DU JOUR NATAL DE CASSANDRE A JOLAND CHANTRE
chanson, voicy le jour Où la beauté qui la terre décore, Et que mon œil peu sagement adore, Vint en ce beau séjour.
Le Ciel d'amour atteint, Ardant de voir tant de beauté^ l'admire, Et se courbant dessus sa face, mire
Tout l'honneur de son teint.
Les célestes flambeaux, Grandeur, Vertu, les Amours, et la Grâce, A qui mieux mieux embellirent sa face
De leurs dons les plus beaux,
A fin que par ses yeux Tout l'imparfait de ma jeunesse folle Fust corrigé, et qu'elle fust l'idole
Pour me guider au mieux.
Heureux jour retourné.
Mes me là bas fauray de toy mémoire, Et vif et mort je chant eray la gloire
De T honneur en toy né.
Despan de ce crochet Ma lyre oisive, à fin que je l'encordé : Donne ton livre, Ioland, que j'accorde
Ce jour sous mon archet.
Semé par la maison Tout le trésor des pre% et de la plaine, Le li\, la rose, et cela dont est pleine
La nouvelle saison :
Puis crie au temple aussi, Que le Soleil ne vit oncques journée, Qui fust de gloire et d'honneur tant ornée Comme il voit cesie-ci.
ODE
)IEU vous gard messagers fideîles Du Printemps, génies Arond elles, Huppes, Coqus, Rossignolets, Tourtres, et vous oiseaux sauvages Qui de cent sortes de ramages Anime% ^es bois verdelets.
Dieu vous gard belles Pâquerettes, Belles Roses, belles fleurettes De Mars, et vous boutons connue Du sang d'Ajax et de Narcisse, Et vous Thyn, Anis, et Mélisse, Fous soye^ ^es bien revenus.
Dieu vous gard troupe diaprée De Papillons, qui par la prée Les douces herbes suçote^ :
Et vous nouvel Essain d'abeilles, Qui les fleurs jaunes et vermeilles Sans différence baisote^.
Cent mille fois je resalue Vostre belle et douce vernie.
O que fayme ceste saison, Et ce doux caquet des rivages, Au prix des vens et des orages, Qui ni enfer m oient en la maison !
Sus, page, à cheval, que l'on bride Ayant ce beau printemps pour guide, Je veux Ma-dame retrouver, Four voir en ces beaux mois, si elle Alitant vers moy sera cruelle Quelle me fut durant ïhyver.
ODE
ffijjgERSON ces roses près ce vin,
Près de ce vin ver son ces roses, Et boy von l'un à X autre, afin Qu'au cœur no^ tristesses encloses Prennent en boyvant quelque fin.
La Belle Rose du Printemps Aubert, admoneste les hommes Passer joyeusement le temps, Et pendant que jeunes nous sommes, Esbatre la fleur de no^ ans.
Tout ainsi quelle défleurit Fanie en une matinée, Ainsi nostre âge se flestrit, Las ! et en moins d'une journée Le printemps d'un homme périt.
Ne veis-tu pas hier Brinon Parlant, et faisant bonne chère, Qui làs ! aujourd'huy nest sinon
Qu'un peu de poudre en une bière, Qui de luy n'a rien que le nom ?
Nul ne desrobe son trespas, Caron serre tout en sa nasse, Rois et pauvres tombent là bas :
Mais ce-pendant le temps se passe Rose, et je ne te chante pas.
La Rose est l'honneur d'un pourpris, La Rose est des fleurs la plus belle, Et dessus toutes a le pris :
C'est pour cela que je l'appelle La violette de Cypris.
La Rose est le bouquet d'Amour, La Rose est le jeu des Charités, La Rose blanchit tout au tour Au matin de perles petites Qu'elle emprunte du poinct du jour.
La Rose est le parfum des Dieux, La Rose est l'honneur des pu celles, Qui leur sein beaucoup aiment mieux Enrichir de Roses nouvelles, Que d'un or, tant soit précieux.
Est-il rien satis elle de beau ?
La Rose embellit toutes choses, Venus de Roses a la peau, Et V Aurore a les doigts de Roses, Et le front le Soleil nouveau.
Les Nymphes de Rose ont le sein, Les coudes, les flancs, et les hanches Hebé de Roses a la main, Et les Charités, tant soient blanches, Ont le front de Roses tout plein.
Que le mien en soit couronné, Ce m'est un Laurier de victoire :
Sus, appellon le deux-fois-né, Le bon père, et le faison boire, De ces Roses environné.
Bacchus espris de la beauté Des Roses aux fueilles vermeilles, Sans elles na jamais esté, Quand en chemise sous les treilles Beuvoit au plus chaud de F Esté.