‹ Rondeaux choisisChapitre 3 sur 6 · DIEU, Q.U IL LA FAIT BON REGARDER · texte numérisé non relu

DIEU, Q.U IL LA FAIT BON REGARDER

Dieu, qu'il la fait bon regarder La gracieuse, bonne et belle !

Pour les grans biens qui sont en elle, Chascun est prest de la louer.

Oui se pourroit d'elle lasser ?

Toujours sa beaiilté renouvelle.

Dieu, quil la fait bon regarder La gracieuse, bonne et belle !

Par deçà, ne delà la mer.

Ne sçay Da^ne ne Damoiselk Oui soit en tous biens parfais telle ; C'est un songe que d'y penser.

Dieu, qu'il la fait bon regarder !

36 CHARLES d'oRLÉANS

Qui la regarde de mes yeulx Ma Dame, ma seule maistresse, En elle voit, à grant largesse, Plaisirs crois sans de bien en fnieulx.

Son parler et maintien sont tieulx Quil:^ mettent un cueur en liesse, Qui la regarde de mes yeulx Ma Dame, ma seule maisiresse.

Tous la suient, jeunes et vieulx ; Dieu scet quelle nest pas sans presse ! Chascun dit : Cest une déesse Qui est descendue des cieulx; Qui la regarde de mes yeulx.

DIEU, au IL LA FAIT BON REGARDER 37

Le voule:( vous Que vostre soye ?

Rendu in octroyé, Pris ou recous.

Ung mot pour tous, Bas, qu'on ne Toye :

Le voulez^ vous Que vostre soye ?

Maugré jaloux, Foy vous tendroye.

Or sa ! ma joye.

Accordons nous, Levouk:^ vous?

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puis qu'il me fault loing de vous demourer, Je nay plus riens, à me reconforter , Qiiun souvenir pour retenir lyesse.

En allegant, par Espoir, ma détresse.

Me conviendra le temps ainsi passer, Ma seule amour, ma joye et ma maistresse. Puis quil me fault loing de vous demourer.

Car mon las cueur, bien garny de tristesse. S'en est voulu avecques vous aler ; Ne je ne puis jamais le recouvrer Jîisques verray vostre belle jeunesse, Ma seule amour, ma joye et ma maistresse.

DIEU, qu'il la fait BOX REGARDER 3^

Logiei moy entre vo:^^ bras Et m envoyé^ doulx haisier Qui me ziengne festier U aucun amoureux soûlas.

Tant dis que Dangier est las Et le voye:( sommeillier, Logie:(^ moy entre vo:(^ bras Et m'envoye:^^ doulx baisier.

Pour Dieu ! ne resveillez^ pas Ce f aulx, envieux Dangier.

Jamais ne puist sesveillier !

Faittes tost et parle:^ bas.

Logiez moy entre vo:^ bras.

S'il vous plaist vendre vos haisiers, J'en achatteray vouhntiers ; Et en aurés mon cueur en gage.

Pour les prandre par héritage, Par dou:(aines, cens ou milliers.

Ne nu les vendes pas si chiers

Que vous fériés à estrangiers.

En me recevant en hommage,

S'il vous plaist vendre vos haisiers,

J'en achetteray voulentiers,

Et en aurés mon cueur en gage.

Mon vueil et mon désir entiers Sont vostres, maugré tous dangiers.

Faittes, comme loyalle et sage, Que pour mon guerdon et partage.

Je soye servy des premiers, S'il vous plaist vendre vos haisiers.

DIEU, au IL LA FAIT BON REGARDER 4I

Je ne prise point telx haisiers Qui sont donne'^^ par contenance Ou par manière d'acointance; Trop de gens en sont parçonniers.

On en peut avoir par milliers, A bon marchié, grant habondance.

Je ne prise point tel^ baisiers Oui sont donne:(par contenance.

Mais savex vous lesquels sont chiers ?

Les priveT^ venans p.ir plaisance.

Tous autres ne sont, sms doubtance, Que pour festier est rang iers.

Je ne prise point tel:( baisiers !

42 CHARLES d'oRLÉANS

xn

Monstre:^ les moy ces povres yeulx Toits hatwx^ et défigure'^.

Certes il^ sont fort empire^^ Depuis hier qiiil'^ valloient mieulx.

Ne se congnoissent il\ pas tieiilx ?

Mal se sont au matin mirez^.

Monstre::;^ les nioy ces povres yeulx Tous hatu:{ et deffigure^.

Ont il^^ pleuré devant leurs Dieux Comme de leur grâce inspire^J Ou s'il'^ ont mains travaulx tire:(^, Privéement, en aucuns lieux ?

