RONS.MU
Quand je suis ving-t ou Ireiilo mois Sans retourner en Ycndùinois, Plein de pensées vagabondes, Plein d'un remords et d'un souci, Aux rochers je me plains ainsi.
Aux bois, aux antres et aux ondes.
Rocliers, bien que soyez âgés De trois mille ans, vous ne changez Jamais ni d'état ni de forme.
Mais toujours ma jeunesse fuit, El la vieillesse qui me suit Déjeune en vieillard me transfoiine.
Bois, bien que jierdiez tous les ans.
En l'hiver vos cheveux mouvants, I/an d'après qui se renouvelle Renouvelle aussi votre chef.
Mais le mien ne peut derechef.
Ravoir sa perruque nouvelle.
Antres, je me suis vu chez vous Avoir jadis verts les genoux, Le cori)S habile et la main bonne.
Mais ores j'ai le corps plus dur, Et les genoux, que n'est le mur Qui froidement vous environne.
Ondes, sans fin vous promenez Et vous menez et ramenez Vos flots d'un cours qui no séjourne, Et moi, sans faire long séjour, Je m'en vais, de nuit et de jour, Au lieu d'oi'i plus on ne retourne.
Si est-ce que je ne voudrais .\voir été ni roc, ni bois, Antre, ni onde, pour défendre Mon corps contre l'âge emplumé.
Car, ainsi dur, je n'eusse aimé, Toi (jui m'as fait vieillir, Cassandre.
Selon lîoiisai'd une (jiialih' iinporlaiilc dans l'œu- \re d lin porte csl rani|»l('nr. la variélé. II laiil qu'il
liai le :
Mille sujets de mille et mille modes, Chants pastoraux, hymnes, poèmes, odes.
THÉORIES, POÉSIE, RENOMMÉE. 18r>
Interprète du monde sensible f^i snpra-snnsiltif / il doit pouvoir comprendre et traduire tout sentiment, tout spectacle, toute beauté, vibrant et impressionnable, harpe éolienne, cloche suspendue tout au haut de la tour, dont le sonneur terrestre ne tirerait d'en bas que des notes banales, mais qui vibrera, divine, au souffle de la Muse. Doué à souhait quant à lui, c'est très spécialement encore par Famplcur et la variété^ de son œuvre, en même temps que Texaclitude de son observation des réalités morales ou matérielles, que Ronsard frappe quiconque le fréquente. Les autres poètes de son temps s'occupent aussi de maintes choses, mais fort souvent ils effleurent les sujets; lui les traite. Au carrefour des multiples routes en étoile, eux font quelques pas sur chacune; lui fournit une longue carrière. Dans le domaine dramatique seulement ses projets demeurèrent des projets : il rêvait « d'animer l'échafaud par une tragédie sententieuse et grave «. 11 aimait cet art et avait sur lui des idées arrêtées, voulant que tragédie comme comédie fussent « didascaliques et enseignantes ». D'innombrables allusions dans ses vers montrent combien il s'intéressait aux choses de la scène, allusions aux tréteaux et aux costumes, aux bons acteurs, aux mauvais,
Sans grâce, sans maintien, sans g(;slc, sans pamle,
au rôle d'Hercule, à celui d'Orcsle " vu es vieilles tragédies », à ceux aussi de farceurs, de " Janins », à la joue « pleine de farine », aux auteurs « tout craintifs » un jour de première représentation et tremblant ({ue l'reuvre nouvelhi ne soit i)as c du
18ô nONSAIîD.
- — peuple bien reçue ». I^a IVécjuence avec laquelle, chez lui, lejnunologue ou le récit se change en dialogue (dans la Salade par exemple, dans ses hymnes, élégies et épîtres, souvent dans la Franciade) permet mieux encore que sa Bergcrir. qui fut réellement jouée, et que ses vers pour cartels ou mascarades, de concevoir ce qu'eût élé Ronsard poète dramatique. Mais il ne laissa aucune tragédie ou comédie et le fx^agment de Pliitus qui lui est attribué est certainement apociyphc '.
] Tout ce qui est huma in e s Lg ou r c e çle.|.>og s [g pour 1 h^vraj^j)oètei.CLlfîJluJ^.DJiJiJiaii:iax£L: ce qu'avaient chanté déjà les Grecs, les Latins, les Italiens, et aussi ce qu'il voyait sous ses yeux, éprouvait, savait, connaissait, Gàline, (]assandre, les guerres civiles, les destinées du royaume, les menus incii^ dents de la vie quotidienne, les animaux, les plantes,
t^^iiillfts, liges, rameaux, espèces et couleurs.
Vrai poèlc, il Fesl juscpu; dans ces pièces de commande desquelles dOrdinaire, le roi ayant lui-même donné Tordre, la Muse se désintéresse, et Ton est surpris du nombre de beaux vers perdus dans ses cartels, mascarades ou bergeries. (lest dans l'épilogue de la comédie jouée à Fontainebleau, lors du grand voyage, qu'il exprime avant Shakespeare la pensée shakespearienne (et antique) : <( AU the worhl's a stage » —
1. La déinonslratiou de M. Ijauniotiicr. dans son édilioii de Binel, p. 102, semble définitive.
Le iHonJe est le théâtre et les hommes acteurs... En gestes dilTérenls, en différents langages, Rois, princes et bergers jouent leurs personnages, Devant les veux de tous sr.r l'écliafaud commun.
