Ronsard lyrique et amoureux
Tel fui Ronsard, autheur de cest ouvrage Tel fut son œil, sa bouche et son visage, Portrait au vif de deux crayons divers : Icy le Corps, et l'Esprit en ses vers.
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\'AN mil cinq cens avec quarante et six, En ses cheveux une dame cruelle, Autant cruelle en mon endroit que belle, Lia mon cœur, de ses cheveux surpris.
Lors je pensoy, comme sot mal appris, Nay pour souffrir une peine éternelle, Que les crespons de leur blonde cautelle Deux ou trois jours sans plus me tiendraient pris.
L'an est passé, et l'autre commence ores, Où je me voy plus que devant encores Pris dans leurs reths : et quand par fois la mort
Veut deslacer le lien de ma peine, Amour totis jours pour Testreindre plus fort, Flatte mon cœur d'une espérance vaine.
\ille de Blois, naissance de ma daine.
Séjour des Roys et de ma volonté, Où jeune d'ans d'Amour je fus donté Par un œil brun qui ni outre-perça ïame :
Che^ toy je pris ceste première fiante, Che^ toy je vy ceste unique beaùie^\ Che^ toy je vy la douce~cTùimtt^' Dont le beau trait la franchise ni entame.
Habite Amour en ta ville à jamais, Et son carquois, ses lampes, et ses trais Pendent en toy, le temple de sa gloire :
Puisse tousjours tes murailles couver Dessous son aile, et nud tousjours laver Son chef crespu dans les flots de ton Loire.
)ANS les regards de sa jumelle fiame Je vis Amour, qui son arc desbandoit, Et sus mon cœur le brandon espandoit, Qui des plus froids les moûelles enflame :
Puis çà puis là près les yeux de ma Dame Entre cent fleurs un ret d'or me tend oit, Qui tout doré blond ement descendoit A flots crespu^ pour entasser mon ame.
Qu'eussay-je fait ? L'Archer estoit si doux, Si doux son feu, si doux Xor de ses nouas, Qu'en leurs filets encore je m'oublie :
Mais cest oubly ne me travaille point, Tant doucement le doux Archer me poingt, Le feu me brusle, et l'or crespe me lie.
ieureuse fut l'estoile fortunée, Qui d'un bon œil ma maistresse apperceut Heureux le Bers, et la main qui la sceut Emmailloter, le jour quelle fut née.
Heureuse fut la mammelle ordonnée, De qui le laict premier elle récent :
Et bien-heureux le ventre qui conceui Telle beauté de tant de dons ornée.
Heureux parens qui eustes cet honneur De la voir naistre un astre de bon-heur ! Heureux les murs, naissance de la belle !
Heureux le fils dont grosse elle sera, Mais plus heureux celuy qui la fera Et femme et mère, en lieu d'une pucelle.
f£S deux yeux bruns, deux flambeaux de ma vie, Dessus les miens respandant leur clarté, Ont esclave ma jeune liberté, Pour la damner en prison asservie.
Par ces yeux bruns ma raison fut ravie, Et quelque part qu Amour niait arresté, Je ne sceu voir ailleurs autre beauté, Tant ils sont seuls mon bien et mon envie.
D'autre esperon mon maistrè ne me poinL Autres pensers en moy ne logent point, D'un autre feu ma Muse ne senflame :
Ma main ne sçait cultiver autre nom, Et mon papier ne sesmaille, sinon De leurs beauté^ que je sens dedans l'âme.
]OUX fut le trait, qu'Amour hors de sa trousse Pour me tuer, me tira doucement, Quand je fit pris au doux commencement D'une douceur si doucettement douce.
Doux est son ris, et sa voix qui me pousse Lame du corps, qui s'enfuit lentement Devant son luth touché mignardement, Chantant mes vers animez de son pouce.
Telle douceur Je sa voix coule en l'air Ou on ne sçauroii sans ï entendre parler, Sçavoir comment le plaisir nous appelle.
Sans Fouyr, dis-je, Amour mesme enchanter, Doucement rire, et doucement chanter, Et moy mourir doucement auprès d'elle.