Monstre"^ les moy ces povres yeulx !

DIEU, au'iL LA FAIT BON REGARDER 43

xni

Je me niet^ en vostre tnercy, Très belle, bonne, jeune et gente.

On ma dit qu'estes mal contente De moyj ne sçay s'il est ainsi.

De toute nuit je nay dormy ; Ne pense:(^ pas que je vous mente.

Je me niet:i^ en vostre mercy, Très belle, bonne, jeune et gente.

Pour ce, très humblement vous pry Que vous me dittes vostre entente ; Car d'une chose je me vante :

Qu'en loyauté n'ay point failly.

le me met^ en vostre mercy.

44 CHARLES DORLÉAlfS

J'estraine de bien loing m amie De cmiir, de corps et qiianqm fay ; En bon an lui souhaideray Joye, santé et bonne vie.

Mais que ne mestraine d'oublié Ne plus ne moins que la feray.

J'estraine de bien loing m'amie De cueur, de corps et quanque fay.

Mon cueur de chapel de Soussie, Ce jour de Van, estraineray ; Et à elle présenteray Des fleurs de Ne m'oublie^ mie.

J'estraine de bien loing m'amie!

DIEU, au'iL LA FAIT BON REGARDER 45

îcv

Quant je fus pr lus au pavillon De ma Dame tresgente et belle, Je me hrulay à la chandelle Ainsi que fait le papillon.

Je rougi/^ comme vermeillonj Ainsi flambant qiiune estincelle, Quant je fus prins au pavillon De ma Dame tresgente et belle.

Si j'eusse esté esmerillon

Ou que f eusse eu aussi bonne aile,

Je me f eusse gardé de celle

Qui me bailla de V aiguillon,

Quant je fus prins au pavillon.

4^ CHARLES d'oRLÉANS

Oste:( vous de devant moy, Beaultéj par vostre serment ; Car trop me tempte^ souvent.

Tort ave^ ; tene:(^ vous coy.

Toutes les foi^ que vous voy Je suis je ne sçay comment.

Oste:( vous de devant moy, Beaulté, par vostre serment.

Tant de plaisirs fapperçoy En vous, à mon jugement, Quil:(^ troublent mon pensement.

Vous me greve^, sur ma foy :

Oste:(^ vous de devant moy l

DIEU, au IL LA FAIT BON REGARDER 47

xvn

Encore lui fait il grant bien De veoir celle qiia tant amée, A celui qui cueur et pensée Avait en elle, comme sien.

Combien qu'il n'y aye plus rien Et qu'autre la lui ait ostée, Encore lui fait il grant bien De veoir celle qu'a tant ame.

En regardant son doulx maintien Et son fait qui moult lui agrée, S'il la peut tenir embrassée.

Il pense qu'une foi^ fust sien :

Encore lui fait il grant bien.

I4B CHARLES d'oRLÉANS

Fiiyei le trait de doulx regard, Ciieiir qui ne vous save^^ défendre, Veu qu'estes désarmé et tendre; Nul ne vous doit tenir couard.

Vous seres pris, ou tost ou tard, S' Amour le veult bien entreprandre !

Fuye:{ le trait de doulx regard, Cueur qui ne vous save^ défendre.

Retrayei vous sous Festandard De Nonchaloir — sans plus attendre.

S'a Plaisance vous laissiez^ rendre.

Vous estes mort ; Dieu vous en gard ! Fuye:(^ le trait de doulx regard.

DIEU, QP'iL LA FAIT BON REGARDER 49

Ennemy, je te conjure, Regart, qui aux gens cours sas, Vieillars aux mentons chenus, Dont suis, n avons de toy cure !

Jeune, navré de hlesseurt Fui par toy ; ny rmens plus, Ennemy, je te conjure, Regart, qui aux gens cours sus !

Va quérir ton avanture Sus amans nouveaulx venus.

Nous, vieulx, avons obtenus Saufconduiti, de par Nature.

Ennemy, je te conjure !

J'ay esté Poursuivant d'Amours, Mais maintenant je suis Hérault ; Monter mefault en l'eschajfault Pour juger des amoureux tours.

Quant je verray riens à rebours, Dieu scet se je crier ay bien hault :

J'ay esté Poursuivant d'Amours, Mais maintenant je suis Hérault !

Et s amans vont faisant les lours, Tantost congnoistray leur deffault.

Ja devant moy clochier ne fault !

D'amer sçay par cueur le droit cours J'ay esté Poursuivant d'Amours.