Le3 échappées lym[ucs et les pensées de somljre mélancolie que nous ([uali fions volonliers de sha kespeariennes ne sont pas plus rares chez lui que les vers cornéliens ; ])cnsées sur la fragilité des brèves vies humaines : « Notre vie est seulemcnl un songe » '^^ il contemple d'aussi près qu'Hamlct. mais (Tun cœur plus ferme parce quil est Ronsard et non Hamict, la triste demeure qui nous attend « sous la terre si noire »; il songe, comme le Danois, à ce « long voyage d"où plus on ne revient », à cette destinée commune aux hommes et aux empires, à la nuit éternelle qui enveloppera « la bière sommeilleuse »i--^ quand chacun de nous y dormira pour jamais.
Locatif décharné d'un vieil tombeau reclus.
Nous ne pouvons eiilcndre ce que luurnuirent les astres, étant, dit Ronsard, « chargés de terre et du trépas », à cause, dit Shakespeare, de « lliis muddy veslure of decay ». Une des idées de Ronsard sur la musique était tellement shakespearienne que Shakespeare Fa répétée mot à mol, se bornant à traduire.
Ronsard a coiiti'c bii, pour le lecteur moderne, son langage qui a un peu vieilli, la part trop grande à notre goût faite par lui aux ressouvenirs clas-j -" siques, aux épisodes et à l'ornementation mythologiques, les longueurs c{ue ses révisions ne firent \\<y9> toutes disparaître; les incertitudes de sa grammaire.^ venant d'usages mal fixés de son temps, et qu'il
188 IlONSARD.
-•iiggravc par les libertés (ju'il se donne, ajoulanl encore au nombre des mois dont le genre était douteux et leur attribuant n'importe lequel, selon sa fantaisie ou sa nécessité; ses rimes, facilitées par toutes les tolérances admises de son temps (rimes par diminutifs, par barbarismes dont il se vante, rimes du simple au composé, etc.); les variations survenues dans l'usage et cjui ont donné un caractère archaïque, vulgaire ou môme comique à des termes noïïlès et dignes jadis. Pour haletant, il dit pantois (il nous reste pantelant) ; pour chevelure, poil, parfois perruque (ce que nous désignons ainsi s'appelait alors fausse pei'ruque); pour cœur ou poitrine, estomac; pour sein, tétin; pour gazouiller, dégoiser; pour couché sur le dos, couché à l'envers : il « chante à l'envers » ; pour homme de guerre, gendarme : ses plus grands héros sont de « fameux gcmdarmes ». Il cite poui- sa noblesse le vers :
Prdfcndil \>iu- ir fiT un scadi-on de gendai'mes,
qui, sans laute de sa part, lait sourire, il francise ,/^es noms anciens, disant Brute et Ei'alon, selon les préce]ites d(î la Défense et les siens propres. Mais on a vite lait de s'accoutumer et de se plaire en la société d'un auteur <[ui offre justjue dans ses plus médiocres pièces des beautés inattendues, dont le chani]) de vision et la gamme sentij^ien^ale sont si vastes, en (pii se retrouvent encoi'e des restes du moyen âge (il a des songes, avec le palais d'airain y de Philosophie, défendu par Jugcmcnl. liaison, Sueur, cette dernière récompensant ceux ipii ont bien travailh'), des morceaux dignes de N'illon (la
THEO[lIi:s, l'OKSIK, liKXUM.Ml^i:. 180
belle aposlroplie : « Courao-e, coupeur de lerre », à comparer à « De pauvreté me guermentanl ») et qui, par-dessus les siècles jlfi__silence lyrique, donne la main aux maîtres de notre période, Vi.gn^vXtaniartine, Hugo, et au descendant de Cassandre, Musset, tant le Musset de la Ballade à la Lune (« Cache pour cette nuit, ta corne, bonne Lune ») que celui des Nuits :
Pour avoir trop aimé votre bande inégale, Muses qui défiez, ce dites-vous, le temps, J'ai les yeux tout battus, la face toute pâle, Le chef grison et cliauve et je n'ai que trente ans.
MirsKs.
Au nocher qui sans cesse erre sur la marine.
Le teint noir appartient; le soMal n'est point l)cau
Sans être tout poudreux...
Mais quel sera mon loyer".' dit le poète, voilà ma jeunesse évanouie. La gloire, disent les Muses.
