‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 149 sur 509 · II, 481. — VI · texte numérisé non relu

II, 481. — VI

29. — DiALOGi'E DES McsES ET DE RoNSARD. Pour avoir trop aimé votre bande

inégale ai, 483. - VI, 382 '.

30. — Ode. a Remv Belleau. Tu es un trop sec biberon (II, 169. — II, 224).

31. — Chanson. Je suis un demidieu quand assis vis à vis (I, 210. — I, 186).

32. — Chanson. Si je t'assaus. Amour, Dieu qui m'es trop cof/nn I, 209. —

Le recueil se terminait par un poème de deu-\ cents vers que Ronsard adressait A son livre : Mon /?s, si lu sçavois que Ion dira de toij. C'était une profession de foi amoureuse et littéraire, qui d'épilogue devait devenir en 1360 la préface du Second livre des Amours. Nous en avons déjà cité les passages les plus caractéristiques, notamment celui qui contient l'apologie du style «bas, populaire et plaisant », et qui oppose à la sublimité de Pindare. la simplicité d'un Catulle, d'un Tibulle, d'un Ovide ■-. Et, d'un bout à l'autre de la Nouvelle Continuation des Amours, Ronsard avait ajouté au précepte les plus aimables exemples. Sauf la première page, destinée à Jean Morel, un érudit, et d'ailleurs éclairée par un commentaire marginal ■*, sauf encore trois ou quatre vers adressés à Belleau ou à tel autre savant, le volume entier restait accessible à la foule des lecteurs : nulle emphase, nulle obscurité, nul obstacle à la compréhension de la pensée ou du sentiment ; mais de la délicatesse, de l'élégance et une ingénieuse naïveté. Ronsard en s'abaissant s'était surpassé. Sainte-Beuve, insérant quelques-unes des poésies lyriques de 1536 dans ses Œuvres choisies de /ionsard, a écrit au bas de l'ode Bel Auliepin verdissant : « Chef-d'œuvre de gentillesse et de fraîcheur », et au bas de la chanson Belle et jeune fleur de quinze ans : « Chanson aimable et naïve, tout à fait dans le goiit de Marot et de Sainl-Gelais ' ». On peut eu dire autant des autres odes et chansons de la Nouvelle Continuation des Amours.

1. Après ce dialogue viennent deux sonnets : O ma belle maîtresse, à tout le moins prenés ; Penses tu, nwn .Aubert, que l'empire de France li\ , I, 402 ; VIII, 139!.

2. V. ci-dessus, pp. 152 et 156. — En appendice du recueil on pouvait lire : 1° le texte de trois sonnets antérieurs de Ronsard et leur traduction en hendécasyllabes latins par Kelleau (on les trouve également à la fin de VAnacréon de Belleau. niénie anûée^ ; 2" Le Rossignol cazaiiier, de N Mallot à P. de Ronsard, sorte de « blason >• qui répond probablement au Gentil Rossignol passager de notre poète cf Bl., II, 420; ; 3" le « blason » de VHuitre , de R. Belleau à P. de Ronsard.

3 Non seulement Ronsard lui-même donne l'explication de trois ou quatre mots, mais il renvoie son lecteur à la 4" Pythique de Pindare et au liv. I\' des Argonautiques d'Apollonius. Cela vient confirmer l'hypothèse que nous avons faite ci dessus, p. 114.

4. On lit encore au bas du sonnet de 1555. Amour est un charmeur var. primitive: C'est grand cas que d'aimer] : » Ce sonnet pourrait être de Marot, tant il est facile et

Trois ou quatre seulement ont un léger défaut, qui vient de leur qualité même : leur grâce est un peu enfantine, et leur gentillesse confine à la mignardise. Encore n'était-ce pas un défaut pour l'époque ; et d'ailleurs Ronsard n'en doit pas tant supporter la responsabilité que son modèle néo-alexandrin, Marulle, dont il a traduit ou paraphrasé ici plus de vingt epigranimala '. Il est même remarquable que ce Grec, émigré de Constantinople, Italien d'adoption, auteur de poésies latines où abondent les diminutifs et autres raffinements, dus à Finlluence de sa double patrie, qui lui fit quintessencier les grâces anacréon tiques et catuUiennes, n'ait pas gâté davantage le goût de Ronsard, lequel écrivait dès 1554 dans son épitaphe :

Chère ame, pour les belles choses Que dans ton livre j'ay compris Pren ces œillets de petit pris, Ces beaus liz et ces belles roses '.

