RONSARD ET LA MUSIQUE
voisins? N’en croyons rien. II eut, au contraire, une riche fioraison parrni eux. Mais ceux qui cultiverent cette plante gracieuse et delicate le firent sans uommer Ronsard: on le constatera plus loin.
De meme, elle restera anonyme l’influence que Ronsard exercera sur des poetes italiens collaborant avec des musiciens. Elle n’en sera pas moins efficace, comme on le verra au chapitre suivant. En attendant, nous ne pouvons, a vrai dire, enregistrer aucun jugement de nos voisins transalpins sur l’interet et 1’aide que Ronsard accordait aux compositeurs francais. Par centre, il nous est facile d’imaginer quel langage ses amis tinrent dans la Peninsule, pour mettre en relief cette partie de son role et attirer sur elle une attention feconde en heureux resultats.
« Vers la moitie du xvie siecle, les chansons francaises etaient tres appreciees en Italic. D’une forme plus simple, dune structure plus reguliere, d’un dessin melodique plus ferine que les madrigaux [italiens] du temps », elles atteignaient a une plus grande variete d’expression. Elles avaient le charme special de manifestations directes de l’art populaire \ Or, void qu’un nouvel attrait les recommandait.
1 O. Chilesotti, Les chansons frangaises du xviB siecle en Italic, transcrites pour le luth ( Revue d’histoirc et de critique musicales, fevrier 1902). Les luthiers d’alors, qui transposaient sur leurs instruments les compositions polyphoniques les plus compliquees (y compris la musique d'eglise), s’empressaient fort d’enrichir leur repertoire des chansons en vogue chez nous. Ils ne manquaient pas de mentionner cette originc dans
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Jusqu’ici la musique vocale franqaise n’adaptait guere ses harmonies qu’aux paroles d’auteurs sans credit. Marot, il est vrai, faisait exception. Ou’importe? les loeuvres, surtout les Psaumes de ce mecreant penetraient fort peu en Italie : on s’en
les titres : c’etait une maniere de recommander leur entreprise. M. Chilesotti nous donne ces renseignements et ajoute : « Des 1536, si je ne me trompe, Francesco de Milano, surnomme le divin, pour son excellence sur le luth, avait transcrit La guerre, et Le chant des Oyseaux de Janequin, et il en avait eu un grand succes. Depuis cette epoque, ce fut parmi les luthistes a qui chercherait de nouvelles chansons frangaises de toute sorte et les transposerait. » M. Chilesotti reproduit des specimens de chansons frangaises se trouvant dans des partitions de luth parues de 1546 a 1549. L’origine frangaise des chansons transcrites pour le luth apparait dans les titres memes des recueils. Exemple : La intavolatura de Lauto di M. Francesco Milanese et M. Perino fiorentino suo discipulo Di ricercate Madrigali e canson Francese novamente ristampata e corretta. Libro terzo. In Venetia, 1547.
Le succes de la chanson frangaise se prolongea, car il est encore atteste par la publication de recueils parus, a Venise, dans la deuxieme moitie du xvie siecle, en 1559, par exemple, en 1564, en 1587.
Tenor c. 1 1 primo libro di madrigali d’Archadelt a tre voci, con la giunta di dodese canson francese (sic) e sei motteti novissimi. A tre voci. In Venetia, appresso di Antonio Gardano, T559 (cite par Eitner, Bibliographic dcr musik-sammelwerke des xvi und xvii Jahrunderts, 18 77, p. 156). — C’est une reproduction d’une edition de 1543. Cf. Vogel Emil, Bibliothek der gedruckten weltlichen vocalmusik italiens aus den Jahren 1500-1700, Berlin, 1892, t. I, p. 40.
Tenor e di Antonio Gardano. Il primo libro de Cansoni Francese (sic) a due voci. Insieme alcune de altri Autori a due voci. In Venetia, appresso Antonio Gardano, 1564 (Eitner, ouv. cite, p. 165).
Canto di Archadelt. Il primo libro de Madrigali, motetti et cansoni francesi a tre voci. Nuovamente ristampati. In Vinegia, 1587. (Bibl. nat. de Paris, Res. Vm7. 575).