Dans toutes ses œuvres le don d'observation >=^ brille à un degré éminent; ses visions sont nettes et comme sa franchise est absolue il ne tait rien, peu aisément effarouché et s'adressant à un public encore moins effarouchable. l^a note personnelle ^-^ abonde dans ses écrits, presque autant que chez nos modernes. Sans parler de ses confidences sur ses amours, ses ambitions, ses opinions, il ne saurait ' nous cacher qu'il aime dormir sur le côté gauche, qu'il déteste les chats, hait les serviteurs <( aux mains lentes », croit aux présages, adore les exercices physiques et h; jardinage, préfère. Télé surtout, les légumes à la viande : « Je hais tant la viande ». Il
190 nONSAHD.
recommence volonliers sa biographie, la redit à Pasclial. à Loscol, aux mânes de IMargucrite de Savoie, sans approcher toutefois de celte idolâtrie du moi, cette « adoration perpétuelle du Saint-Sacrement», que Sainte-Beuve reprochait à ^'igny. j^ S'il môle beaucoup de mythologue à ses sujets modernes, il mêle aussi pas mal de moderne à ses 1 mythologies. viviGées ainsi par des touches de vie 'rcelle. Dans son poèuie le S<Ui/re, imité d'Ovide, il décrit le costume dlole, et ce costume lui rappelle celui des dames de Blois et de Tours, se promenant sur les bords de la Loire, « lîères en leur beauté ». A propos d'une autre scène mythologique, il décrit au naturel une procession suivant les reliques des ^-saints, avec les fleurs jetées des balcons et des ^ fenêtres d'une ville française. Un peu partout dans ' ses œuvres, les comparaisons dont il fait un abondant usage par imitation des anciens, lui sont toutefois occasion de petits taBlèaulTd^après nature, d'une remarquable et parfois amusante justesse, inspirés par ses habitudes de chasseur, escrimeur, gentilhomme campagnard ou homme de cour. C'est certainement l'œil dun observateur frappé du moindre détail qui avait noté le triste étal des tuyaux de plomb des fontaines dans les gratids jardins royaux :
Coniiiie on voit bien Sdiivciil les sources des foiilainos, Quand le plomb est gAlé, nuillij)lipr leurs veines, Plus celle-ci l'on bouche, et tant plus celto-là Se crève de la lerre cl jaillit çù et là, Puis une nuire et une autre...
v^ ivCs innombrables poèmes où il a exprimé le charme des forêts et des rivières de son pays, décrit
le retour des saisons, la vie des fleurs et des animaux champêtres, doivent beaucoup de leur beauté durable au fond d'observation vraie sur lequel ils sont édifiés. Il a noté le ton différent des murmures forestiers :
Sainte Gùtino, heureuse secrétaire
De mes ennuis, qui réponds en ton lîois.
Ores en haute, ores en basse voix
Aux longs souitirs que mon cœur ne peut taire...
Il a VU, en avril,
y' Rire et pleurer le soleil du printemi)s,
et si bien vu qu'il ajoute de son cru cette note pittoresque et juste à un sonnet par ailleurs imité d'Arioste. Il a entendu mugir Taquilon « dans les"^'^ cavernes basses » ; il a observé « du bec des oiseaux les roches entamées », ce qui est de sa région aux roches tendres, où les habitants vivent encore en troglodytes dans leurs immenses souterrains, et où les oiseaux continueront jusqu'à la fin des temps à trouer de leur bec un calcaire friable, qu'ils ne trouveraient pas en Bretagne ou en Forez. Il a regardé de près fleurs et bêtes, il parle d'elles avec tendresse ; ce sont des amis, des compatriotes, des campagnards comme lui. En sympathie avec les animaux, il les -^' plaint ou les envie; ils ne sont jamais quelconques en ses vers; il connaît leurs attitudes, leurs mœurs, leur manièrede marcher, nager ou voler. Il a observé les grues,
■ D'avirons emplumés et de roidcs secousses. Cherchant en autre pai't autres terres plus douces,
et l'alouette qui monte au matin, « à petits bonds »,
J!l2 RONSAIil).
en chantant jusqu'au haut du ciel et lirusquement redescend d un trait, « tombe » comme le fuseau,
Qu'une jeune pucelle au soir De sa quenouille laisse choir, Quand au foyer elle sommeille.
Penchant ti front baissé l'oreille,
et voilà une deuxième image campagnarde juxtaposée à la première. Il rapproche ces humbles vies de fourmis, de grenouilles, d'alouettes de celles des humains, ému des mêmes sentiments quéprouvera plus tard Robert Burns à la vue de la souris des . champs, comme lui « fille de la terre ».
Cette justesse dans la notation n'est pas spéciale à un sujet favori, mais s'applique à toute chose, à un ballet de cour comme aux arbres de Gâline. aux gens, aux objets, aux sentiments. II y a du satiriste, du comique et du moraliste en Ronsard; il trace d'excellents portraits de l'avocat « fumeux et sueux », à la « bouche tonnante », du prédicant « si pâle », tournant vers le ciel « la prunelle des yeux » pendant ses sermons, du mignon de cour, « un Adonis, un amour, un tableau ». des pauvres hobei'eaux ruinés qui,
Lorsque tout est vendu, levant la tête aux cieux. N'ont plus autre recours qu'à vanter leurs aïcuix;
du prometteur sachant son métier :
Sans être conteulc chacun s'en va content;
do l'empressé de cour :
Si quelque grand seigneur quelque chose commande, Si bonnet ou chapeau ou mules il demande,
S'il veut aller dehors, s'il faut ciiercher quelqu'un, S'il faut l'accompagner, le flatteur importun Est toujours prêt d'aller et, plein de diligence. Devant les vrais amis tout le premier s'avance, Courant, suant, pressant, pour se mieux faire voir.