We de beauté^ que de grâces écloses Dans le jardin de ce sein verdelet.
Enflent le rond de deux galons de lait, Où des Amours les flèches sont encloses !
Je me transforme en cent métamorphoses, Quand je te voy, petit mont jumelet, Ains du printemps un rosier nouvel et, Qui le matin caresse de ses roses.
S Europe avoit ïestomach aussi beau, Sage tu pris le masque d'un t or eau, Bon Jupiter, pour traverser les ondes.
Le ciel n'est dit parfait pour sa grandeur Luy et le sein Je sont pour leur rondeur : Car le parfait consiste en choses rondes.
\UAND au matin ma Déesse s'habille, D'un riche or crespe ombrageant ses talons, Et les filets de ses beaux cheveus blons En cent façons en-onde et entortille :
JeVaccompare à l'escumiere fille Qui or pignant les siens brunement Ions, Or les fripant en mille crespillons, Nageoit à bord dedans une coquille.
De femme humaine encore ne sont pas Son ris, son front, ses gestes, ne ses pas, Ne de ses yeux l'une et l'autre estincelle.
Rocs, eaux, ne bois, ne logent point en eux Nymphe, qui ait sifollastres cheveux, Ny l'œil si beau, ny la bouche si belle.
\e veux mourir pour tes beauté^, Maistresse, Pour ce bel œil, qui me prit à son bain. Pour ce doux ris, pour ce baiser tout plein D'ambre et de musq, baiser d'une Déesse.
Je veux mourir pour ceste blonde tresse, Pour l'embompoinct de ce trop chaste sein, Pour la rigueur de ceste douce main, Qui tout d'un coup me guérit et me blesse.
Je veux mourir pour le brun de ce teint. Pour ceste voix, dont le beau chant m'estraint Si fort le cœur, que seul il en dispose.
Je veux mourir es amoureux combas, Soûlant l'amour, qu'au sang je porte enclose, Toute une nuit an milieu de tes bras.
U Art, la Nature exprimant En ce pourtrait me jait belle Mais si ne suis-je point telle Qu'aux escrits de mon amant.
)ILLE vrayment, et mille voudroyent bien, Et mille encor, ma guerrière Cassandre, Qu'en te laissant, je me voulusse rendre Franc de ton reth,pour vivre en leur lien.
Las ! mais mon cœur, ainçois qui n'est plus mien, En autre part ne sçauroit plus entendre. Tu es sa dame, et mieux voudroit attendre Dix mille morts, qu'il fust autre que tien.
Tant que la rose en ïespine naistra, Tant que le trèfle au rivage croistra, Tant que les Cerfs aimeront les ramées,
Et tant qu Amour se nourrira de pleurs, Tousjours au cœur ton nom, et tes valeurs, Et tes beauté^ me seront imprimées.
)OMME un Chevreuil, quand le printemps détruit Du froid hyver la poignante gelée, Pour mieux broutter la fueille emmielée, Hors de son bois avec l'Aube s'enfuit :
Et seul, et seur, loin de chiens et de bruit, Or sur un mont, or dans une valée, Or près d'une onde à l'escart recelée, Libre, folastre où son pié le conduit :
De rets ne d'arc sa liberté n'a crainte Sinon alors que sa vie est attainte D'un trait meurtrier empourpré de son sang.
Ainsi j'alloy sans espoir de dommage, Le jour qu'un œil sur l'Avril de mon aage Tira d'un coup mille traits en mon flanc.
)EDANS un pré je vis une Naïade, Qui comme fleur marchait dessus les fleurs, Et mignottoit un bouquet de couleurs, Échevelée eu simple verdugade.
De son regard ma raison fut malade, Mon front pensif, mes yeux charge^ de pleurs, Mon cœur perclus : tel amas de douleurs En ma franchise imprima son œillade.
Là je senty dedans mes yeux voiler Un dous venin, subtil à sescouler Au fond de ïame, où le mal est extresme :
Puis comme un li% de la gresle froissé Languist à bas, feu le cœur abaissé, Et dans mon feu je rnimmolay moy-mesme.