Le monde est ennuyé de moy, Et moy pareillement de Iny.

Je ne congnois rien au jour d\iy Dont il me chaille que bien poy ;

Dont quanque devant mes yeulx voy, Puis nommer anuy sur anuy !

Le monde est ennuyé de tnoy. Et moy pareillement de Itiy.

Chierement se vent bonne foy ;

A bon marchié nen a nulluy.

Et, pour ce, se je suis celluy

Qui ynen plains, j'ay raison pourquoy

Le monde est ennuyé de moy.

Î4 CHARLES d'oRLÉANS

A Dieu ! qu'il manuye !

Hélas ! qu'est ce cy ?

Demourray je ainsy En merencolie ?

Qui que chante ou rie, J'ay tous jour s soussy.

A Dieu ! qu'il nianuye !

Hélas ! quest ce cy ?

Penser me guerrie Et fortune aussy, Tellement et sy Fort que hé ma vie !

A Dieu ! qu'il m'anuye !

ni

A ce jour de saint Vakntin Que chascun doit choisir son per, Amours, demourray je non per, Sans partir à vostre butin ?

A mon resveillier, au matin, Je ny ay cessé de penser, A ce jour de saint Vakntin Que chascun doit choisir son per.

Mais Nonchaîoir, mon medicin.

M'est venu le pousse taster.

Qui m'a conseillié reposer Et rendormir sur mon coissin, A ce jour de Saint Vakntin.

Quant fay ouy le tahonrin Sonner pour s* en aler au May, En mon lit n'en ay fait effray Ne levé mon chief du coissin ;

En disant : il est trop matin.

Un peu je me rendormiray, Quant fay ouy le tahonrin Sonner pour s'en aler au May.

Jeunes gens partent leur butin !

De Nonchaloir niacointeray, A lui je m'abutineray :

Trouvé Fay plus prouchain voisin, Quant j'ay ouy le tabourin,

Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée, Dedens mon jardin de Pensée Avecques mon cueur seul entray.

Dieu scet s'entrepris fu^ d'esmay!

Car en plourant tout regarday Destruit d'ennuyeuse gelée, Ce pi' entier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée !

En gast, fleurs et arbres trouvay.

Lors au jardinier demanday Se Desplaisance nmleurée.

Par tenipeste, vent ou îtiiée, Avoit fait ce piteux array.

Ce premier jour du mois de May,

58 CHARLES d'oRLÉANS

Ou puis parfont de ma merencolie, Veaue d'Espoir' ne cesse de tirer.

Soif de Confort la me fait désirer, Quoy que souvent je la trouve tarie.

Nette la voy, ung temps, et esclercie, Et puis après troubler et empirer.

Ou puis parfont de ma merencolie, Leaue d'Espoir ne cesse de tirer.

Uelle trempe mon encre d'estudie.

Quant fen escrips ; mais pour mon cueur irer,

Fortune vient mon pappier dessirer ;

Et tout gettCy par sa grant felonnie,

Ou puis parfont de 7?ia inerencolie.

ENNUYEUSE MERENXOLIE 59

D'Espoir, et que vous en diroye ?

Cest ung beau bailleur de parolles ; Il ne parle qu en par aboli es Dont ung grant livre fescriroye.

En le lisant je nie riroye, Tant auroit de choses frivolles.

n Espoir, et que vous en diroye 1 Cest ung beau bailleur de parolles I

Par tout ung an ne le liroye.

Ce ne sont que promesses folles Dont il tient chascun jour escolles.

Telles estudes n es liroye D'espoir ; et que vous en diroye ?

6o CHARLES d'qRLÉANS

VIIT

Toiisjoiirs dictes :Je vien, je vien !

Espoir ; je vous congnois asse^.

De vo:( promesses me lasse^, Dont peu à vous tenu me tien.

Je vous requier au besoin mien :

Legierement vous en passe:^.

Tous jour s dictes : Je vien, je vien ! Espoir; je vous congnois asse^.

Vous ne vous acquitte:^ pas bien Vers nioy, quant ung peu ne casse^ Les soussi^ que j'ay amasse:^.

En me contentant d\in beau rien.

Tous jours dictes : Je vien, je vien !

ENNUYEUSE MERINCOLIE 6l

Deux oti trais couples d'Ennuys J'ay tousjours en ma maison ; Désencombrer ne m'en puis ;

Quoy qu'à mon povoir les fuis, Par le conseil de Raison, Deux ou trois couples d'Ennuys.

Je les chasse d'où je suis ; Mais, en chascune saison, Il:{ rentrent par ung autre huis Deux ou trois couples d'Ennuys.