Le geste l'intéresse, la couleur aussi. Il retrouve. après répoque lointaine des années de collège, le cardinal de Lorraine, grand personnage qui, tout « pâle et pensif », se « gratte le chef du bout du doigt ». Il lui rappelle comment sa bienveillance le tira dembarras un jour qu'il se trouvait isole et dédaigné dans la cour d'Anet :
J'étais dedans la cour de ce château d'.\nct. Debout comme un cyprès ou comme un pin... Quand je vous vis sortir tout roiii^e d'une porte, flambant pour mon secours.
Ronsard avaitjin œil de peinlre, et ce qu'il voyait il se plaisait à le noter; sa mémoire était meublée de croquis d'après nature; il le dit lui-même, traçant, de plus, un bon portrait du taciturne Henri II :
Ce que souventofois à table /'ai noté.
Etant debout, planté devant ta majesté,
Quand les autres parlaient, tu avais ta pensée.
Sans leur répondre rien, en toi seul amassée;
Et je disais alors, ce Roi qui ne dit rien
Pense plus qu'il ne parle; il pense en lui combien
Il lui faut de soldats...
et c'est en elTet le genre de pensée qu'au milieu de sa cour, entouré d'objets d'art, adulé de tous, nourrissait d'ordinaire, dans son éternel silence, l'ancien prisonnier des Espagnols.
Les vrais et les faux bruils colportés dans Paris et dont tout le monde « parle, dîne et soupe », car
RoNSAni). "13
J',I4 ItONSAlU).
il en était déjà ainsi il y a trois siècles (les Nues), les sbènes basses, triviales ou horribles, les inoiivements des foules, sont retracés par le poète avec un niènie souci du réel : portrait de Phinée dans lliymne des Harpies, de Maladie dans l'hymne de FAutonine; scène d'ivresse dans le Niia-^r, un de ses rares tableaux vraiment rabelaisiens, avec mangerie. beuverie et rêve de tempête à la Panurge; catastrophe des Géants dont la ccrveTTe écrasée coule par leurs narines et leurs yeux.
Comme un fromngc mol de qui riiiimeur dégoiilte. Par les trous d un panier, à terre, goutte à goutte.
Le même don d'observation fait le nricrite de petites scènes qui permettent d'entrevoir ce qu'eiit été Ronsard auteur comique, scènes à la cour, dans Tantichambre des grands, avec l'encombrement des quémandeurs et Tagitation des courriers qui arrivent et partent; autres scènes où lui-même ligure, tantôt avec Jamyn comme dans la Salade, tantôt parmi les courtisans à Taccueil divers selon qu'il a ou n'a rien à demander : ell'usions. promesses et serments dans le premier cas; froideur, dos tourné, disparition par une porte de côté dans le second, et parfait oubli cju'aucun Ronsard ait jamais rimé aucun vers.
M. Faguet, qui a certes sur ce point tous les droits d'être sévère, refuse à Ronsard l'esprit, et ce jugement d'un si bon juge a fait loi. Mais le célèbre critique n'aurail-il pas un peu a])usé de ses droits? Beaucoup des poèmes amoureux de Ronsard sont écrits à la fois avec son esprit et avec son cœur;
THEORIES, POESIE, RENOMMEE. \{\o
c'est du reste le cas de tous les madrigaux qui comptent, et qui pourrait dire s'il y a plus d'esprit ou plus de cœur dans le sonnet : « Je veux lire en trois jours V Iliade d'Homère »? Ronsard avait un sens déyeloppé du comique et en a donné plus d'une preuve en des pièces où pétille, sans mélange d'amertume, l'esprit français aimable etgai. On ne peut s''empêcher de sourire en lisant plus d'un des poèmes ofi il prend à partie ce petit dieu, « confit en fiel et en miel tout ensemble ». où il met en vente « ce jeune enfant Amour » :
Vienne quelque marchand, je le mets à l'enchère, '"^ L»'un si mauvais garçon la vente n'est pas chère,
et le i^este du sonnet; ou bien la Gaieté où il montre son bonheur auprès dune belle de village compromis par l'arrivée de deux superbes soudards rendus libres par une malencontreuse trêve. Qui les amène ici. et qu'ont-ils à « effrayer les poules » avec leurs mirifiques costumes? Comment. « le roi même en personne » ne peut tarder de faire merveilles, l'Empereur prendra certainement la fuile, et vous ne seriez pas là pour éblouir plus tard la gent paysanne par vos récits?
Allez, et vous re-parez De vos belles cottes d'armes, Allez bien-heureux gendarmes, Secourez la fleur de lys.
Un genre dans lequel excelle Ronsard est l'éloge = caricatural, dont il décerne un de ses meilleurs à son propre chien, coupable de l'avoir, par fidélité intempestive, troublé de son persistant aboi pen-
dant un rendez-vous galant. Le poêle s'était justement dit qu'il en ferait un jour une constellation céleste; mais il nen sera rien, tous ses mérites sont effacés :
Certes ton corps nVsl pas laid.
