‹ Ronsard lyrique et amoureuxChapitre 12 sur 33 · QU'IL VOU DROIT EN S' AMIE · texte numérisé non relu

QU'IL VOU DROIT EN S' AMIE

\UAND je serois si heureux de choisir Une Maistresse à mon désir, Mon Peletier, je te veux dire Laquelle je voudrois eslire Pour la servir, constant, à son plaisir.

L'âge non meur, mais verdelet encore, Est l'âge seul qui me dévore Le cœur d'impatience atteint :

Noir je vueil l'œil, et brun le teint,

Bien que l'œil verd tonte la France adore.

J'aime la bouche imitante la rose

Au lent Soleil de May déclose, Un petit tetin nouvelet Qui se fait desjà rondelet,

Et sur l'y voire eslevé se repose :

La taille droite à la beauté pareille, Et dessous la coife une oreille Qui toute se monstre dehors, En cent façons les cheveux tors,

La joue égale à l'Aurore vermeille :

L 'estomac plein, la jambe de bon tour Pleine de chair tout à Tentour Que volontiers on tasteroit, Un sein, qui les Dieux tenteroit, Le flanc haussé, la cuisse faite au tour :

La dent d'yvoire, odorante ïhaleine, A qui s egaleroient à peine Les doux parfums de la Sabée, Ou toute T odeur desrobée

Que V Arabie heureusement ameine :

V esprit naïf, et naïve la grâce,

La main lascive, ou quelle embrasse Lamy en son giron couché, Ou que son luth en soit touché,

Et une voix qui mesme son luth passe :

Le pied petit, la main longuette et belle, Doutant tout cœur dur et rebelle,

Et un ris qui en descouvrant Maint diamant, allast ouvrant Le beau vermeil d'une lèvre jumelle.

Qu'elle sceust par cœur tout cela qu'a chanté Pétrarque en amour tant vanté, Ou la Rose si bien descrite, Et contre les femmes despite,

Dont je serois, comme d'elle, enchanté.

Quant au maintien, inconstant et volage, Folastre et digne de tel âge, Le regard errant ça et là, Un naturel, outre cela,

Qui plus que l'art misérable soulage.

Je ne voudrois avoir en ma puissance A tous coups d'elle jouyssance :

Souvent Je nier un petit En amour donne l'appétit,

Et fait durer la longue obeyssance.

D'elle le temps ne pourroit mestranger, N' autre amour, ne l'or estranger,

Ny à tout le bien qui arrive De l'Orient à nostre rive Je ne voudrais ma brunette changer :

Lors que sa bouche à me baiser tendroit, Ou qu'approcher ne la voudroit Comme feignant destre fâchée, Ou quand en quelque coin cachée

Sans l'aviser pendre au col me viendroit.

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