Et bien, de par Dieu, Espérance, Esse doncqnes vostre plaisir !

Me voiile:(^ vous ainsi tenir Hors et ens tousjours en balance ?

Ung jour fay vostre bienveillance, L'autre ne la sçay où quérir.

Et bien, de par Dieu, Espérance, Esse doncques vostre plaisir !

Au fort f puis que suis en la dance.

Bon gré rnau gré, m'y fault fournir ; Et ny sçay de quel pié saillir :

Je reciiUe, puis je nf avance. Et bien, de par Dieu, Espérance !

G est pour rompre sa teste

De Fortune tanser

Qui à riens ne s'arreste !

Trop seroit fait en beste.

C'est pour rompre sa teste De Fortune tanser !

Quant elle tient sa j'este, Les aucuns fait danser, Et les autres tempeste.

Cest pour rompre sa teste!

^4 CHARLES d'oRLÉANS

Ne hurte:( plus à ruts de ma Pensée, Soing et Soucy, sans tant vous traveiller ; Car elle dort et ne veult s'esveiller : Toute la nuit en paine a despensée.

En dangier est, s'elle nest bien pansée. Cesse^y cesseï, laisse^^ la sommeiller.

Ne hurte:( plus à l'iiis de ma Pensée, Soing et Soucy, sans tant vous traveiller.

Pour la guérir, Bon Espoir a pensée Médiane qu'a fait apareiller.

Lever ne peut son chief de l'oreiller Tant quen repos se soit recompensée. Ne hurte:^ plus à Vuis de ma Pensée.

Mon cueiir, estouppe tes oreilles, Pour le vent de Merencolie ; S'il y entre, ne doubte mye :

Il est dangereux à merveilles.

Soit que tu dormes ou tu veilles, Fays ainsi que dy, je feu prie :

Mon cueur, estouppe tes oreilles.

Pour le vent de Merencolie.

Il cause doleurs nompareilles Dont s'engendre la maladie Qui nest pas de legier guérie.

Croy tnoy, s'a Raison te conseilles, Mon cueur, estouppe tes oreilles.

66 CHARLES d'oRLÉAXS

Fenmi lui Vuis an visaige, Mon ciietir, à Merencolie!

Gardei quelle n entre mie Pour gaster nostre mesnaige.

Comme le chien plein de raige Chasse^ la, je vous en prie.

Ferme:( lui l'uis au visaige, Mon cueur, à Merencolie!

C'est trop plus nostre avantaige D'estre sans sa compaignie ; Car tousjours nous tanse et crie, Et nous porte grant dommaige.

Ferme^ lui l'uis au visaige !

^/é-^ voîis en d*ont vous venc^, Ennuyeuse Merencolie !

Certes on ne vous mande mie, Trop privée vous devene:^.

Soussy avecques vous mene^.

Mon huis ne vous ouvreray mie.

Ale:^ vous en d'ont vous vene:(^, Ennuyeuse Merencolie !

Car mon cuetir en tournunt tene^, Quant estes en sa compaignie.

Prene^ congié, je vous en prie, Et jamais plus ne retourne"::^.

Alei^ vous en d'ont vous vene^î

68 CHARLES d'oRLÉANS

Ale:( vous en, ale^, aler

Sonssy, Soing et MerencoUe !

Me cidde:^ voiiSj toute ma vie.

Gouverner, comme fait ave^ ?

Je vous prometT^ que non fere:( :

Raison aura sur vous maistrie.

Ale:( vous en, ale:^, ale^^, Soussy, Soing et MerencoUe !

Se jamais plus vous retourne:^ Avecques vostre compaignie, Je pry à Dieu qu'il vous maudie Et ce par qui vous revendre^ !

Ale:( vous en, alei, ale^ !

Remède comment Pourray je quérir Du mal qu'a souffrir J'ay trop longuement ?

Qu'en dit loyaument Conseil? Sans mentir, Remède comment Pourray je quérir ?

Pour abrègement :

Guérir, ou mourir !

Plus ne puis fournir, Se Sens ne maprent Remède comment.

xvm

Pourtant s'avale soussiz^ mains,

Sans mâcher, en peine confi:^,

Si ne seront ja desconfi^

Les pensers qui m'ont en leurs mains.

En ce propos seurement mains Quil:( vendront à aucuns prouffi:(, Pourtant, s'avale soussi^ mains.

Sans mâcher, en peine confi^^.

Travail mettray, et soirs et mains, Autant ou plus quoncques je fi:(^ — S'a les achever ne souffi^ — D'en faire quelque chose au mains.

