Bl, VI,229 à
2. A'oicî encore ce que Ronsard écrivait en 1555 dans VHymne des Astres :
Ccsluy là des naissance est faict sacré poète, Kt jamais souz ses doigs sa Lyre n'est muette, Qn'il ne chante tousjours d'un vers mélodieux Les Hymnes e.'scellens des hommes et dos Dieux : Ainsi que toy, Mellin, orné de tant de grâces. Qui en cest art gentil les mieux disans surpasses.
170 GENÈSE ET KVOLITION
Se fait (hautain) inie trace nouvelle '
Veut-on une dernière preuve que Ronsard avait ;\ bon escient et sincèrement changé sa manière de concevoir et d'écrire l'Ode? qu'il avait cessé tout de bonde pindariser pour redevenir résolument un petit lijriqur, à la manière d'Horace ou d'Anacréon ? Elle se trouve dans une pièce de la plus grande importance, l'élégie-préface .1 Chretophle de Choiseul qui, publiée au mois d'août I55G en tête des Odes d'Anacréon Iraduilrs pur Rémi Belleau -, résume admirablement, avec l'élégie-dédicace A Jean de Mcrel et l'élégie-épilogue A son livre, la Poétique de conciliation et de moyen terme, qui fut celle de la vraie Pléiade et que l'autorité de Ronsard fit heureusement triompher 3. Elle contient d'abord cet excellent principe qu'il ne faut point force sim talent, sous peine di^ ne rien faire avec grâce :
Mais ce n'est pas le tout que d'ouvrir le bec grand,
Il faut garder le ton, dont la grâce despend,
Ny trop haut, ny trop bas, suivant nostre nature...
Puis un éloge de Belleau, qui a suivi son naturel, et de son modèle Anacréon, qui nous apprend à exprimer les plaisirs de l'amour
Non pas d un vers enflé, plaln d arrogance haute. Obscur, masqué, brouillé d'un tas d'inventions Qui font peur au.x lisans, mais par descriptions Douces, et doucement coulantes d'un doux stille. Propres au naturel de Venus la gentille. .
Enfin ce cri, comparable à celui que Ronsard avait jeté dix-huit mois plus tôt à la face des Pétrarquistes *, ce cri de délivrance et d'enthousiasme, qu'il ose proférer avec l'ardente conviction du converti qui renie son ancienne foi :
Me loue qui vouldra les rejilis recourbez
Des torrens de Pindare en profond embourbez,
Obscurs, rudes, facheu.x, et ses chansons eongnues