'uand ces beaux yeux jugeront que je meure, Avant mes jours me banissant là bas, Et que la Parque aura porté mes pas A l'autre bord de la rive meilleure :
Antres et pre%, et vous forests, à l'heure, Pleurant mon mal, ne me dédaigne^ pas : Ains donner moy sous T ombre de vos bras, Une éternelle et paisible demeure.
Puisse avenir qu'un poète amoureux, Ayant horreur de mon sort malheureux, Dans un cyprès note cet epigramme :
CI DESSOUS GIT UN AMANT VANDOMOIS, QUE LA DOULEUR TUA DEDANS CE BOIS POUR AIMER TROP LES BEAUX YEUX DE SA DAME.
Uni., xr, et vents, plains et monts découvers, Tertres vineux, et for est s verdoyantes, Rivages tors, et sources ondoyantes, Taillis rase^, et vous bocages vers :
Antres moussus à dcmy-front ouvers, Pre^, boutons, fleurs, et herbes rousoyantes, Coutaus vineux, et plages blondoyantes, Et vous rochers escholliers de mes vers :
Puis qu'au partir, rongé de soin et d'ire, A ce bel œil Adieu je nay sceu dire, Qui près et loin me détient en esmoy,
Je vous supply, Ciel, xr, vents, monts, et plaines, Taillis, forests, rivages et fontaines, Antres, pre\, fleurs, dites le luy pour moy.
\Y les combats des amoureuses nuits, Ny les plaisirs que les amours conçoivent, Ny les faveurs que les amans reçoivent, Ne valent pas un seul de mes ennuis.
Heureux ennuy, par ta faveur je puis Trouver repos des maux qui me déçoivent, Et par toy seul mes passions reçoivent Le doux oubly des tourmens où je suis.
Bienheureux soit mon tourment qui r empire, Et le doux joug, soubs qui je ne respire : Bienheureux soit mon penser soucieux :
Bienheureux soit le doux souvenir d'elle, Et plus heureux le foudre de ses yeux, Qui cuist ma vie en un feu qui me gelle.
\0IT que son or se crespe lentement, Ou soit qu'il vague en deux glissantes ondes, Qui çà qui là par le sein vagabondes, Et sur le col nagent follastrement :
Ou soit qu'un noud diapré fortement De maints rubis et maintes perles rondes, Serre les flots de ses deux tresses blondes, Mon cœur se plaist en son contentement.
Quel plaisir est-ce, ainçois quelle merveille, Quand ses cheveux trousse^ dessus T oreille, D'une Venus imitent la façon ?
Quand d'un bonet sa teste elle Adonise, Et qu'on ne sçait selle est fille ou garson, Tant en ces deux sa beauté se desguise ?
\OUR célébrer des astres dévestus L'heur qui s'escoide en celle qui me lime, Et pour louer son esprit, qui n'estime Que le divin des divines vertus,
Et ses regards, ains traits d'Amour pointus, Que son bel œil au fond du cœur m'imprime, Il me faudroit, non l'ardeur de ma rime, Mais le sçavoir du Masconnois Pontus.
Il me faudroit ceste lyre divine, Dont le labeur sur la rive Angevine Changea l'Olive en un Laurier fleury :
Et me faudroit un Desautels encore, Et un Baïf qui sa Franchie honore, Et un Belleau que les Sœurs ont nourry.
jREN ceste rose aimable comme toy, Qui sers de rose aux roses les plus belles. Qui sers de fleurs aux fleurs les plus nouvelles, Qui sers de Muse aux Muscs et à moy.
Pren ceste rose, et ensemble reçoy Dedans ton sein mon cœur qui n a point d'ailes Il vit blessé de cent playes cruelles, Opiniastre à garder trop sa for.
La rose et moy différons d'une chose : Un Soleil voit naistre et mourir la rose, Mille Soleils ont veu naistre ni amour
Qui ne se passe, et jamais ne repose.
Que pleust à Dieu que mon amour éclose, Comme une fleur, ne m'eust duré qu'un jour!
'uant) je vous voy, ou quand je pense en vous, U une frisson tout le cœur me frétille, Mon sang s'esmeut, et d'un penser fertile Un autre croist, tant le suget m'est doux.