Et ta poaii plus ])lancl»o que lait.
De mille frisons houpelue.
I']t ta basse oreille velue.
Ton nez camard et tes gros yeux
Méritaient bien de luire aux cieux.
Le chien demeurera voué, au contraire, aux cruautés d'un « camp de puces ». Honsard a aussi parfois vis-à-vis des dieux, lui leur fidèle, de ces impertinences comiques, telles que d'autres gens d'esprit s'en sont permises de nos jours, en amis du temple, bien vus des maîtres du lieu. Dans la grande ode à THôpilal où les jeunes petites Muses font apprécier à leur père Jupiter leurs talents naissants et chantent la Guerre des (îéants, le roi des dieux est ravi.
Et, retourné, rit en arrière De Mars qui tenait l'iril fermé, lîonflani sur sa lance guerrière.
Tant la chanson l'avait charmé.
Muret, sur ce, renvoie à l*indare : on n'y trouvera pas ce passage.
D'un sérieux franc comme sa gaîté. le poète revenait aux pensées graves dont son œuvre est semée, reprenait le fil de ses songes, la notation de ses sentiments, ^è^ aspirations cl ses craintes, les j)eignant de son même pinceau véridique. écrivant son « Quand vous serez hicii vieille », si couiui que sa
beauté nous en est moins apparente. Mais quel Rembrandt a mieux, traduit sur sa toile que Ronsard dans ses vers cette impression de silence, de ' recueillement, de fin de jour et de fin de vie, de demi-sommeil illustré d'images qui sont moitié rêve et moitié souvenir? Le soir, la chandelle allumée, le feu dans ràtre. la vieille servante amie, assoupie dans un coin, la quenouille d'antan, et tandis que le rouet tourne, la petite voix cassée fredonne faiblement quelque air d'autrefois, coiiiposé aux jours de beauté, de jeunesse et de gloire, par un Roland de Lassus sur les paroles d'un Ronsard.
Quand Ronsard mourut l'élat du royaume était au pire. Lui-même, près de sa fin, avait dû, un moment, se faire transporter de Croixval à Montoire dont la forteresse le protégerait contre les protestants. Peu après sa mort, les huguenots gagnaient à Goulras leur première victoire sur les troupes royales; le roi était méprisé, un tiers parti, celui de la Ligue, se formait contre lui et contre les protestants. L'édifice se lézardait; les étrangers couraient le pays, Espagnols, Ualiens, Wallons, Allemands, charmés d'aider, sur leur pressante demande, les Français à se détruire. Lhérilier du trône est prolestant, Philippe II d'Espagne réclame la couronne pour sa fille qui est petite-fille d'Henri II ;
le Balafré cl son frère le cardinal sont assassinés par ordre du roi ; leur frère Mayenne, « le preneur de villes », se déclai-e Lioulcnant-gcnéral du royaume, otTre la couronne au vieux cardinal de Bourbon, y aspire lui-même ; le roi csl poignardé le l'^'" aoùl 1589, laissant le Irône à Henri de Navarre qui est obligé d'assiéger sa capilalc cl de conquérir ses Etats.
Une immense aspiration v(n's Tordre, la paix, la règle, Funiflcalion. la discipline, commençait, dans le même temps, de remplir les creurs, grandissant d'année en année; la réaction s'aftirmait conlre lindividiialismc. le libre examen, les allures indépendantes du xvi'' siècle. Une si grande transformation ne pouvait être que graduelle et l'on verrait encore ce retour du xvi'" siècle que fut la Fronde; mais c'est bien dans ce sens que marchait la nation, prête à accepter la règle d'Henri IV et d(^ f^nlly, de Richelieu, de Louis XIV cl rinl(!ns{; ccnli'alisation du royaume. Avant tout, 1 ordi'e logique, la régularité; plus de licences; c^elle d'être protestant sera abolie en 1685; interdiction de gagner le ciel par une autre route que celle, bordée de charmilles, où Bossuet et Bourdaloue sermonnent le (irand ]\o\.
