Bl , I
4. Bonsard a également devancé les autres imitateurs d'Anacréon cl de Bion, tels que Baïf et Magny, quoi qu'en dise .Sainte-lîeuve [op. cit., p 439 , à plus forte raison
164 GENÈSE ET ÉVOLCTION
chronologie et par un examen attentif des éditions primitives, il nous faut reprendre l'histoire des recueils lyriques.
La Continuation des Amoiirs présentait aux lecteurs une douzaine de pièces encore inspirées par Cassandre, notamment les dernières odes, certainement écrites avant que Marie la remplaçât dans l'esprit de Ronsard. Au reste, Cassandre ne fut pas brusquement abandonnée pour Marie; le poète, ménageant la transition, les a chantées quelque temps ensemble et même nommées côte à côte dans trois sonnets de looo 1 ; plus tard il avoua que ses « feux passez » se rallumèrent « au brasier du second » 2, et que l'image de Cassandre Salviali resta gravée de façon indélébile en son souvenir •'. Quoi qu'il en soit, la A'uuvelle Continuation des Amours, publiée dans la seconde moitié de 1556, était entièrement consacrée à Marie du Pin. Le poète déclarait à la fin de l'épilogue ne pas vouloir que « ce livre-ci » fût déclamé par les écoliers et les régents; il me suffit, disait-il, si m'amie
Le touche de la main dont elle tient ma vie :
Car je suis satisfait si elle prend à gré
Ce labeur que je voue à ses pieds consacré *.
Aussi le contenu répond-il, mieux encore que celui de la première Continuation, à l'esthétique nouvelle de Ronsard ; il la précise et l'accentue.
Comme l'exemplaire incomplet de l'Arsenal (B. L. 0490), le seul qui soit connu, ne contient pas d'achevé d'imprimer, et que le privilège est le même que celui des recueils précédents, il est très difficile de fixer la date de celte publication. Cependant nous savons par trois de ses pièces qu'elle n'a pas eu lieu avant le mois d'août 1350 : l'une nous apprend que Ronsard connaît Marie « depuis quinze mois » ^ ; dans l'autre il est question du retour de la moisson ^ ; dans la troisième il est fait allusion aux chaleurs estivales causées par la fameuse comète
Doublet, Grévin, Passerai, Durant, Rapin, qui appartiennent à la génération suivante. Voir un recueil intitulé Anacréon et les Poèmes anacréontiques. texte grec, avec les traductions et les imitations des poètes du xvi*^ siècle Le Havre, 1891j ; son auteur, A. Delboulle, a cru, lui aussi, que la traduction de BcUeau précéda les paraphrases de Ronsard. — Quant aux poésies anacréontiques disséminées daus Cl. Mai'ot, Colin Rucher et Saint-Gelais, elles procèdent en partie de l'Anthologie grecque ou des Idylles de Théocritc, ï)lusieurs fois rééditées dans la première moitié du xvi'^ siècle.
1 V. éd. bl., I, pp. 158, 159,165,441.
2 V. une élégie publiée en 15B7 : J'ay ce matin amassé de ma main 'BI.. IV. 284)
3. V. une élégie publiée en 1569 : L'absence, ni l obly, ni la course du jour (Bl.. 1\'. 395).
4 Bl . 1, 146. Cet épilogue de la -Voiu'. Conlin. des Amours devint à partir de 1560 la préface du Second Hure des Amours.
5. C'est le sonnet : Siquelque aii}Oureux passe en Anjou par nniirgueil ;B1 , 1, 179;.
6. Cést la chanson : Je ne ueutx plus que chanter de tristesse (Bl., I, 153-154, str. 3).
DE l'oeuvre LVKIOI'E V)E RONSARII 165
d'avril I006, ainsi qu'à la traduction d'Anacréou que Belleau fit paraître vers le 15 août '.
La Nouvelle Continuation n'ayant pas été décrite par Gandar ni par Sainte-Beuve ; Blanchemain n'ayant pu consulter qu'une réimpression de 1537 sans point de repère et de comparaison antérieur, et cela quand son édition de Ronsard était pour ainsi dire terminée^; Marty-Laveaux enfin n'ayant eu sous les yeux que l'exemplaire de l'Arsenal, qui est mutilé de 18 feuillets, et dont il a d'ailleurs seulement reproduit le titre •',— nous croyons devoir exposer ici le contenu du recueil complet, que nous avons découvert après de longues et minutieuses recherches *.
Après une élégie-dédicace .4 Jean de Morel, Ambrunois, Mareschnl ordinaire des logisde la Hoipie (Bl., VI, -229. — M.-L., V, 209), véritable manifeste littéraire dont nous reparlerons, vient une pièce de vers latins, où Dorât, interprète d'une Muse plutôt austère, présente la nouvelle œuvre de Ronsard comme un pur divertissement, un badinage provisoire, et sollicite pour elle, sinon l'indulgence, au moins la bienveillance de Moral :
Continiictur Amor solo tibi carminé tantum,
Ronsarde, in teneros luxuriesque modos, Duni tener hic versus Musis tua corda sei'eris
Preparet, aut illis ante gravata levet.
Tu quoque missa tihi dum perlegis ista, Marelle,
Non inconcessi carniina plena Joci, Pone supercilium paulisper : et excute rugas,
Dum peragit lusus Musa jocosa suos.
Si non ista leveni ptaceant libi propter Amorem,
At placeant propter vatis amicitiam.
Quem tu certus amas, tibi carmen et ejus ametur,
Seu graviora canat, seu leviora tihi.
Quantumvis gravitas reliqua servetur in omni
Vita, vos faciant carndna sola Icvcs.
Puis c'est une élégie-préface, commençant ainsi : Au beuf qui tout le jour a trainé la charue (Bl., VIII, 140. — M.-L., VI, 371), oii le poète déclare son irrésistible penchant à l'amour, malgré les trente ans qui
1. C'est l'ode Tu es un trop sec biberon 'Bl.. II. 169, stropties 1 et 2). — Belleau a daté du 15 août 1556 la dédicace de sou Anacréon à Chrclophle de Choiseul.
2- Tome VIII, p. 81, 139 et 149. Il a laissé entendre qu'il consultait l'édition princeps de la Xouuelte Continuation, alor.s que c'était seulement la réimpression de Bàle. La série des pièces qu'il en a extraites et la comparaison des trois premières éditions suffisent à le prouver.
3. Tome I. p, 379. Il s'est aperçu que l'exemplaire de l'.^rsenal était incomplet, mais il n'a pas su ce qui lui manquait v. tome VI, p. 371 .