‹ RonsardChapitre 5 sur 15 · AM0UR · texte numérisé non relu

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lieu du vers de dix syllabes c"est lalexandriu qui est mis à son service, ce qui nous surprend, et d'autant plus que Ronsard [)renait soin de spécifier que c'était pour lui le « vers héroïque ». Mais beaucoup jugeaient alors, et Ronsard aussi par inoincnts, que ce long vers se rapprochait assez de la prose (sans être prosaïque cependant ailleurs que chez les malhabiles) pour convenir aux amours plus tendres qu'exaltées. « Si quelqu'un », dit Relleau, porteparole du poète el chargé du commentaire de ces nouvelles Amours, blâme les vers alexandrins u de sentir leur prose, ce n'est (pie faute d'être bien laits et bien prononcés ».

La fierté de pose du lendemain de la Défense a disparu. Loin de dissimuler l'humble rang de Marie, née « en petite bourgade, non de riches parents », Ronsard y insiste avec sa franchise usuelle, ainsi c[ue sur le ton plus simple qu'il a volonlaii'ement adopté : plus d" « humeur pindari([ue », de « Muse hautaine », de vers débités dune « bouche magnifique ». ^lêlées aux sonnets, beaucoup de chansons où il souhaite qu'on remarque la trace des modèles antiques (signe de noblessç-^ftdirspensable) ; mais, comme il le fait expliquei'par Belleau dans la dédicace de ses notes de 15G7 ^, il a i)ris, cette fois, aux anciens ce qu'ils ont « de plus vulgaire et de moins retiré ». W s'est inspiré de leurs élégiaques, du néoclassique Marulle, Grec à la douce voix (^ui, dans ses

1. Le premier texte du Commentaire de Belleau, remanié à chaque édition, avait paru en lôliO. I^os suppressions et additions cessent d'être de lui à partir de I.")77, date de sa mort.

poésies latines, « en pureté de langage, a presque égalé les plus anciens Romains ». Plus de « grave obscurité», dit encore Belleau; Amour veut, écrit Ronsard, « qu'on lui chante au vrai ses passions », et sa passion de ujaintenanl commande le style des tendresses qui se murmurent et ne se clament point. Dans sa Continuation des Amours, donc, jiai'ue en 1555, et dans sa Nouvelle Continuation, ])ubliée Tannée d'après et qui est encore une sorte de « Mélange », le trait dominant est, chez le ])oète, la tendresse, et chez raiméc, la grâce juvénile et avenante, aussi égayée de sourires que sont d'ordinaire les « roses de mai ». Dans ses ])oésies où s'est beaucoup accrue la ])roportion des pièces câlines, en petits vers parsemés de diminutifs affectueux, le pin maintenant remplace le pré, d'où Ion peut conclure que Marie s'appelait probablement Marie Dupin, comme la première idole. Cassandre de Pray : « J'aime un ])in de Bourgueil ». C'était manière de parler courante : « Rien que gonnc cl tourment », disait, dans le même temps, Baïf à ])ropos de sa Francine, en réalité Françoise de Gennes. Mêlées aux œuvres sincères, comme toujours aussi, diverses pièces toute littéraires, pièces passe-partout, à classer n'importe où, comme il advint aux éditions suivantes ; d'autres qui ont encore pour héroïne Cassandre, la soi-disant oubliée. Par-dessus tous brillent les vers où Marie ligure dans le cadre chauqiètre de bois, de prés et de jardins où s'écoulait son humble vie :

Mij,''iiomii', levez-vous, vous ("'les paresseuse, Jà la gaie alouette au ciel a fredonné...

et c'est la description, reprise par un vrai poète, du matin de mai, égayé de chants d'oiseaux, à laquelle s'étaient exercés, de siècle en siècle, tous les riineurs du moyen âge. Il envoie à Marie des cadeaux, modestes comme elle, une quenouille de Montoii'c. et se représente la jeune lille aux doigts agiles,

Qui dévide, qui coud, qui ménage, qui file, Avecques ses deux sœurs, pour tromper ses ennuis, L'iîiver devant le feu, Télé devant son huis.

De quoi ne manquèrent pas de rire les belles dames de la cour; mais Ronsard, intercalant par la suite quelques lignes dans le commentaire de BcUeau, leur dit vertement leur fait K Ronsard, du reste, ne Tavait-il pas remarque lui-nuMiie? Toule beanh-, quel qu'en soit le lieu, élève Icàme :

O beaux yeux qui m'étiez si cruels et si doux!... Vous m'ôtàtes du cœur tniil vulgaii'c penser.

C'était exprimer au vi-ai ce qu il avait vraiment éprouvé et sans avoir besoin de se ressouvenir de Platon, ni savoir peut-être que Lancelot avait dit la même chose, presque en mêmes termes, à la reine Guenièvre. Ces vers rappelant sa tendresse du premier moment furent écrits par le poète bien plus lard, après la finale catastrophe. Car la fragile petite

1. II semble bien que cette iuldition au coinmetilaire primitif de 1560 soit de lui. La semonce, en tout cas, n est pas de Belleau, à qui elle est d'ordinaire attribuée cl qui, lorsqu'elle parut dans l'édition de l.')78, venait de mourir: « Si toutes les dames qui se sont moquées du simple et peu riche présent du poète à une belle et simple fille bien apprise et non otieuse étaient aussi jiriides femmes qu'elle, que notre siècle en vaudrait mieux » !

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Marie, aussi roqueltc que jolif. se laissa hieiilôt tourner la lète ]iar un « nouveau seigneur »; elle fut « d'un sot énamourée ». Dès la Nouvelle Continuation, on voit paraître, dans les vers dépités du poète, « re sol de jeune homme «. Ronsard souHVit, revint à Marie, fit en coiHpagnie de Baïf, alîn de la revoir, ce « Voyage de Tours » si alertement conté, et il élail, de|»uis des années, détaché d'elle ([uand la brusque nouvelle de sa mort vint lui apprendre, une fois de plus, combien il est difficile d'éteindre entièrement un feu d'amour qui a vraiment brûlé. Pétrarcjue même, l'admirable Pélrar([ue des sonnets « In morte di madonna Laura », n"a rien écrit de plus touchant que lélégie où Ronsard, à l'exemple du modèle, dit sa détresse, se remémorant la dernière rencontre, la dernière sans qu'il le sût :

Hélas où ost ce doux parler,

Ce voir, cet ouïr, cet aller.

Ce ris qui nie faisait apprendre,

Que c'est qu'aimer? Ha! doux refus,

Ha ! doux dédains, vous n'êtes plus,

Vous n'êtes plus qu'un peu de cendre...

Si je n'eusse eu l'esprit charge Do vaine erreur, prenant congé De sa belle et vive figure, Oyant sa voix qui sonnait mieux Que do coutume, et ses beaux yeux Qui reluisaient outre mesure.

Et son soupir qui m'embrasait.

J'eusse bien vu qu'elle disait :

Or, soùle-toi de mon visage, Si jamais tu en eus souci; Tu ne me verras plus ici; Je m'en vais faire un long voyage...

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