Rien n'échappe à des mouvements si puissants; un changement de saison reverdit ou dessèche 1 herbe et le (^hêne. Avant même que le royaume eût changé d'aspect, les lettres françaises s'étaient transformées. Ronsard garde. [)endant un temj)S, des partisans d'autant plus fidèles que la cause de la « fureur », du « ravissement » cl des libertés permises aux favoris des dieux est pbis menacée. Mais ce sont iVondeurs ou provinciaux, bientôt sans
influence : d'Aubigné . Collelet, Régnier, Hardy, Mlle de Gournay, Mlle de Scudéry. Malherbe est venu; le meilleur de ses idées est hérité de Desporles. Bertaut, Ronsard mémo, le Ronsard assagi des dei'nières années ot qui effaçait ses archaïsmes et SCS hiatus. Mais Malherbe renie ses progéniteurs, les maudit, barbouille de noies injurieuses les marges de leurs volumes et quand, relisant ses œuvres, il Irouve « quelque chose d'impro})re », s'écrie : « Ici je ronsardisais ». Cédant à un mouvement qu'il se figurait avoir créé, il centralise, unifie, atténue, restreint; malgré ses boutades en faveur du parler peuple, il exclut du vocabulaire loute expression « plébée », c'est son mot, sans cesse répété; on ne saurait dire ventre, cest un terme « sale » ; le règne est proche des périphrases, perruques des mots. Plus d'hiatus, d'enjambements, de césure mobile : l'idéal harmonique est le lie tac de l'horloge; c'est clair, c'est simple. On croit aux règles fixes, ce que l'énelon appellera, en toute confiance, « les véritables règles », aux genres délimités, à une étiquette imniuablo, à une langue définitive, enregistrée ne varietiir dans le Dictionnaire de l'Académie. Le sage du Gange ex[)lique en vain que, « ut rerum omnium, sic linguarum instabilis conditio ». On ne réfléchit pas, au temps du Roi- Soleil, que le soleil même a un mouvement. L'Académie s'était donné, dès 1638, le passe-temps d'examiner Malherbe à la loupe el y avait découvert quantité de licences choquantes.
Desmarets de Saint-Sorlin, tout auteur t{u'il fût d'une manière de Franciade appelée Clovis, fait jouer
en 1637, avec un iiiiniense succès de rire, son « inimitable comédie « des J'isionnairc-s, el lun de ses grotesques est Amidor, le poète ronsardisant, dont le rôle commence ainsi :
Je sors des antres noirs du mont Parnassien, Oii le fils poil-doré du grand Saturnien, Dans l'esprit forge-vers plante le dithyrambe, L'épode, rantisti'oplie et le tragique ïambe... Profane, éloigne-loi^ j'entre dans ma fureur, lach, lach, Evohé!
Après les grammaires. les arts poétiques, les dictionnaires dépithètes. tel celui de La Porte en 1571, qui tiraient, au \\i^ siècle, la masse de leurs exemples de Ronsard, Esprit Aubert publie encore, en 1613, ses Marguerites poétiques, arrangées en dictionnaire, où Ronsard continue de tenir le premier rang; mais ^^•lugelas donne en 1647 ses Reniartjues sur la Langue Française : Malherbe y esl cité à tout instant, et Ronsard deux fois, pour un blâme. Balzac constate, dans ses entretiens de 1657, que Ronsard a encore dans les Farlemenls, milieu frondeui', et en province, milieu arriéré, des partisans résolus; mais cjue son œuvre, si c'est une « grande source ». nest qu'une « source trouble ou boueuse... où l'ordure empêche de couler l'eau ». Aux parlements el à la province, il eût pu ajouter l'étranger, car dans maint pays l'admiration persista : en Espagne ( louanges de Lopc de ^ ega, 1620), en Allemagne (Opitz, m. 1639), en Hollande (Hooft, m. 1647), Scandinavie (Rosenhane, m. 1684), Italie (Malfei et Zcno protestent au xviir siècle contre nos préventions), surtout en Angleterre où, de Shake-
speare, Spenser el BenJonson, à Kcals, Browning, Waller Fater, Wyndhain, Andrew Lang, Bonsard compta la plus remarquable série d'admirateurs et imitateurs. Au moment de la pire éclipse de son renom chez nous, Southey écrivait à Landor : « .l'ai tant de respect pour Bonsard, tout français qu'il fut (on était en 1815), que je ne saurais aller à Tours sans m'enquérir de son tombeau... Aucun Français ne m'a jamais donné une telle impression de force. »
En France, quand, à son tour. Boileau était « venu », il n'avait fait que i-alilier un jugement déjà rendu et n'avait ou garde de le réformer, ni môme d'étudier le dossier du condaumé. 11 n'a pas un seul mot en sa faveur; pas un de ses poèmes, pas un de ses vers ne trouve grâce. Il le fait louer par l'hôte de son repas ridicule. Se figurant que les ballades avaient attendu Marot pour « fleurir » et les rondeaux pour se munir de « refrains réglés ». il s'indigne que Bonsard ait « brouillé » ces refrains et tout le reste, parlant de plus « grec et latin », tout en excluant cependant Lycidas de ses églogues, qui ne sont, au surplus, que des « idylles gothiques », et où, malheur suprême, les bergers parlent « comme on parle au village » : la caractéristique de ces bergeries étant, dans la réalité, que les interlocuteurs, qui étaient des princes, s'exprimaient comme on faisait à F^ontainebleau. Tout ce qu'on pourrait trouver dans Boileau de favOrable à Bonsard consiste en ses règles pour l'épopée, admirablement comprises pour inspirer de nouvelles Franciadcs.
