Essais, II, chap. 10, début
9 11 faut y ajouter le nom de Pasquier, grand ami de Sibilet. C'est en 1554 que Pasquier publia son .lfono/»Aj7e, où Rousard est présenté au 2'' livre, avec Du Bellay
du rhétoriqueur Guillaume Crétin, ce François Charbonnier, qui représentait un autre âge, étant né au « vieil siècle dernier » ' ; c'est de le voir non seulement louer ses vertus privées, qui ramenaient « en lui la saison d'or », mais aussi goûter fort les sons harmonieux de sa « musette ». Témoignage de solliciteur reconnaissant, dira-t-on, bien plus que d'admirateur littéraire 2. Gomment le prouver ? Les rares vers qui nous sont parvenus de Charbonnier ne manquent pas de mérite, et Ronsard, qui connaissait sans doute le restede son œuvre, était plus il même que nous d'apprécier son talent poétique. Etait-ce aussi l'intérêt, ou la gratitude pour un bienfait d'ordre matériel, qui lui faisait écrire presque en même temps l'épitaphe si élogieuse du poète marotique Hugues Salel,
Qui des premiers chassa le Monstre d'Ignorance ^ ?
Non ; s'il lui devait quelque chose, c'était, comme l'indique ce vers, d'avoir frayé la voie à la nouvelle école, après Jean Lemaire et Clément Marot ; et en célébrant Charbonnier, aussi bien que Salel, Ronsard revenait aux sentiments de sa dix-huitième année, au respect des générations précédentes, qu'il avait jadis témoigné dans une ode à René Macé, à celui-là même qui remplaça Guillaume Crétin en 1525 comme chroniqueur du roi ^.
Ensuite nous trouvons groupées dans les Meslanges, comme dans le Bocage, des piécettes sans faste pédantesque ; presque plus d'érudition mythologique : il semble qu'elle se soit réfugiée dans trois ou quatre longues pièces en vers alexandrins, telles que VEpilafe de H. Salel ou YHinne.de Bacus ; des odes erotiques ou bachiques, dont la gravité, quand il y en a, est tout épicurienne, et qui diffèrent si peu de la chanson, que deux d'entre elles, les n°^ 2 et 20, non des moindres, seront traitées comme telles quelques années plus tard = ; des odes en
et Tyard comme le meilleur poète du temps pour chanter l'amour. \'. encore une lettre de Pasquier à Ronsard datée de 1555.
Le nom de Guy de Bruès remplace au 2*^ Bocage celui de Muret dans la dédicace et le texte de l'épigramme Quel train de vie est il bon que je snire. En outre. Bons, lui adressa en 1555 le sonnet Veus-tu sçauoir, Brués, en quel estai je suis iBI.. 1,202). II est l'auteur de trois Dialogues, parus en 1557, où il met en scène Ronsard, Raïf, Nicot et Aubert.
\.W ci-dessus, p. 135. note 3. D'autre part, on a lu plus haut p. 121 le te.\te primitif de l'ode Sous ne tenons en nostre main, qui prouve que Charbonnier était de la Brigade ainsi que Pangeas. Cf. les Martinales, dans les Gayetez de Magny (réimpression de Blanchemain, pp. 68 et suiv )
2. Un vers nous montre que Ronsard était l'obligé de Charbonnier. Parlant de sa justice, de sa pitié, de sa bonté, notre poète ajoute : a J'en ay fait la seure épreuve. »