Je tremble tout de nerjs et de genous : Comme la cire au feu, je me distile : Ma raison tombe, et ma force inutile Me laisse froid sans haleine et sans pous.
Je semble au mort, qu'en la fosse on dévale, Tant je suis hâve, espoventable et pâle, Voyant mes sens par la mort se muer :
Et toutefois je me plais en ma braise. D'un mesme mal l'un et l'autre est bien aise, Moy de mourir, et vous de me tuer.
\ans souspirer vivre icy je riay peu Depuis le jour que les yeux de ma dame Tous pleins de miel versèrent en mon ame Le doux venin, dont mon cœur fut repeu.
Ma chère neige, et mon cher et doux feu, Voye^ comment je m englace et m'enflame : Comme la cire aux raions d'une fiante, fe me consume, et vous en chaut bien peu.
Il est certain que ma vie est heureuse De s'écouler en douceur langoureuse Dessous vostre œil, qui jour et nuit me point.
Mais ce pendant vostre beauté ne pense, Que l'amitié d'amitié se compense, Et qu'un amour sans frère ne croist point.
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•£ z/y ;wa Nymphe entre cent damoiselles, Comme un Croissant par les menus flambeaux, Et de ses yeux plus que les astres beaux Faire obscurcir la beauté des plus belles.
Dedans son sein les Grâces immortelles, La Gaillardise, et les Frères jumeaux Alloienl volant, comme petits oiseaux Parmy le verd des branches plus nouvelles.
Le ciel ravy, qui si belle la voit, Roses, et li^, et ghirîandes pîeuvoit Tout au rond d'elle, au milieu de la place
Si qu'en despit de Vhyver froidureux, Par la vertu de ses yeux amoureux Un beau printemps s'engendra de sa face.
[ONNEUR de May,despouille du Printemps, Bouquet tissu de la main qui me donte, Dont les beauté^ aux fleurettes font honte, Faisant esclorre un Avril en tout temps :
Non pas du ne%, mais du cœur je te sens Et de Tesprit, que ton odeur surmonte : Et tellement de veine en veine monte, Que ta senteur embasme tous mes sens.
Sus, baise moy tout ainsi que in amie, Pren mes souspirs, pren mes pleurs je te prie, Qui serviront d animer ta couleur,
Et que ta fleur ne deviendra fanie, Les pleurs d'humeur, les souspirs de chaleur, Pour prendre un jour ta racine en ma vie.
\e parangonnc à ta jeune beauté, Qui tous jour s dure en son printemps nouvelle, Ce mois d'Avril qui ses fleurs renouvelle En sa plus gaye et verte nouveauté.
Loin devant toy fuira la cruauté :
Devant luy fuit la saison plus cruelle. Il est tout beau, ta face est toute belle : Ferme est son cours, ferme est ta loyauté.
Il peint les champs de dix mille couleurs, Tu peins mes vers d'un long email de fleurs : D'un doux Zephyre il fait ondcr les plaines,
Et toy mon cœur d'un souspir larmoyant : D'un beau crystal son front est rosoyant, Tu fais sortir de mes yeux deux fontaines.
ÏAFOIS V esprit tout morne et tout pesant, Quand je receu du lieu qui me tourmente, La pomme d'or comme moy jaunissante Du mesme mal qui nous est si plaisant.
Les Pommes sont de l'Amour le présent : Tu le sçais bien, ô guerrière Athalante, Et Cydipé qui encor se lamente De l'escrit d'or, qui luy fut si cuisant.
Les Pommes sont de F Amour le vray signe. Heureux celui qui de la pomme est digne ! Tousjours Venus a des pommes au sein.
Depuis Adam désireux nous en sommes :
Tousjours la Grâce en a dedans sa main : Et bref l'Amour n'est qu'un beau jeu de pommes.
)E ris plus dons que l'œuvre d'une abeille, Ces doubles li^freschement argenté^ Ces diamans à double ranc plante^ Dans le cor al de sa bouche vermeille :
Ce dous parler qui les âmes resveille, Ce chant qui tient mes soucis enchante^, Et ces deux deux sur deux astres cnte\, De ma déesse annoncent la merveille.