Changement non moins remarquable, le poêle qui, tel que le concevait Bonsai'd, exerçait une
manière de sacerdoce, tend à ressembler à ces « musiciens de l'armée » dont Lamartine ne voulait pas être. Le poète do Boileau recherche ce qui est agréable, fin, plaisant; avant tout il est tenu « d'égayer » ; il n'écrira pas d'épopée chrétienne parce que les mystères de la foi ne se prêtent pas aux « ornements égayés »; lui-même a pour devoir de « s'égayer en mille inventions »; il luira un « sublime ennuyeux et pesant », le seul qu'il adiiietira sera aussi « plaisant » que « pompeux » ; il ne sera pas « ami du peuple » comme Molière qui « peut-êtn; » eût, sans cela, rempoi-lé le prix de son art, mais il restera confiné dans » l'agréable et le fin ». Il n'offrira <( rien de rude à l'oreille éj)urée », ce genre d'oreille rt'agit sur l'esprit qui. si elle est mécontente, ne saurait se plaire à « la plus noble pensée ». Ces musiciens de l'armée ne sont évidemment pas pour la grande musique; ils doivent surtout jouer la marche royale. Aussi bien l'»acine est-il invité, dans la conclusion de VArt /'ociiquc, à tracer d'après I^ouis l'image de tous ses héros. On centralise.
Magister divit. Le principe de l'autorité ])révalait et devait survivre à la lîévolution : celle qui libéra le tiers est de 1789, celle qui libéra l'alexandrin seulement de 1830. C'en était bien fait de Ronsard. La Fontaine, qui lui doit tant, se déclare contre lui, le proclamant « dur, sans goût, sans choix ». Le grand Arnauld juge que « c'a été un déshonneur à la France d'avoir fait tant d'estime des pitoyables ]>oésies de Ronsard ». Perrault proteste et dit encore w le grand Ronsard », mais c'est un rebelle, un frondeur. La Bruyère, tout en reconnaissant à Ronsard
de la verve et de Fenthousiasme, déclare que lui et les siens « ont retardé le st3fle dans le chemin de la perfection ; ils l'ont exposé à la manquer pour toujours ». Fénelon discute Ronsard comme linguiste et l'ignore comme poète.
Au xviii'^ siècle, de nouvelles éditions sont données du Roman de la Rose, de Martial d'Auvergne, Coquillart, Crétin, Marot, même de Marot père, même de Marot fils, mais non de Ronsard qui n'en eut aucune entre celle de 1629 et celle de Blanchemain en 1857. A qui mieux mieux alors, les grammairiens, les critiques, les historiens des lettres s'en tiennent à des variations sur le thème « Malherbe vint ». « grec et latin », « idylles gothiques ». Voltaire donne place à Marot et Rabelais dans son Temple du Goût, mais non à Ronsard qui « gâta la langue ». Les faiseurs de dictionnaires, de « Bibliothèques », les Encyclopédistes, les innombrables abbés lettrés, le vilipendent ou romeltent. Aux mots ode et lyrisme, l'Encyclopédie, l'abbé Granet, l'abbé Batteux dont le Cours se donnait encore en prix au xix'' siècle, Marmonlel dans sa roéii<jue Française, 1763, sont muets sur Ronsard, mais éloquents sur Malherbe et plus encore sur Jean-Baptiste Rousseau dont la postérité, assure Granet, « verra avec autant d'admiration le nom que celui du grand Turenne ». L'Encyclopédie nous apprend que le même Rousseau « a été, à la fois, Pindare, Horace, Anacréon, Malherbe, etc. » On admirera cet « etc. » Dans cette vaste publication, orgueil du siècle, au mot sonnet, la Pléiade est ignorée et un seul sonnet est cité, œuvre de Boileau. Batteux, sans
nommer Ronsard, le confond avec la tourbe de ces « poètes anciens » qui « faisaient un galimatias pompeux de latinismes et d'héllénismes crus et durs, (juils lardaient de pointes, de jeux de mots, de rodomontades : aussi vains et aussi romanesques sur leurs pégases que nos vieux chevaliers dans leurs joutes et dans leurs tournois », et destinés du reste, sans que le savant académicien le suspectât, à reparaître ensemble sur la scène, plus « romanesques » que jamais, pour donner chasse à tous Batteux, Granet et consorts.
Quand lionsard est nommé (exception faite pour Saint-Marc, dans le J'oiir et Contre. 1739), le cas, d'ordinaire, est pire; car c'est, dit Chaulieu qui a])prouve fort, afin de le couvrir d'un <i mépris plus cruel que l'oubli ». L'abbé Chaudon lui l'ejyroclie d'avoir encombré la langue de mots grecs et latins, ce qui, « avec le jargon barbare qu'on parlait alors, produisait des sons aussi aigres que ceux dont les onagres font rclentir les montagnes des Pyrénées. Knlin Malherbe vint». Selon La Harpe, llonsaid a le suprême défaut de « ne pouvoir pas être lu ». Rivarol est tout aussi dur. Les moins défavorables, comme l'abbé de la Porte, ou l'abbé Coupé, tout en approuvant Boileau, plaident les circonstances atténuantes. Les seuls qui rendent encore service à la mémoire du mort sont les faiseurs d'anthologies : à l'inverse de Boileau qui n'avait qu'à juger, il fallait bien qu'ils lisent, eux, puisqu'ils étaient obligés d'imprimer. Ce leur était, il est vi'ai, manièi'e de martyre, et ils ne dissimulaient pas, comme on ])eul voir dans l{;s Annales j)uétiqnes un Al niandcli des
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Muses, 1778, leur « fatigue d'avoii' lu plusieurs milliers de pages in-folio, imprimées à double colonne ». Seulement ils ne voulaient pas avoir souffert en vain et ils consacraient presque tout leur tome V à Ronsard.
