Voir ci-dessus, pp. 53 et 54. note
5. -Le n^2 : Du jour que je fus amoureus, est désigné sous le nom d'elegie en 1560 à
DE l'oeuvre LYRIOL'E DE RONSARD 139
dialogue, une foliCi plusieurs épigrammes, trois odelettes de 16 vers, quatre de 10. une autre de 10, une autre de 8 ! Et du début jusqu'à la Un, une langue franche, naïve, bien gauloise, qui n'est pas le dernier attrait de ces jolis riens. Pouvait-on croire que leur auteur était celui-là même qui avait écrit en triades pindariques, sur le mode sublime, VOde de la Paix, Au Roi, longue de 500 vers, et relie de 816 vers A Michel de L'Hospilal ? Etait-ce le même qui en looO prétendait s'éloigner par tous les moyens de la poétique de ses prédécesseurs, « prenant stile apart, sens apart, euvre apart, ne désirant avoir rien de commun avecq' une si monstrueuse erreur » ' ?
C'est qu'au premier détour du « sentier inconnu », par où sa juvénile ambition l'avait alors entraîné loin de l'école Marotique, Ronsard avait été séduit par l'élégant badinage de quelques poètes anciens. A vrai dire, ils ressemblaient singulièrement à Clément Marot et à certains de ses disciples, qui d'ailleurs s'en étaient parfois inspirés 2. Mais ils étaient fils ou pelits-fils de Lesbos, d'.\lexandrie et de Rome, ce qui leur donnait un charme irrésistible. Ronsard avait donc allègrement suivi leurs pas et s'était laissé ramener par eux à la simplicité, à l'enjouement et à la grâce, qu'il n'aurait jamais dû fuir. Bref l'ancienne école et la nouvelle s'étaient rejointes dans l'Antiquité païenne par l'imitation des épigrammatistes et des petits lyriques de l'Anthologie grecque ou de leurs imitateurs latins et néo-latins ■*. Saint-Gelais, dont la manière triomphait ainsi indirectement, eût pu le railler à son aise ;
la fois au l'^'' livre des Amours et au 4*= liv. des Odes), et en 1571 (au 1'^'' livre des Amours seulement'; ; en 1578 et 1584, il porte le nom de chanson, nu 1^^ livre des Amours. — Le n" 20: Quand au temple nous serons, est une ode en 1560, 67, 71 et 78, Mais en 1584 Ronsard le place comme les chansons au 1"' livre des Amours, sous le nom de stances.
1, y. ci dessus. Introd , p. xxiv. Dans l'ode de 1550 : Grossi-toi ma Muse françoisc, Ronsard avait ainsi exprimé Tidée dominante de sa préface : « Ne sui ni le sens, ni la rime | Ni l'art du moderne ignorant, | Rien que le vulgaire l'estime | Et en béant l'aille adorant» Bl , II, 462 . — Nous avons vu plus haut, pp. 92 et 93, que l'ode et la préface disparurent en même temps de son œuvre dés 1553.
2, V. ci-dessus, Introd., p. lxih, et ci-après, 2' Partie, chap sur l'Ode éroticobachique. .S§ II et III.
3, H. Chamard la constaté aussi à propos de Du Bellay, th, fr., p. 404 et p 405, noie 1. Cf. Faguet Hist de la litt. fr.. t. I, p 406. et ci-après, p. 171, note 3
Au reste, certains poètes Italiens, sensuels ou burlesques. Ariosle, Bembo, Aretin, Serafino. Olinipo, Berni et ses émules ou disciples, ont contribué pour leur part à ce rapprochement ; car de 1552 à 1556 Ronsard s inspira d eux dans ses sonnets, ses fol.itries et ses blasons. Pour ne parler que des blasons bernesques, j en ai relevé plus de vingt dans les recueils de Ronsard et de Belleau parus de 1554 à 1556 : la Grenouille, le Freslon, le Fourmy, le Houx, le Verre, les Armes, la Chasse, l'Alouette, de Ronsard ; IHeure, le Papillon, le Coral, l'Huitre, le Pinceau, l'Escargot, l'Ombre, la Tortue, le \'ers luisant, la Cerise. les Cornes, de Belleau ; le Ciron, de G. Aubert ; le Rossignol cazanier, de N. Malot. 'V sur ce sujet, qui nous entraînerait trop loin, J. Vianey, thèse sur .Mathurin Régnier, pp. 40 à 61, 142 à 144; Reu. d'Hisl. tilt.. 1901, p 569, 1904, p. 336 ; Bulletin Italien, octobre 1901, avril 1903.)
il se contenta de lui adresser ce curieux sonnet, où la pointe d'ironie vient à propos tempérer l'expression d'une sincère admiration :
Entrant le peuple en tés sacrez Bocages Dont les sommets montent jusques aux nues. Par l'espesseur des plantes incoguues Trouvoit la nuict au lieu de frais ombrages.
Or se myrant le long des beaux rivages. Où les neuf Sœurs à ton chant sont venues, Herbes et fruicts et fleurettes menues 11 entrelace en cent divers ouvrages.
Ainsi, Ronsard, ta trompe clair sonnante Les forests mesme et les monts espouvaute, Et ta guiterre esjouit les vergiers.
Quand il te plaist tu esclaires et tonnes : Quand il te plaist doucement tu resonnes. Superbe au ciel, humijle entre les bergiers '.
Ces derniers vers, qui marquaient en termes si heureux la souplesse du talent de Ronsard, durent le flatter tout particulièrement ; car il semble liien que sa plus chère ambition en 1554 fut de prouver qu'il connaissait les chemios poétiques les plus opposés, ceux de la plaine et ceux des cimes :
Le pèlerin est sot qui ne sait qu'une rote, Le soudart qu'une embûche, et sot le batelier Qui ne peut son bateau que d'une ancre lier,
écrivait-il précisément cette année-là -. S'il daignait cultiver le genre simple — ce qui d'ailleurs lui avait paru de bonne guerre et de bon goût —, il prétendait ne pas abandonner pour cela le genre élevé. Lui reprochait-on de « ne chanter que d'amours » ou de « ne parler que de boire », il répondait avec une suprême ironie •'. L'occasion s'offrait-elle de montrer sa facilité à passer des sujets badins aux sujets graves ou inversement, il écrivait r/;^j/mne de i Hrvculo chreslien pour racheter les
1 Œuvres de Sainl-Gelais, éd. HIancheniain, t. III, p. 112 M. Bourciez a clic également ce sonnel peu connu (th.fr., pp. 317-318) ; mais il l'a mal inlerprété, ayant confondu le llocage de 1554 avec le Ilocage royal de 1584 ; pour le comprendre bien, il suffit de le rapprocher du quatrain de Fontaine que nous avons ciléplus haut, p. 104.