août 1828. Paléologue, Vignii, p. 'lO
2. Voir la description du volume (éd. de 1609) et le texte des inscriptions marginales qu'y mirent les poètes d'alors, dans Séché, Victor Ungo et les pottcs, 1912, ch. m.
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travers elle, agit sur les lettres françaises avoc une puissance rappelant celle de trois siècles plus tôt, et cela dans un temps où notre poésie atteignait une ampleur, un lyrisme, une splendeur, une variété dans la forme, l'expression et les sujets traités, inconnus jusque là : c'était de nouveau une renaissance.
Le grand pèlerinage recommençait. Tout comme jadis d'Aubigné, Bertaut ou Desportes, les pèlerins de lettres revenaient, et n'ont plus cessé de revenir, les mains pleines dex-voto témoignant de leur gratitude, à Tautel relevé par Sainte-Beuve. Prosateurs comme poètes n'exprimaient pas seulement, en effet, leur admiration, mais leur reconnaissance : « J'ai un Ronsard complet, deux volumes in-folio que j'ai fini par me procurer, écrit Flaubert en 1852. Le dimanche nous en lisons jusqu'à nous défoncer la poitrine... Tu ne t'imagines pas ([uel poète c'est que Ronsard. ()uel poète! quel poète! quelles ailes!... Ce matin, à midi et demi, je lisais tout haut une pièce qui m'a fait presque mal nerveusement, tant cela me faisait plaisir... Nous avons encore pour deux ou trois mois de dimanches enthousiasmés. (]et horizon m(> fait grand bien et de loin jette un reflet ardent sur mon travail ». En vain Nisard proteste et réaffiiMiK; <|ue Ronsard a été « caractérisé admirablement » par Boileau, que Boileau « a prononcé » (1844). On ose tourner en dérision jusqu'au « Malherb(> vint ». Trop d'indépendance sans doute régnait au Parnasse d'alors, riranc Banville, on avait trop de lyrisme et de passion :
TIIEOUIES, l'OliSIK. Ri:.\o.MMi:i:. 20"J
Si bien qu'enfin, pour meUrf le holà, Malherbe \int, et que la Poésie, En le voyant arriver, s'en alla.
Blanchcmain publie, à parlir de 1857, son édition complète, et l'enthousiasme redouble. « C'est un ressuscité qui no mourra plus que Ronsard '>, écrit Barbey d'Aurevilly à cette occasion, « il durera autant que la langue française... Prenez-les tous, les poètes de 183U, de cette époque de rénovation et de renaissance, et regardez si tous n'ont pas pour géniteur suprême le grand poète de la première... Tous, tous, tant qu'ils aient été., ont été trempés dans le envier de couleur vermeille qui est la couleur de la vie et de la poésie de Ronsai'd et dont ceux-ci sont rcssorlis écarlales, ceux-là pourpres ou seulement roses, mais tous ("l'ubcsccnts, tous teints de cette ardenle couleur de la vie... »
Contre les exuljérances des romantiques réagissent les Parnassiens épris de la forme et réclamant de l'ouvrier littéraire une telle maîtrise que l'un d'eux, Gautier, disait par défi : « De la forme naît l'idée ». Mais tous, ciseleurs ou penseurs, métalliques ou attendris, Gautier, Banville, Hcredia, Soulary, Sully Prudhomme, Coppée, Lafenestre, se proclament dans leurs vers, lettres, conversations, les féaux de Pionsard. Et contre eux, à leur tour, réagissent les symbolistes, les partisans du ver.s « libéré», polymorphe, ou même amorphe, rêvant de contours aussi estompés que les Parnassiens en polissaient d'aigus, épris de l'évanescent, l'inaccessible, l'intraduisible, et même l'incompréhensible, suivant des règles rythmiques aussi dif-
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licilcs à discerner parfois que les « Habits neufs de I'l"]inpereui' ». recherchant Tindécis, rimprécis, juo-oant que la clarté a quelque chose de " puéril » et que d'aimer des « femmes robustes » est signe de luédioerilé. Pour eux, certes, un poète qui préfère aux saisons de déclin les saisons créatrices, à l'automne, Tété, aux crépuscules, les midis, à la « phosphorescence de la pourriture », la belle sanic de Marie ou de Cassandre, ne pouvait fournir la colonne d'ombre servant de guide. Mais amoureux d'art, eux aussi, el protitant jusqu'à rexiréme limite des libertés réclamées par Ronsard pour le poèlené, provignement compris (Verhaeren parle d'une bouche ([ui « rauquo »), ils ne le renient point; plusieurs d'entre eux, lel Moréas, le « Ronsard du symbolisme », a dit M. Analole France, lui demandent, par momenls, leur inspiralion, et lune des plus belles dé<laralions d'allégeance adi'essées au vieux maître était rimée naguère, dans la même note que l'admirable An.r n\'cs de Loire de M. Lafenestrc, par l'un des chefs les plus écoulés de l'école synilioliste. cvanescente à son tour, M. Henri de Régniei'.