Pourtant ! s'avale soussi:^^ mains.

Mon cuenr, il me fauJt estre mestre A 7na foi:(j aussi bien que vous.

N'en a)e^ ennuy ou courroux ; Certes il convient ainsi estre.

Trop longuement fnave:^ fait pestre Et tousjours tenir au dessous.

Mon ciieur, il mefault estre mestre, A mafoi:(j aussi bien que vous.

Alle^ à dextre ou à senestre, Pris sere:{, sans estre rescous ; Passer vous fault, mon amy doidxy Ou par là ou par la fenestre.

Mon cueur, il mefault estre mestre.

Alons nous eshatre, Mon cueur, vous et moy Laissons, à part soy, S ou s si se conihatre.

Tous jours veult dehaire Et jamais nest coy.

Alons nous eshatre, Mon cue7tr, vous et moy.

On vous devroit hatre Et monstrer au doy, Se dessouh^ sa loy Fous laissie:!^ ahatre.

Alons nous eshatre.

Devenons saiges desoimais,

Mon cîieur, vous et moy, pour Je mîeulx,

Nos oreilles, aussi no:(^ yeulx,

Ne croyons de legier jamais.

Passer fault nostre temps en paix, Feu que sommes an renc des vieulx.

Dez'enons saiges désormais, Mon ciieur, vous et nioy, pour le mieulx.

Se nous povions par nos souhaid^ Rasjeunir, ainsi in aide Dieux, Feu Grejoys ferions en mains lieux !

Mais les plus grans coups en sont fai'^... Devenons saiges désormais.

76 CHARLES d'oRLÉANS

C'est grant paîne que de vivre en ce tnonde ; Encore esse plus paine de mourir.

Si convient il, en vivant, mal souffrir. Et au derrain, de mort passer la bonde,

S^ aucune foi^ joye ou plaisir abonde.

On ne les peut longuefneni retenir.

C'est grant paine que de vivre en ce monde; Encore esse plus paine de mourir.

Pour ce, je veuil comme un fol qu'on me tonde

Se plus pense, quoy que voye avenir.

Qu'à vivre bien et bobine fin quérir.

Las ! il nest rien que Soussy ne confonde.

C'est grant paine que de vivre en ce monde !

Pense de toy Dorénavant ; Du demourant Te chaille poy.

Ce monde voy En empirant.

Pense de toy Dorénavant.

Regarde et oy ; Va peu parlant.

Dieu tout puissant Fera de soy.

Pense de toy.

yS CHARLES d'oRLÉANS

M'appeh^ vous cela jeu, Enfroit d'aler par pays ?

Or pîeust à Dieu que à Paris Nous /eussions emprès h feu !

Nostre prouffict veulent peu Qui en ce point nous ont mis !

M'appele^ vous cela jeu, Enfroit dealer par pays ?

Deslyer nous fault ce neu, Et desployer fai^ et dis ; Tant quaviengne mieulx ou pis Passer convient par ce treu.

M'appelei vous cela jeu ?

Je ne hanis pour autre avoine Que de m'en retourner à Blois.

Trouvé me suis, pour une fois, Asseï longuement en Touraine.

pay gale, à largesse pleine.

Mes gr ans poissons et vins des Grois.

Je ne hanis pour autre avoine Que de m'en retourner à Blois.

A la court plus ne prendray paine Pour gêner aulx et millenois.

Confesser à présent m^en vois Contre la peneuse sepmaine :

Je ne hanis pour autre avoine.

8o CHARLES d'oRLÉANS

Pour ce qu'on jouxte à la quintaine A Orléans, je tire à Blois.

Je me sens foulé du harnois Et veulx reprendre nwn alaine.

Raisonnable cause m'y maine ; Excusé soye ceste fois.

Pour ce quon jouxte à la quintaine A Orléans, je tire a Blois.

Je vous promet^ que c'est grant paine De tant faire : baille lui bois / Eslongner quelque part, du mois, Vault mieulx, pour avoir teste saine.

Pour ce quon jouxte à la quintaine.

DEVENONS SAIGES DESORMAIS 8l

vn

Que cuide:^ vous qu'on verra Avant que passe l'année ?

Mainte chose démenée Estrangement, ça et Va.

Feu que de? cy, et des ja, Court merveilleuse hrouée !

Que cuidei vous qu'on verra Avant que passe l'année ?

Viengne que advenir pourra !

Chascun a sa destinée, Soit que desplaise ou agrée.

Quant nouveau monde vendra, Que cuidey vous quon verra ?

82 CHARLES d'oRLÉANS

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