Si Marulle a quelque peu déteint sur Ronsard, ne nous en plaignons pas trop, car il a contribué pour une grande part, avec l'Anthologie grecque et VAnacréon de H. Estienne, à lui faire aimer le joli, le mignon et le minuscule dans l'art, ce qu'on appelait alors, sans la moindre idée péjorative, le « mignard et doux style » 3 ; et du même coup il l'a ramené à l'élégant badinage de Marot *.

L'opinion personnelle, que plus d'une fois déjà nous avons émise à ce sujet, se trouve singulièrement confirmée non seulement par l'épilogue, mais surtout par la dédicace de la Nouvelle Continuation des Amours, qui porte un jugement exact sur le recueil entier. Aussi doitelle retenir notre attention. Ronsard y compare son livre â la motte de

naturel » ; au bas de l'ode de 1555, La belle Venus un jour : « Rien de plus simple, de plus pur et de mieux senti que cette jolie pièce. » En note d'autres pièces de cette époque Sainte-Beuve a mis les mots « ravissant », x délicieux »; ou encore il trouve que telle imitation d'Horace, faite vers 1558 (il s'agit de l'ode Si j'aynic depuis naguère) « n'a d'autre mérite que sa naïveté, et à la rigueur pourrait être de Marot ».

1. Les n''5 1 à 3, 5 à 11, 13 à 19, 22 à 24 et 27 du tableau précédent sont empruntés aux quatre livres des Epigrammata de Marulle. Le n" 12 vient de Biou ; le n° 31 de Saphoet Catulle île texte de Sapho avait paru au début de 1556 dans la 2" éd. de VAnacréon de H. Estienne ; cf. ci-dessus, p. 160, note 3(.

2. Bl., \'ll, 238. Ces vers parurent dans le 2<^ Bocage (v. ci-dessus, p. 107). Sur rimitation de Marulle par Ronsard, v. ci-après. 2"^ Partie, passtm

3. V. ci-dessus, p. 156. Les mots mignard el mignardise sont toujours pris au milieu du XVI*' siècle en très bonne part, avec le sens de délicat, gracieux, gentillesse naturelle.

4. Ronsard avait déjà imité Marulle dans les Dithyrambes et peut-être dans l'ode Mignonne, allon uoir. De Marulle encore venaient dans la 3'^ édition des Odes le début de la dédicace générale Au lioy, VEpitafe de Rose, et l'ode Chaste troupe Pierienne. Parallèlement Ronsard s inspirait des Hymnt de Marulle pour écrire ses Hymnes de Bacchus, du Ciel, des Astres, de l'Eternité ^1554 à 56). Mais il se gardait bien d'indiquer ses sources.

DE L CEL'VRE LYKIQIE DE HONSARD 169

terre offerte à l'Argonaute Euplième par le dieu Triton, présent d'une très grande valeur malgré son apparente insignifiance. « Ce petit labeur, dit-il à son ami More), est de petite montre ; mais certes il n'est pas si petit que l'on pense ; peut-être vaut-il mieux que les tomes enflés, qui ne contiennent

Que des vers sourcilleux et de gros raotz venteux, Empoulez, et masquez, où rien ne se descœuvre Que 1 arrogant jargon d'un ambicieus œuvre.

LaSeinea le cours long et large, c'est vrai, mais elle traîne sans cesse

Avec soy de la fange, et ses plictz recourber, Sans cstre jamais nctz, sont tousjonrs eiiihoiirbc: : Un petit ruisselet a tousjours l'onde nette.

Les papillons et les abeilles s'abreuvent à l'eau pure des fontaines et non dans les torrents

Qui tonnent d'un grand briiict par les roches courans :

De heaUK petitz sonuetz, belles chansons pe(i7t's.

Des pelitz vers bien faictz, sont les fleurs des Charités,

Des Sœurs, et d'Apollon, qui ne daignent aymer

Ceux, qui chantent un œuvre aussi grand que la mer. » '

Ronsard ne pouvait pas faire plus nettement l'apologie de l'école Marotique, en particulier des petites pièces simples, claires et en « style propre », qui sont sorties si nombreuses de la plume de Marot et de Saint-Gelais -. 11 ne pouvait pas faire plus nettement le procès de ses odes pindariques et en général des pièces longues, prétentieuses, souvent obscures de ses premières publications, oîi dominait le souci d'étonner les lecteurs et de paraître sublime. Et rien n'est plus piquant que de rapprocher cette palinodie non seulement des vers où notre poète affectait des airs de profondeur énigmatique, mais surtout d'un sonnet liminaire des Odes de looO, où Du Bellay comparait l'œuvre de son ami au torrent qui s'enfle et se renouvelle

Far le degout des hauts sommés chenus Et froissant ponts et rivaiges cognus

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