Des travaux d érudition considi'-rables ont achevé d'assurer à Ronsard, en ces dernières années, son rang déOnitif de classique franç^'ais : éludes, recherches et trouvaiUcs d(^ MM. de Nolhac qui nous a dit qui était Hélène, Longnon qui nous révéla qui était Gassandre, Faguel qui a jugé Ronsard en |)enseur et on lettré, Vianey aux précieux rapprochements, Froger, Perdri/et. ricrsot, Bi'uneticre. Guy, Lanson, Ronnefon, Mariellièrc, Sidney l^ec et beaucou[) d antres de grand mérite; clia|»itres en réaction
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contre Nisard des nouvelles histoires de la littérature française; éditions critiques annoncées ou commencées par M. Vaganay et par M. Laumonicr, qui remplaceront celles de Blanciiemain et de Marly- Laveaux; recueils de morceaux choisis donl plusieurs publiés en français à Télranger (deux en Angleterre, par M. G. ^^'yndham et par M. Saint- John Lucas); arlicles érudits de la Revue d'Histoire Littéraire de la France, la Revue de la Renaisftance, les Annales Flée/ioises et autres publications savantes; monumentales et mémorables études de M. Laumonier, fruit d un labeur extraordinaire, offrant, il est vrai, une image noircie et abaissée du caractère de Ronsard, mais œuvre capitale, d'une érudition devant laquelle tous les Ronsardisants s'inclineront, proclamant leur reconnaissance.
Au début du xix*^ siècle, les commentateurs de Boileau, désireux de renseigner le public sur ce qu'était ce Ronsard bafoué par le maiti-c, réimprimaienl encore une note ainsi conçue : « lîonsard, poète qu'on ne lit plus ». — Non fallunt fulura inerenieni : on lit très généi'alemcnt aujourd'hui, et on continuera de lire, l'œuvre du grand Vendômois qui, prononçant, il y a plus de trois siècles, ses vœux littéraires, avait déclaré pi-endre la plume afin de « faire apparaître combien notre France est hardie et pleine de tout vertueux labeur ».
XOTE BIBI.IOGRAPIIIOUE
Principales publications de Pionsard (toules imprimées à Paris sauf indication coiitrairei :
Premiers vers publiés par lui : Ode do Pierre de lionsart à Jacques PeJelier. Des heaulez qu'il youdroil en s\imie, parue dans Les OF.Wi'res poétiques de Jacques Peletier du Mans, 1547.
Premières plaquettes : trois en 15'i9 : Epithalame d'Antoine de Bourbon: J\an!enirée d'Umvi II à Paris: Hymne de France.
Les quatre premiers livres des Odes de Pierre de Ronsard Vandomois. Ensemble son Bocage, 1550, in-8": 2" et 8'- éd. augmentées 1553. l.')55.
Les Amours de P. de Ronsard Vandomoys. Ensemble le cinjuiesme de ses Odes, 1552, in-S" (2^^* éd. des Amours et du 5^ livre, avec additions, 1553:.
Livret de Folastries... plus quelfjues Kpigrames grecz, 1553, in-S" (anonyme).
L.es Amours de P. de Ronsard Vandomois, nouvellement augmentées par lui, et commentées par Marc- Antoine de Muret. Plus quelques odes de l'auteur non encore imprimées, 1553, in-8'\
Le Bocage... dédié à P. de Paschal, 1554, in-8".
L.es Meslanges... dédiées à Jan Brinon, 1555. in-S" ach, dimpr. 22 nov. 1554).
Continuation des Amours, 1555. in 8".
Les LLymnes / tresillusfre et rcvereudissime Odet,
Cardinal de Ctiaslillon, 1555. in-4".
Le second livre des Hymnes... A tresilliisli c l'rincesse Madame Mai guérite de L-'rauce seur uiiicque du Roy, I55G. iu-'i'.
Nouvelle continuation des Amouis, J556, in-8'.
Discours à tresliault et trespuissani Prince, .Vnnsei-
214 NOTE BIBLIOGRAPHIQIi:.
iiiii'ia- le duc dr Stn'Oyi'. ('liant Pastoral, etc., chez Robert Estienne, 150'.). iii-'t".
OKuyios (le P. de /îoiisard i;fiitilli<>iiiinr Vandomnis, 1560. \ tninuscnlcs volumes iu-IC).
Institution pour l'addlcsccnre du Roy... Cliarlos iVcufVii'snic. 15()2, iii-'i".
Discours des Misères de ce Trn\j)s. A la liiiviic mt're du l{oy, 1562, in-'i".
