‹ Ronsard lyrique et amoureuxChapitre 26 sur 33 · EPITAPHE DE FRANÇOIS RABELAIS · texte numérisé non relu

EPITAPHE DE FRANÇOIS RABELAIS

U d'un mort qui pourri repose Nature engendre quelque chose, Et si la génération Se fait de la corruption, Une vigne prendra naissance De F estomac et de la pance Du bon Rabelais, qui boivoit Tousjours, ce pendant qu'il vivoit.

La fosse de sa grande gueule Eust plus beu de vin toute seule (JJepuisant du nci en deux cous) Qu'un porc ne hume de lait dous, Qu'Iris de fleuves, ne qu'encore De vagues le rivage More.

Jamais le Soleil ne l'a veu, Tant fût il matin, qu'il neust beu, Et jamais an soir, la Nuit noire, Tant fût tard, ne l'a veu sans boire, Car altéré, sans nul séjour Le gallant boivoit nuit et jour.

Mais quand Tardante Canicule Ramenoil la saison qui brûle, Demi-nus se troussoit les bras, Et se couchoit tout plat à bas Sur la jonchée, entre les tasses, Et parmi des escuelles grasses Sans nulle honte se touillant, Alloit dans le vin barbouillant Comme une grenouille en la fange.

Puis, yvre, chantoit la louange De son ami le bon Bacus, Comme, sous lui furent vaincus Les Thebains, et comme sa mère Trop chaudement récent son père, Qui, en lieu de faire cela, Las ! toute vive la brûla.

// chant oit la grande massue, Et la Jument de Gargantue, Le grand Panurge, et le pays Des Papimanes ebais, Leurs loix, leurs façons et demeures, Et frère Jean des Antoumeures Et d'Episteme les combas :

Mais la Mort, qui ne boivoit pas Tira le beuveur de ce monde, Et ores le fait boire en Fonde Qui fuit trouble dans le giron Du large fleuve d'Acheron.

Or, toi quiconques sois qui passes, Sur sa fosse répen des tasses, Répen du bril, et des flacons, Des cervelas, et des jambons, Car si encor, dessous la lame, Quelque sentiment a son ame, Il les aime mieux que des Lis, Tant soient ils fraîchement cueillis.

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