‹ Ronsard lyrique et amoureuxChapitre 17 sur 33 · A GASPAR D'AUVERGNE · texte numérisé non relu

A GASPAR D'AUVERGNE

\aspar, qui du mont Pégase As les filles de Parnase Conduites en ta maison, Ne sçais-tu que moy Poète, De mon Phœbns je soiihète Quand je fais une oraison ?

Les moissons je ne quiers pas, Que la f aulx arrange à bas Sur la Beauce fructueuse, Ny tous les cornus troupeaux Qui sautent sur les coupeaux De l'Auvergne montueuse

Ny l'or sans forme, qiiameine La mine pour noslre peine, Ny celuy qui est formé Portant d'un Roy la figure, Ou la fiere portraiture De quelque Empereur armé .

Ny le marbre marqueté Loin en Afrique acheté Pour parade d'une sale, Ny les cousteux diamans, Magnifiques ornemens D'une majesté royale :

Ny tous les champs que le fleuve Du Loir lentement abreuve, Ny tous les pre\ emmure^ Des plis de Braye argentine, Ny tous les bois dont Gastine Voit ses bras en-verdure^ :

Ny le riche acoustrement D'une laine, qui dément Sa teinture naturelle Es chauderons du Gobelin, Syvrant d'un rouge venin Pour se desguiser plus belle.

Que celuy dans une coupe Toute d'or boive à la troupe De son vin de Prepatour,

A qui la vigne succède,

Et près Vandôme en possède

Cinquante arpens en un tour.

Que celuy qui aime Mars, S'enrolle entre les soldars, Et face sa peau vermeille D'un beau sang pour son devoir, Et que la trompette au soir D'un son luy ra^e l'oreille.

Le marchant hardiment vire Par la mer, de sa navire La proue et la poupe encor :

Je ne suis bruslé d'envie A tels despens de ma vie De gaigner des lingots d'or.

Tous ces biens je ne quiers point, Et mon courage n'est point De telle gloire excessive.

Manger ô mon compaignon Ou la figue d'Avignon, Ou la Provençale Olive,

L'artichot, et la salade, L'asperge, et la pastenade, Et les pepons Tourangeaux Me sont herbes plus friandes Que des Princes les viandes, Qui se servent à monceaux.

Puis qu'il faut si tost mourir, Que me vaudroit d'acquérir Un bien qui ne dure guiere ?

Qu'un héritier qui viendroit Apres mon trespas, vendroit Et en fer oit bonne chère.

Tant seulement je désire Une santé qui n'empire, fe désire un beau séjour, Une raison saine et bonne, Et une lyre qui sonne Tous jours le Fin et l'Amour.

ODE

)AY toy, babillarde Arondelle, Ou bien je plumer ay ton aile Si je fempongne, ou d'un couteau Je te couperay la languette, Qui matin sans repos caquette, Et mestourdit tout le cerveau.

Je te preste ma cheminée Pour chanter toute la journée, De soir, de nuict, quand tu voudras Mais au matin ne me reveille, Et ne moste, quand je sommeille, Ma Cassandre d'entre les bras.

ODE

UAND je suis vingt ou trente mois Sans retourner en Vandomois, Plein de pensées vagabondes, Plein d'un remors et d'un souci, Aux rochers je me plains ainsi, Aux bois, aux antres, et aux ondes.

Rochers, bien que soyez dge^ De trois mil ans, vous ne change^ Jamais ny d' estât ny de forme :

Mais tousjours ma jeunesse fuit, Et la vieillesse qui me suit, De jeune en vieillard me transforme.

Bois, bien que perdiez tous les ans En Thyver vo\ cheveux plaisans, Ean d après qui se renouvelle, Renouvelle aussi vostre chef :

Mais le mien ne peut derechef R 'avoir sa perruque nouvelle.

Antres, je me suis veu che\ vous Avoir jadis verds les genous, Le corps habile, et la main bonne :

Mais ores fay le corps plus dur, Et les genous, que n'est le mur Qui froidement vous environne.

Ondes, sans fin vous promené^, Et vous menez el ramené^ Vos flots d'un cours qui ne séjourne : Et moy, sans faire long séjour, Je m'en vais de nuict et de jour, Mais comme vous, je ne retourne.

Si est-ce que je ne voudrois Avoir esté rocher ou bois, Pour avoir la peau plus espesse, Et veiner e le Temps emplumé :

Car, ainsi dur, je n'eusse aimé Toy qui m'as fait vieillir, Maistresse.

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