‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 100 sur 509 · Bl., VIII · texte numérisé non relu

Bl., VIII

DE L'OEin'HE I.YHIOUE DE ROINSAKD 93

c'est cependant très facile pour les odes du Bocage, irrégulièrement versifiées, et il n'y a pour nous aucun doute en ce qui concerne la première préface de luoO et l'ode 21 du livre II : Grossi-loi, ma Muse françoise; en les sacrifiant, Ronsard a voulu donnera Morel et à L'Hospital un gage certain de sa réconciliation avec les survivants de l'école marotique, et, s'il les avait conservées, les déclarations de principes qu'elles contiennent auraient été immédiatement contredites et condamnées par le recueil dont nous allons parler.

En avril 1553 paraissait chez l'éditeur des Amours un recueil de vers intitulé Livret de Folasiries, AJiniol Parisien, plus quelques Epigrames grecz, et des Ditln/rambes chantés au bouc de E . Jodelle poète tragiq., sans nom d'auteur'. Il portait au-dessous du titre comme épigraphe ce distique célèbre de Catulle, que Charles Fontaine, un disciple de Marot, avait allégué déjà plusieurs années auparavant, pour excuser l'impudeur de sa Muse, très conciliable, disait-il, avec la pureté de ses

mœurs :

Nam castiim esse decet piani poetam Ipsum ; versiculos nihil necesse est '^.

Or ce recueil, nous le verrons tout à l'heure, est entièrement de Ronsard.

Bien qu'il ne contienne pas d'ode ou de chanson proprement dite, nous croyons devoir nous y arrêter, parce qu'il marque une étape importante et comme un tournant dans l'évolution du lyrisme ronsardien. Au surplus, on pourrait soutenir que les pièces qui le composent

1. L'aclievé d'imprimer est du 20 avril 1553 (verso du dernier feuillet). 11 ne reste de cette édition princeps que deux ou trois exemplaires connus (cf. le catalogue Morgand, déc 1903 ; Bibl. de l'.'^rsenal, B. L. 65G1, Rés., /Ino/ii/Hifs. i

Dès le mois de juillet 1902 j'en ai rappelé le contenu (dont quatre pièces in extenso. uon rééditées par BI. et M.-L-) dans la Hei'ue de ta Renaissance, article sur Ronsard poêle ijaulois, d après la réimpression textuelle de 1862 (Paris, J. Gayl, qui avait été tirée seulement à cent exemplaires, puis condamnée et saisie en 1865. Depuis lors -M. \'an Bever a publié en 1907, dans la collection du Mercure de France, d'après 1 exemplaire de l'.Arsenal, une nouvelle édition des Folasiries de 1553, malheureusement gâtée par un grand nombre derreurs historiques ou philologiques et de graves fautes d impression (cf. Revue critique du 11 novembre 1907;.

2. Ch. Fontaine, dédicace de la Fontaine d'Amour [Paris, 15-16 . recueil d'élégies, d'épîtres et d'épigrammes très important pour l'histoire de l'évolution de la poésie fi-ançaise dans les dix années qui ont précédé l'apparition des premières oeuvres de l'école érudite de 1550. Le ton erotique et mythologique de ce recueil est assez souvent déjà celui auquel Honsard se haussa. Outre ce distique de Catulle, Fontaine allègue pour excuser les « voluptez et lascivité/. » de sa Muse, des vers analogues d'Ovide, de Martial et de l'empereur Adrien (Bibl. Nat., Rés , Ye, 1609*.

ne sont pas moins lyriques que d'autres, mises par Ronsard au nombre de ses odes ; qu'elles le sont au même titre que les hendécasyllabes de Catulle ou les épigrammes de l'Anthologie grecque, dont elles s'inspirent ou qu'elles traduisent ; qu'on peut d'autre part considérer la plupart des épigrammes comme des odelettes monoslrophiques'. Enfin on y trouve un dithyrambe dont l'authenticité a été suspectée, et une épigramme strophique qui est la première ébauche d'une pièce dénommée ode par Ronsard et toujours rangée parmi ses Odes ; cela suffirait à nous justifier.

Après la dédicace à Janot Parisien, A qui donnai-je ces sorneltcs (Bl., VI, 341. — M.-L., Il, 33), venaient huit Folastrte.s :

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