Continuation du discours dos Misères de rc Temps. A la Iloyne, 1562. in l".
Remonstrance au peuple de France, 15r):i. iii-'i".
Responce de P. de Ronsard iientilliomnie ]'and<)inois aux injures et rtihimnies de je ne sray {fuels Predicans et Ministres de (ienès-e. Sur son Discours et continuation des Misères de ce Temps, 156)^, iii-4'\
Les Trois livres du Recueil des IVouvelles Poésies. 156)1. iii-'i" 'sur les deux éd. de 156o. voii- Laumouiei'. Talileau clironoloiiiqae, p. ;>7).
Alihréjjié de l'Art Poétique François. A Alplionse Del René, ahhc de Haute-Combe, 15()5. iu-'i".
Eléifies, Mascarades et Hergerie / hf Majesté de la
Rome d'Angleterre, 1565, iu-'i".
Les ()Eu\res de P. de Ronsard, Genlilliomme Vandomois, rédigées en six tomes, 1567. \ vol. iu-8" 1 2*" éd. des œuvres réunies).
f.e Si.riesme Livre des Poèmes... dédié à Monsieur de lielot... Le septicsme Livre des I^oèmes... dédié au seigneur Pierre du Lac, 156*.). in-'i".
OEuvres (R'- é<l.\ 1571. 5 vol. iu-16.
Les quatre premiers livre de la Franciade. Au Rov Tri's-Clirestie/i Charles nea/ieme de ce nom. 1572. iu-'i".
Or.uvres ['i" éd.), 1572-:!, 5 v..l. iii-16.
Les Estoilles à Monsieur tic P/hruc. 1575, iii-'i".
or.uvres (5« éd.), 157S. 6 vol. in-16.
Les OFuvres de P. de Ronsard, (îentilhomme Vandomnis, reveues^ corrigées et augmentées par raullicar
ii'y' éd.), 15«'i, I V,.]. iu loi.
Discours de la vie de l'ierie de R<insard . .. avec une Eglogue... par Claude /tincl. Plus les sers composez pur
NOTH Bll!L10(;UAI'HIQl E. 215
le dicl Ruusavd peu (C'aitl sa moil. Enscnihlc son 7'uiiihcau, 158(), in-'i".
OEuvtos de P. de Ilonsard... rp\'eues, corrigées et augmentées par VAutheur peu avant son tvespas. Rédigées en dix tomes [7'' éd.), J587, 5 tout petits volumes.
xVulres étlitions des œuvres réunies, l.ji)2 (Lyon ,, 15^17. IGlJ'i. IGOU deux celte aunée, uue in-l'ol., l'autre in-12}. 1(U7, 102:$ (2 vol. in-fol.], 1629-30. Puis ks éditions modernes de Blanchemain, 1857-67. 8 vol., l't de Marty-Laveaux, 1887-93, 6 vol.
Deux éditions critiques, avec variantes, sont en cours ou en préparation, l'une par .M. Hugues Vaganay, chez Champion (-//Hf>«/'.v, 1910 . laulre par M. Laumonier, Société des Textes francjtis modernes.
Sur la vie de Ronsard, voir en pailiculier du Perron, Oraison funèbre sur la mort de iMousieur de Ronsard , 1586, in-8" : J. Velliard, J'etri Ronsardi, Poel.e Gallici, Laudatio funehris^ 1546 (.s/r, pour 15861, in-4" ; (î. Critton, I.audatio funehris liahita in exequiis Pétri Ronsardi, 1586; Laumonier, l.a Vie de Ronsard, de Binet, 191U (éd. américaine par Miss Evcrs, 1905); G. Colletel, Pierre de Ronsard, dans OEinres inédites de Ronsard, éd. Blanchemain, 1855; Achille de Rochambeau, La Famille de Ronsart, 1868; Jjaumonier, Ronsard poète lyrique, 1909, et Tableau chronologique des OEui'res de Ronsard, 1911; Henri Ijongnon, Pierre de Ronsard, 1912. Nombreux articles (voir les tables , e. g. dans la Revue d'Histoire littéraiie de la France, les Annales Fléclioises, la Revue de la Iteiiaissancc, le liullelin de la Société archéotogique du l'enddmois ai-t. de M. .Martellière sur (^assandre, XL1I1,51, XLV. |()5).
Ronsard, ses contemporains l'A son éjxxjue ont l'ail l'objet, dans ces derniers temps, de (juanlité d'ouvrages de criti(jue et spécialement de thèses de grande valeur. On trouvera la liste des principaux, p. 773 du Ronsard poète lyrique de M. Laumonier. P(jur un tableau d'ensemble de la période, voir L. BatilTol, Le Siècle de la Renaissance, 1 '.tO'.i.