Du beau jardin de son jeune printemps Naist un parfum, qui le ciel en tous temps Embasmeroit de ses douces haleines :
Et de là sort le charme d'une voix, Qui tous ravis fait sauteler les bois, Planer les monts, et montaigner les plaines.
CHANSON
\A dame, je n'eusse pensé, Opiniasire en ma langueur, Que ton cœur m'eust récompensé D'une si cruelle rigueur, Et qu'en lieu de me secourir Tes beaux yeux m'eussent fait mourir
Si prévoyant j'eusse apperceu, Quand je te vy premièrement, Le mal que fay depuis receu Pour aimer trop loyalement, Mon cœur qui franc avoit vescu, N'eust pas esté si tost veincu.
Tu me fis promettre à tes yeux Qui seul^ me vindrent décevoir, De me donner encore mieux Que mon cœur nesperoit avoir :
Puis comme jalons de mon bien Ont transformé mon aise en rien.
Si tost que je vy leur beauté, Amour me força d'un désir D'assujettir ma loyauté Sous l'empire de leur plaisir, Et décocha de leur regard Contre mon cœur le premier dard.
Ce fut, Dame, ton bel accueil, Qui pour me faire bien-heureux, M'ouvrit par la clef de ton œil Le paradis des Amoureux,
Et fait esclave en si beau lieu, D'un homme je devins un Dieu.
Si bien que n'estant plus à moy, Mais à Ï œil qui m'avoit blessé, Mon cœur en gage de ma foy A luv mon maistre fay laissé, Où serf si doucement il est Qu'autre liberté luy desplaist.
Et bien qu'il souffre jours et nuis Mainte amoureuse adversité, Le plus cruel de ses ennuis Luy semble une félicité, Et ne sçauroit jamais vouloir Qu'un autre œil le face douloir.
Un grand rocher qui a le doi Et les pieds tousjours outrage^, Ores des vents, ores des flots Contre les rives enrage^, N'est point si ferme que mon cœur Sous l'orage de ta rigueur.
Car luy de plus en plus aimant Les beaux yeux qui l'ont en-rheté,
Semble du tout au Diamant, Qui pour garder sa fermeté, Se rompt plustost sous le marteau, Que se voir tailler de nouveau.
Ainsi ne l'or qui peut tenter, Ny grâce, beauté, ny maintien Ne sçauroient dans mon cœur enter Un autre portrait que le tien, Et plustost il mourroit d'ennuy, Que d'en souffrir un autre en luy.
Il ne faut donc pour empescher Qu'une autre dame en ait sa part, L environner d'un grand rocher, Ou d'une fosse, ou d'un rempart :
Amour te l'a si bien conquis, Que plus il ne peut estre acquis.
Chanson, les estoiles seront La nuict sans les deux allumer, Et plustost les vents cesseront De tempes ter dessus la mer, Que de ses yeux la cruauté Puisse amoindrir ma loyauté.
\ONTRE le ciel mon cœur estoit rebelle, Quand le destin que forcer je ne puis, Me fist re-voir la Dame à qui je suis, Ains que vestir ceste escorcc nouvelle.
Un chaut adonc de moelle en moelle, De nerfs en nerfs, de conduits en conduits Brusla mon cœur : dont fay vescu depuis Or en plaisir, or en peine cruelle.
Si qu'en voyant ses beauté^, et combien Elle est divine, il me resouvint bien L'avoir jadis en paradis laissée :
Car dés le jour que j'en re-fu blessêy Soit près ou loin, je nay jamais cessé De l'adorer de fait ou de pensée.
ainte Gastine, ô douce secrétaire De mes ennuis, qui respons en ton bois, Ores en haute, ores en basse voix, Aux longs souspirs que mon cœur ne peut taire
Loir, qui refreins la course volontaire Du plus courant de tes flots Vandomois, Quand accuser ceste beauté tu mois, De qui tousjours je in affame et ni altère :
Si dextrement l'augure fay receu, Et si mon œil ne fut hier deceu Des doux regards de ma douce Thalie,
Maugré la mort Poëte me ferez, Et par la France appelle^ vous sere^ L'un mon Laurier, l'autre ma Castalie.