Après la Tendeur. l'Empire, puis la llestauration ; plus de campagnes glorieuses, plus de liberté; on n'en peut plus avoir, on le sent, mais on le regrette. Les désordres du xvi" siècle, désordres civils, étaient sans gloire, leur fin avait été un soulagement. Il n'en était pas de même en 1815. Ce qui subsistait d'aspirations vers les libertés, l'héroïsme, le grandiose se tourna, en attendant mieux, du seul côté possible ; un seul genre de liberté pouvait être atteint et restait à conquérir : la cour d'Apollon demeurait la plus hiérarchisée qui fût, la plus tyrannique, la plus rigoureuse en son étiquette, la plus bornée en ses propos, la plus monotone en ses musiques. On tenta sur elle des réformes qui ne pouvaient être appliquées encore à celle des Bourbons revenus. Moins de dix ans après leur retour, une révolution littéraire était certaine. Lamartine publiait ses Méditations en 1820, Vigny ses Poèmes et Stendhal son Racine et Shakespeare en 1822; le premier cénacle se formait autour de Nodier en 1823. Bientôt manifestes et campagnes littéraires se succèdent; la guerre est déclarée aux classiques, à Malherbe, à Boileau, au morne alexandrin des successeurs de leurs successeurs, à la poésie glacée, didactique, idéologue, réglée au métronome que favorisaient les bien-pensants de la littérature. Les jeunes d'alors voulaient une prosodie et un vocabulaire éman-
cipés. un vers qui, « sur le vers », osât enjamber, une césure mobile, une rupture du moule rigide et uniforme des genres, rabolilion des lettres de noblesse des mots privilégiés, un l'etour à l'individualisme, le concret remplaçant l'abstrait, la passion substiiuée au raisonnement, l'inspiration préférée à la bonne conduite. Tout cela ramenait directement au xvi'' siècle et à Ronsard, et d'autant plus sûrement que beaucoup s'inquiétaient de tant d'influences étrangères agissant à la même heure : Shakespeare, Scott, Byron, Gœthc, Schiller, Dante, Cervantes. La nouvelle école accueillait ces auxiliaires, mais se voulait aussi des ancêtres nationaux. La réaction en faveur de Ronsard avait déjà commencé, timidement, comme le montre la préface de Viollet-le-Duc pour son édition de Régnier, en 1823, quand Sainte-Beuve publia, en 1828, son fameux Tnhlcaa historique et eritiqite de la Poésie Fraiieiiise et du Théâtre Franenis au AT/' siècle, suivi, en un second volume, des (lùnres choisies de Pierre de Ronsard, avec Notice, Notes et Commentaires. Sainte-Beuve n'avait pas cachi' qu'il écrivait sur le xvi" siècle en songeant sans cesse « aux questions littéraires et poétiques qui s'agitent dans le nôtre ». Une nouvelle pléiade était en formation qui allait être le second cénacle, et dont le chef s'imposait aussi nettement à tous que jadis Ronsard à ses émules, Victor Hugo. Il ne s'agissait de rien moins, « pour la nouvelle école française », dit encore Sainte-Beuve, « que de secouer le joug des deux derniers siècles... et chercher dans nos origines quelque chose de national à quoi se rattacher ».
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Ronsard était l'ancêtre idéal : lointain, j)ittoresque, de forte individualité, aux multiples aspirations et expériences, métricien incomparable, qui, de plus, avait vu dans la poésie, tout comme Lamartine lui-même, autre chose qu'« un jeu de Tesprit, un caprice mélodieux de la pensée », poètecavalier, s'il en fut, de fière tournure et fier langage, rebelle aux contraintes excessives, mais victime des sots, des incapables et des méchants, de Malherbe, Boileau, La Harpe et Tabbé Batteux, ce qui achevait d'enthousiasmer. L'effet fut immédiat et immense. Sainte-Beuve fut vite dépassé; il espérait rendre du moins « un peu d'honneur » aux mânes de la victime, sans espérer qu'elle pût « de si bas remonter à la gloire ». L'ouvi'age révélateur avait à peine paru que le marmoréen Vigny écrivait à l'auteur : « Je frappe sur le livre et je jette des cris de plaisir à me faire passer pour fou. Quel service vous rendez aux lettres on relevant et rattachant ces anneaux perdus et rouilles de la chaîne des poètes' »! Pour mieux marquer ce rattachement, h; critique avait offert à Victor Hugo, comme un talisman, le bel exemplaire in-folio des œuvres de Ronsard dont il s'était servi, le dédiant « au plus grand inventeur lyrique que la poésie française ait eu depuis Ronsard - ».
Dès ce moment l'influence de Ronsard, parallèle à celle de Hugo ou fondue en elle ot opérant à