‹ Ronsard lyrique et amoureuxChapitre 13 sur 33 · A JOACHIM DU BELLAY, ANGEVIN · texte numérisé non relu

A JOACHIM DU BELLAY, ANGEVIN

^SCOUTE, du Bell a v : ou les Muses ont peur De V enfant de Venus, ou T aiment de bon cœur. Et tousjours pas à pas accompagnent sa trace. Car si quelqu'un ne veut les amours desdaigner, Toutes à qui mieux mieux le viennent enseigner. Et sa bouche mielleuse emplissent de leur grâce.

Mais au brave qui met les amours à desdain, Toutes, le desdaignant, le délaissent soudain,

Et plus ne luy font part de leur gentille veine : Ains Cleion luy défend de ne se plus trouver En leur danse, et jamais ne venir abreuver Sa bouche non amante en leur belle fonteine.

Certes j'en suis tesmoin : car quand je veux louer Quelque homme ou quelque Dieu, soudain je sens nouer La langue à mon palais, et ma gorge se bouche : Mais quand je veux d'Amour ou escrire ou parler, Ma langue se desnoue, et lors je sens couler Ma chanson d'elle-mesme aisément en la bouche.

A JJNNE IMPITOIABLE

\eune beauté, mais trop outrecuidée Des presens de Venus, Quand tu verras ta peau toute ridée Et tes cheveux chenus,

Contre le temps et contre toy rebelle Diras en te tan saut :

Que ne pensoy-je, alors que festois belle, Ce que je vay pensant ?

Ou bien, pourquoy à mon désir pareille Ne suis- je maintenant ?

y> La beauté semble à la rose vermeille » Qui meurt incontinent.

Voilà les vers tragiques, et la plainte Quau ciel tu envoiras

Incontinent que ta face dépainte Par le temps tu voirras.

Tu sçais combien ardemment je f adore

Indocile à pitié, Et tu me fuis, et tu ne veux encore

Te joindre à ta moitié !

O de Paphos et de Cypre régente,

Déesse aux noirs sourds !

Plus tost encor que le Temps, soit vengente Mes desdaigne\ soucis.

Et du brandon, dont les cœurs tu enflâmes Des jumens tout autour,

Brusle-la moy, afin que de ses fiâmes Je me rie à mon tour.

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