V. ci-dessus, pp. 126 et
DE l'cEUVRIÎ LYRIOl'E DE RONSARD 149
celte paraphrase originale de la première ode anacréonlique, dont la fin piquîinte. tout à fait étrangère au modèle grec, exprimait si bien l'état de son esprit et la mesure de son ambition :
Naguiere chanter je voulois Comme Francus au bord Gaulois Avecq' sa troupe vint descendre, Mais mon lue, pincé de mon doi.
Ne voidoit en dépit de moi Oue chanter Amour et Cassandre.
Or adieu doncq', pauvre Francus, Ta gloire sous tes murs veinf|us Se cachera toujours pressée.
Si à tou neveu, nostre Roi, Tu ne dis qu'en l'honneur de toi Il face ma Lyre crossce '.
Or, à la fin de janvier looo, quand parut la troisième édition des Qunire premiers livres des Odes, — dont les pièces courtisanesques ont reporté notre attention sur toute l'année 1334, — les choses en étaient au même point. Ronsard attendait, pour commencer l'épopée de Francus, que le roi payât « les frais de son arroi ». Marchant sur les traces de Cl. Marot, auquel il est arrivé « d'enfler la voix » dans ses Epistres et ses Complaintes -, il insistait au début du livre III en de très beaux vers, enthousiastes et solennels, qui présentaient avec un plan de cette œuvre un résumé vigoureux des raisons que le roi devait avoir de la favoriser :
Là donques, mon grand Roy,
En me la commandant, libéral donne moi Ce que tu m'as promis, et pour la recompense Je t'apreste un renom et à toute la France, Qui vif de siècle eu siècle à jamais voilera Tant qu'en France François ton peuple parlera ^.
1. Bl., II, 273. Dans la première nioilié de 15ô6, vers le même temps où il écrivait au Cardinal de Lorraine l'épitre : Quand lin Prince en grandeur..., Ronsard fit un sonnet satirique : Penses tu, mon Aubert..., où il se plaint que les faveurs du roi et les bénéfices ecclésiastiques fussent pour les » maçons » tels que Philibert de Lorme, qui possédait trois abbayes et de plus était chanoine de Notre-Dame Bl., VIII, 139 ; cf. VI. 160; III, 375-377 et 401). Ce sounet n'est du reste, à mon avis, que l'embryon du poème satirique intitulé La Truelle crossée, dont parle Hinct et qui est encore à trouver. — \'oir encore sur tout cet épisode de la vie de Ronsard deux soiinets des Uegrets de Du Bellay : Ores plus que jamais me plaist d'aymer la Muse, et : \c lira-t-on jamais que ce Dieu rigoureux ?
2. Voyez notamment l'épitre Au Roy pour avoir esté desrobé /fin), l'épitre A- Monseigneur le Dauphin du temps de son e.vil à Ferrure (fin , la complainte .-1 Monsieur le gênerai G. Preud'homme (vers la fin, l'épitre A Monsieur d'Anguyen Hn).
3. Bl., II, 21 et 22, 172 à 177. Ajirès la lecture de ces pages on pense que Ronsard aurait
Cet éloquent appel étant resté sans réponse, Ronsard revint à ses amours, et, laissant la «trompette » épique, reprit « le plectre et la lyre ». Toutefois, pour ne pas donner un trop formel démenti à la sculpture symbolique de P. Lescot et aux vers latins de R. de la Haye, pour bien montrer qu'on avait eu raison de saluer en lui l'Homère français, pour se faire la main aussi et préluder en quelque sorte au « long poëme » qu'il portait dans sa tète, il écrivit les Hymnes, qui sont de petites épopées, entre autres l'Hymne de Henri JI, publié en tête du premier livre vers la fin de 1535 '.
.l'ai dit qu'il revint à ses amours. Entendons-nous. Il avait bien écrit
à Cassandre : A mon retour des horribles combats, j'achèverai l'ouvrage
tout entier
Qu'en ta faveur je pandis au mesticr.
Il avait bien ajouté : Lorsque Francus désarmera,
De sur le Luc à l'heure ton Ronsard Te chantera, car il ne se peut faire Qu'autre beauté lui puisse jamais plaire -.
Mais, malgré cette promesse de février 1534, ce fut une autre femme qu'il chanta au printemps de 1335.
La rencontre que Ronsard fit de Marie du Pin 3, au-Port Guyet, près de Bourgueil *, en avril 1533 *, e^tun événement capital dans sa carrière
mené a bonne fin la l'ranciade s'il avait pu par une grasse prébende y consacrer loule la verve de sa inaturilé, de l.'iSO à l.'iGO. l^videmment vers 15()ô, à lépoque où Charles IX contenta l'ambition du poète et lui permit d'écrire son épopée, Honsard, âgé de plus de 40 ans, n'était plus capable d'un semblable in'orl. Mais il |)arait bien qu'il avait assez de soultle pour réussir dix ans plus tôt. V . à ce Mijcl Bl , \'I, p. 'J88 "289 cl surtout III, p. 377 :
Ne m'appelle menteur, paresseux ny peureux : J'avois l'esprit gaillard et le cteur généreux Pour faire un si grand (cuvre en toute hardiesse, Mais au besoin les Roys m'ont failly de promesse.
1. Le deuxième livre des Hymnes parut en 1556. Or au début de VHynine de Pollu.v et de Castor, dédié à Gaspard de Coligny, Ronsard déclare lui-même que ses Hymnes sont comme le prélude de la Franciade ^Bibl. Nat., Rés., Ve 489 (1 et 2)).