\i les desdaim d'une Nymphe si belle, Ni le plaisir de me fondre en langueur, Ni la fierté de sa douce rigueur, Ni contre Amour sa chasteté rebelle :
Ni le penser de trop penser en elle, Ni de mes yeux Y éternelle liqueur, Ni mes souspirs messagers de mon cœur, Ni de sa glace une ardeur éternelle :
Ni le désir qui me lime et me mord, Ni voir escrite en ma face la mort, Ni les erreurs d'une longue complainte,
Ne briseront mon cœur de diamant, Que sa beauté ny soit tous jour s emprainte » Belle fin fait qui meurt en bien aimant.
mour et Mars sont presque d'une sorte : L'un en plein jour, l'autre combat de nuit, L'un aux rivaux, l'autre aux gendarmes nuit, L'un rompt un huis, l'autre rompt une porte :
L'un finement trompe une ville forte, L'autre coiment une maison séduit :
L'un le butin, l'autre le gain poursuit, L'un deshonneur, l'autre dommage apporte.
L'un couche à terre, et l'autre gist souvent Devant un huis à la froideur du vent : L'un boit mainte eau, l'autre boit mainte larme.
Mars va tout seul, les Amours vont tous seids : Qui voudra donc ne languir paresseux, Soit l'un ou l'autre, amoureux, ou gendarme.
\ille, Garçon, d'une main larronnesse Le bel esmail de la verte saison, Puis à plein poing en-jonche la maison Du beau tapis de leur meslange espaisse.
Despen du croc ma lyre chanteresse :
Je veux charmer, si je puis, la poison Dont un bel œil enchanta ma raison Par la vertu d'une œillade maisiresse.
Donne moy ï encre, et le papier aussi . En cent papiers tesmoins de mon souci, Je veux tracer la peine que f endure :
En cent papiers plus durs que diamant. Afin qu'un jour nostre race future Juge du mal que je souffre en aimant.
ÏHOMME a la teste ou de plomb, ou de bois, S'il ne tressant de crainte et de merveille, Quand face à face il voit ma nompareille, Ou quand il oit les accords de sa voix :
Ou quand, pensive, aux jours des plus beaux mois La voit à part (comme un qui se conseille) Tracer les pre\, et dune main vermeille Faire un bouquet des fleurettes de chois :
Ou quand Testé, lors que le chaud s'avale, Au soir à l'huis l'apperçoit, qu'elle égale La soye à l'or d'un pouce ingénieux :
Puis de ses doigts, qui les roses effacent, Toucher son Luth, et d'un tour de ses yeux Piller les cœurs de mille hommes qui passent.
We dites vous, que faites vous mignonne? Que songea vous ? pense\ vous point en moy ? Ave^ vous point soucy de mon esmoy, Comme de vous le soucy ni espoinçonne ?
De voire amour tout Je cœur me bouillonne, Devant mes yeux sans cesse je vous voy, Je vous entens absente, je vous oy, Et mon penser d'autre amour ne resonne.
J'ay vo% beauté^, vo^ grâces et vo\ yeux Graves en moy, les places et les lieux, Où je vous vy danser, parler et rire.
Je vous tien mienne, et si ne suis pas mien, En vous je vy, je m'anime et respire, Mon tout, mon cœur, mon sang, et tout mon bien.
UEN que ton trait, Amour, soit rigoureux, S Et toy remply de fraude et de malice, Assez, Amour, en te faisant service, Suyvant ton camp, fay vescu bien heureux.
Geste beauté, qui méfait langoureux, Non, mais qui veut qu'en vain je ne languisse, En la baisant me dit, que je tondisse De son poil d'or un lien amoureux.
J'eui tant d'honneur, que de son ciseau même Je le tranchay. Voyez l'amour extresme, Voyez, Amans, la grandeur de mon bien.
Jamais ne soit, qu'en mes vers je n'honore Et le ciseau, et les cheveux encore, L'un mon ministre, et l'autre mon lien.