BAISER
\uand de ta lèvre à demy-closc {Comme entre deux fleuris sentiers) Je sens ton haleine de rose,
Mes lèvres les avant-portiers Du baiser, se rougissent d'aise, Et de mes souhaits tous entiers Me font jouyr, quand je te baise.
Car ïhumeur du baiser appaise, S'escoulant au cœur peu à peu, Ceste chaude amoureuse braise, Dont tes yeux allumoient le feu.
CHANSON
\U jour que je fus amoureux, Nul past, tant soit-il savoureux.
Ne vin tant soit il délectable, Au cœur ne m est point agréable :
Car depuis l'heure je ne sceu Manger ou boire qui m ait pieu.
Une tristesse en Famé close Me nourrist, et non autre chose.
Tous les plaisirs que j'estimois Alors que libre je n'aimois, Maintenant je les desestime :
Plus ne m est plaisante l'escrime, La paume, la chasse, et le bal, Mais comme un sauvage animal Je me pers, pour celer ma rage, Dans un bois, ou près d'un rivage.
L'amour fut bien forte poison Qui m'ensorcela la raison, Et qui me desroba l'audace
Que je portoy dessus la face, Me faisant aller pas à pas, Triste et pensif le front à bas, En homme qui craint et qui n'ose Se fier plus en nulle chose.
Le tonnent qu'on feint d'Ixion, N'approche pas de ma passion, Et mieux faimerois de Tantale Endurer la peine fatale Un an, qu'estre un jour amoureux, Pour languir autant malheureux Que j'ay fait, depuis que Cassandre Tient mon cœur, et ne le veut rendre.
CHANSON
L me semble que la journée > Dure plus longue qu'une année, Quand par malheur, je riay ce bien De voir la grand' beauté de celle Qui tient mon cœur, et sans laquelle Veisse-je tout, je ne voy rien.
Quiconque fut jadis le sage, Qui dit que V amoureux courage Vit de ce qu'il aime, il dit vray :
Ailleurs vivant il ne peut estre, Ny d'autre viande se paistre :
j'en suis seur, j'en ay fait ïessay.
Tousjours ramant vit en l'aimée :
Pour cela mon ame afamée Ne se veut soûler que d'amour :
De ï amour elle est si friande, Que sans plus de telle viande Se veut repaistre nuit et jour.
Si quelqu'un dit que je m" abuse, Voye luy mesme la Méduse Oui d'un rocher m'a fait le cœur, Et l'ayant veuë,je m'asseure Qu'il sera fait sus la mesme heure Le compagnon de mon malheur.
Car est-il homme que n'enchante La voix d'une dame sçavante, Et fust-il Scythe en cruauté ?
Il n'est point de plus grand magie Que la docte voix d'une amie, Quand elle est jointe à la beauté.
Or j'aime bien, je le confesse, Et plus j'iray vers la vieillesse, Et plus constant j'aimeray mieux :
Je noubliray, fussay-je en cendre, La douce amour de ma Cassandre, Qui loge mon cœur dans ses yeux.
Adieu liberté ancienne, Comme chose qui n'est plus mienne, Adieu ma chère vie, adieu :
Ta fuite ne me peut desplaire
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Puis que ma perte volontaire Se retreuve en un si beau lieu.
Chanson, va fen où je t'adresse Dans la chambre de ma maistresse, Dy luy, baisant sa blanche main, Que pour en santé me remettre, Il ne luy faut sinon permettre Que tu te caches dans son sein.
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