo:( quilles ! A qui vende^ vous vo:^ coquilles !
En Vordre de ynariage A il desduit ou courrons ?
Comment vous gouverne^ vous ?
Y devie?it on fol ou sage ?
Soit aux vieulx ou jeunes d'âge, Rapporter m'en vueil a tous.
En ï ordre de mariage A il desduit ou courroux ?
Le premier an, c'est la rage Tant y fait plaisant et doulx !
Après f au It toussir ; la toux Cesser me fait de langage, En l'ordre de îuariage !
96 CHARLES d'oRLÉANS
Quant n'ont asse^ fait dodo Ces petit^ enfanchonnés, III portent soub/^ leurs bonnes Visages plains de bobo.
C'est pitié s'il:^^ font jojo Trop matin, les doulcinés, Quant nont asseï fait dodo Ces petit^ enfanchonnés.
Mieux amassent à gogo Gésir sur mol^ coissinés, Car il:{ sont tant poupines !
Hélas ! c'est : gnogno, gnogno !
Quant n'ont asse^ fait dodo.
Laisse:^ aler ces gorgîas, Chascîin yver, à la pippce ; Vous verrei comme la gelée Reverdira leurs estomas !
Dieu scet s'il:^ auront froit aux bras Par leur manche deschiquetée !
Laisse^i aler ces gorgias, Chascun yver, à la pippée.
Il:( portent peti^ soûl ers gras, A une poulaine embourrée.
Froidure fera son entrée Par leurs talons nu^par embas.
Laisse:^ aler ces gorgias.
98 CHARLES d'oRLÉANS
Riens m valent ses mirlifiques Et ses menues oberliques.
D'où vene:<^ vous, petit mercier ?
Gueres ne vaiilt vostre inestier, Se me semble, ne vo:( pratiques.
Chier les teneÀ^ comme reliques !
Les vouk/^ vous mettre en croniques ?
Fous ny gangnere:(^ ja denier.
Riens ne valent ses mirlifiques Et ses menues oberliques.
Uoii venex^ vous, petit mercier ?
En plusieurs lieux sont trop publiques ; Et pour ce, sans faire répliques, Desploiez^ tout vostre pannier , Affin quon y puisse ser chier Quelques bagues plus auctentiques .
Riens ne valent ses mirlifi'ques.
Petit mercier ! petit pan nier !
Pourtant se je nay marchandise Qui soit du tout à vostre guise, Ne hlasme:^, pour ce, mon mestier.
Je gangne denier à denier , — C'est loiîigs du trésor de Venise (Petit mercier ! petit pannier !) Pourtant, se je nay marchandise !
Et tandis qu'il est jour ouvrier, Le temps pers quant à vous devise.
Je voys parfaire mon emprise Et parmy les rues crier :
Petit mercier, petit pannier
BiÈLIO
100 CHARLES d'ORLÉANS
Près là ! Briquet aux pendantes oreilles; Tu sce^ que c'est de desduit de gibier. Au der renier tu auras ton loyer.
Et puis seras viande pour corneilles.
Tu ne fais pas miracles mais merveilles, Et as aide pour te bien enseigner.
Près là ! Briquet aux pendantes oreilles ; Tu. sce:( que c'est de déduit de gibier.
A toute heure diligemment traveilles Et en chasse vaulx auta^it qu'un limier ; Tu am aines, au iiltre de lévrier, Toutes bestes, et noires et vermeilles, Près là, Briquet aux pendantes oreilles.
Laisse:^ Baude buissonner.
Le vieil Briquet se repose ; Désormais traveiller n'ose, A bayer ne mot sonner.
On lui doit bien pardonner :
Un vieillart peut pou de chose !
Laisse^ Bande buissonner; Le vieil Briquet se repose.
Et Vieillesse emprisonner La voulu en chambre close.
Par quoy fentens que propose Plus peine ne lui donner.
Laisse^ Baude buissonner !
xxvni
Puis que par deçà denwurons, Nous Saulongnois et Beaus serons.
En la maison de Savonnieres, Souhaide:^ nous des bonnes chieres Des Bourbonnais et Bourguignons.
Aux champs, par hayes et buissons, Perdrix et lyevres nous prendrons Et yront pescher sur rivières ; Puis que par deçà démolirons , Nous Saulongnois et Beausserons, En la maison de Savonnieres.
Vivres, tabliers, cartes aurons
Où souvent nous estudirons
Vins, mangers de plusieurs manières.
Calerons, sans faire prières.
Et de dormir ne nous faindrons,
Puis* que par deçà demourons.
Dedans l'aimureiise cuisine Où sont les bons, frians morceaux, Avaler les convient tous chaulx, Pour reconforter la poictrine.
Saulce ne faut, ne canieline, Pour jeunes appetH:^ nouveaulx, Dedans l'anioureuse cuisine Où sont les bons, frians morceaux.
Il souffist de tendre geline Qui soit sans os, ne vieilles peaulx, Mainssée de plaisans cousteaux :
C'est au cucur vraye medicine.
Dedans l'amoureuse cuisine.
Soupper ou baîng et disner ou bateau, En ce monde n'a telle compaignie !
Vun parle ou dort, et Vautre chante ou crie. Les autres font balades ou rondeau.
Et y boit on du viel et du nouveau ; On rappelle le desduit de la pie.
Soupper ou baing et disner ou bateau.
En ce monde na telle compaignie.
Il ne me chault ne de chien ne d'oiseau ! Quant tout est fait, il fault passer sa vie Le plus aise quon peut, à chiere lie.
A mon advis, c'est mestier bon et beau, Soupper ou baing et disner ou bateau.
En yver, du feu, du feu, Et en esté, boire, boire !
C'est de quoy on fait metnoire Quant on vient en aucun lieu.
Ce nest ne bourde ne jeu ; Qui mon conseil vouldra croire :
En yver, du feu, du feu.
Et en esté, boire, boire !
Chaulx morceaux fai^ de ban queu Fault en froit temps, voire, voire !
En chault, froide pomme ou poire, Cest r ordonnance de Dieu.
En yver, du feu, du feu !
I06 CHARLES d'oRLÉANS
Saluex moy toute la compaignie Où à présent estes à chiere lie ; Et leur dictes que voulentiers seroye Avecques eulx, mais estre n'y pourroye Four Vieillesse qui m'a en sa haillie.
Au temps passée Jeunesse si jolie
Me gouvernoit; las ! or ny suis je mie !
Et pour cela, pour Dieu ! que excusé soye,
Salue:(^ moy toute la compaigfiie
Où à présent estes à chiere lie,
Et leur dictes que voulentiers seroye.
Amoureux fus, or ne le suis je mie, Et en Paris menoye bonne vie.
Adieu Bon Temps ! ravoir ne vous saroye. Bien sanglé fus d'une estroite courroye Que, par Aige, convient que la deslie.
Salue:( moy toute la compaignie !