‹ Ronsard en ItalieChapitre 29 sur 113 · FAVEUR DE MURET EN ITALIE /I · texte numérisé non relu

FAVEUR DE MURET EN ITALIE /I

Muret admirait et aimait trop Ronsard pour ne pas soulager parfois son ooeur en celebrant les merites du grand poete devant des Italiens. II en connut beaucoup durant les trente-cinq annees. ou ii occupa des chaires dans la Peninsule : professeurs comme lui, etudiants, bibliophiles, magistrats, princes de l’Eglise. II avait notamment acquis une telle faveur aupres des premiers personnages de Venise qu’entre eux, lit-on en son oraison funebre, s’etablit une aimable rivalite : c’etait a qui aurait pour lui plus d’affection et d’admiration ; chacun ne savait si, en son propre qceur, prevalait l’uh ou l’autre de ces deux sentiments. Mais c’est a Paolo Manuzio que Marc Antoine etait le plus attache. II l’avait connu a Venise, il le retrouva a Rome, ou ils se fixerent tous deux apres l56o. Imprimeur comme son pere Aldo, Paolo frequentait volontiers les Franqais, depuis l’epoque ou Guillaume Pellicier, ambassadeur de Francois Fr, l’avait mis en rapports avec le roi et ses ministres. II devint l’intime ami de Muret. Quand les circonstances les separaient, ils echangeaient des lettres touchantes. « Comment puis-je ne pas tou jours me souvenir de vous? ecrivait Paolo. Ou que j’aille, votre image m’accompagne et demeure a toute heure devant mes yeux sous cette forme meme que je reconnais en vous, quand vous etes present ». De son cote Muret apprenant la mort de Manuzio ecrivit sur un exemplaire de Platon : « Paulus Manutius amicorum meorum in Italia antiquissimus et optimusf». Cette intimite entre un ami de

92 n. 2, 93, 94, 95, 99 n. 1, 104, 106, in, et n. 9, 113, 114, ns, 119, 123, — Ronsard, (Etivres, t. VII, pp. 125, 510, — P. de Nolhac, Lettres inedites de Muret ( Melanges Graux, Paris, 1884, pp. 388-9) et Ronsard et I’humanistne, p. 1 5 1, n. 3, — A. du Chesne, Hist, genealogique de la maison des Chasteigncrs, p. 38 r.

Ronsard et un grand imprimeur qui, chaque jour, voyait tant d’hommes de lettres : quelle chance pour le chef de la Pleiade ! 1

Mais Ronsard dut a sa bonne etoile un bienfait plus important : Muret n’etait pas un de ces savants qui gardent jalousement pour eux-memes les tresors de leur bibliotheque personnelle. II en faisait profiter quiconque lui semblait ctigne de cette faveur. II ne devait pas la refuser a 1’ elite d’etudiants admis dans son intimite : circonstance capitale, car un de ces priviliegies se nommait Gabriello Chiabrera. Nous verrons plus loin quelle influence Ronsard exerqa sur lui d'abord, et par son intermediate, sur maints poetes lyriques de l’ltalie moderne.

Nous enregistrons aussi dans les pages suivantes les noms de quelques italiens qui, citant le nom de Ronsard et l’accompagnant d’epithetes ou de jugements plus ou moins flatteurs, contribuerent a le repandre dans la Peninsule. Si nous ne leur avons pas fait une place dans le premier chapitre, c’est qu’en general nous le reservions de preference aux Italiens ayant vecu en France ou aux Francais ayant sejourne en Italie : propagateurs les uns et les autres de la gloire de notre poete au dela des Alpes.

Leur iceuvre n’avait pas ete vaine, nous pouvons le penser des maintenant. Enivre par ses premiers succes Ronsard ecrivait : « L’ltalie vqudra m’apprendre 2. » II ne se trompait pas. Son reve

1 Tre libri di Lettere volgari di Paolo Manutio. Venetia, MDLVI, i, III, pp. 73-74, — Ch. Dejob, Marc-Antoine Muret, p. 144, — B. Rava, Venise dans la litterature frangaise, pp. 303 et suiv.

2 P. Laumonier, Ronsard, poete lyrique, p. 365.

Sur les anciennes editions de Ronsard que possede l’ltalie et dont quelques-unes, sans doute, entrerent de bonne heure en ce pays, voir VAppendice place a la fin de ce volume.

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