ODELETTE A CORYDON
\OUR boire dessus l'herbe tendre, Je veux sous un Laurier m'estendre.
Et veux qu'Amour d'un petit brin Ou de lin ou de cheneviere Trousse au flanc sa robe légère, Et my-nud me verse du vin.
» L'incertaine vie de l'homme » Incessamment se roule comme » Aux rives se roulent les flos, » Et après nostre heure dernière » Rien de nous ne reste en la bière » Que je ne sçay quels petits os.
Je ne veux, selon la coustume, Que d'encens ma tombe on parfutne, Ny qu'on y verse des odeurs :
Mais, tandis que je suis en vie, fay de me parfumer envie, Et de me couronner de Jleurs.
Corydon, va quérir m' amie, Avant que la Parque blesmie M' envoyé aux éternelles nuits :
Je veux, beuvant la tasse pleine, Couché près d'elle, oster la peine De mes misérables ennuis.
ODE
\0Y, Janin, à moy tour-à-tour, Et ne resembles au vautour Qui tousjours tire la charongne.
» Tu es trompé : un bon yvrongne » Autant pour une nopce vaut » Qu'un bon guerrier pour un assaut.
Car ce nest moins entre les pots D'enhardir par vineux propos, Un homme paresseux à boire, Que pour gaigner une victoire, Rendre à la bataille hardy Un Capitaine acouhardy.
Boy donq, ne fay plus du songeard, Au vin gist la plus grande part Du jeu, d'amour, et de la danse.
» L'homme sot qui lave sa panse » D autre breuvage que du vin, » Meurt tousjours de mauvaise fin.
A bon droit le Ciel a donné A l'homme qui n'est aviné, Tonsjours quelque fortune dure :
Autrement la mordante cure, Qui nous cuit ïame à petit feu, Ne s'en va qu'après avoir beu.
Apres le vin on n'a souci D'Amour ny de la Court aussi, Ny de proce\ ny de la guerre.
Hé ! que celuy laschement erre Qui faisant ainsi que Penthé, Bacchus en ses vers n'a chanté !
Boy donques à moy tour-à-tour, Et ne resembles au vautour Qui tous jour s tire la charongne :
Il vaut mieux voir en peau d'yvrongne Là bas l'infernal passager, Que de crever de trop manger.
APATOT SOAEnS