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nE lViELVRE LYRIQIE DIÎ RONSARD 171
Que je ne scay comment par songes et par nues : Anacreon me plaist, le doux Anacreon ' !
Ah I si seulement, ajoule-t-il, la douce Saplio et son imgnard ouvrage avaient accompagné en F"rance le poète de Téos, si le doux Simonide, Alcman, Bacchylide, Alcée, Stésichore, étaient également ressuscites, nous les lirions et les imiterions. Mais encore faudrait-il « choisir » en eux les « douces parolles » et laisser « les graves » aux « maistres d'escolles »,
Affin d'espouvantcr les simples escoliers
Du bruit de ces gros vers furieux et guerriers -.
Le sacritice de Pindare était consommé, et du même coup celui de l'ode héroïque. Ronsard abandonna franchement Pindare, dit avec raison M. Faguet. « Il semble même lui en avoir voulu. Il rapportait de cette lutte disproportionnée une sorte de courbature dont il gardait rancune 3. » Maisilne faudrail pas croire que cet abandon se manifesta subitement, et cela en 1330. Nous avons vu décroître peu à peu dès 1331 la ferveur de Ronsard pour « les saintes conceptions et les admirables inconstances de Pindare » ^. C'est d'abord le système de la triade qu'il remplace par de longues strophes égales. Puis les « vagabondes digressions » disparaissent. Ronsard, il est vrai, s'essaye au dithyrambe, mais c'est un genre essentiellement bachique et qui n'est pas propre à Pindare ; encore Ronsard n'en écrit-il qu'un seul en sa forme désordonnée, et a-t-il recours pour l'écrire au poète Marulle, qui bientôt tiendra tout entière, avec Anacreon, la place de faveur
1. L'édition de 1578 et les suivantes offrent ici une variante qui accentue encore le retour de Ronsard à la Muse de Marot; elle est relative aux vers do Pindare, -i obscurs, rudes, fascheux... | Que le peuple n'entend : le doux Anacreon | Me plaist... » (M.-L., V, 186.)
2. Ce passage est à rapprocher de la fin de l'élégie A son Hure :
Non, non, je ne veus pas que pour ce livre icy On me lise au poulpitre, ou dans l'escole aussi D'un Régent sourcilleus : il sutîit si m'amie Le touche de la main dont elle tient ma vie.
Qu en a pensé Dorât ? 11 préférait la manière grave de Ronsard V lesdisliques latins qu'il a écrits pour les Uijinnes et pour la .VoHy. Conlin des Amours
3. Sci:ié;iie siècle, pp 230 et 237 Cf. Ilist. de la litt fr., t L PP 40G et 407 En ce dernier passage, citant derechef les vers si caractéristiques où Ronsard sacrifie Pindare à Anacreon, M. Kaguet ajoute : « Et c'était bien un peu, sans qu'il s en doutât, revenir à Marot, ou à Saint-tielais, ou à Charles d'Orléans, ou à \'illon ; mais à tout cela avec plus de grâce et d élégance grecque encore ; et c était surtout revenir à sa nature, ce qui est le moyen de bien faire. Il est curieux seulement de remarquer que Ronsard n'a osé revenir à sa vraie nature que quand il y a été autorisé par un Grec. On n'est pas plus humaniste. Tant y a qu'il y a été charmant. »»
4. Ces termes et ceux qui suivent entre guillemets sont dans la préf. des Odes de 15.50.
qu'occupait Pindare en 1349 '. Puis, eu Juillet 133,3, il félicite G. des Autels d'être allé à Thèbes « épuiser l'eau sainte » qui rendit Pindare immortel 2. Mais lui-même évite déjà les odes graves et les longues strophes; il leurpréfère les « odelettes» et les «folastries», où le ton s'abaisse et s'adoucit. Toutefois, dans la première moitié de loo4, il revient un moment au lyrisme pindarique (la triade exceptée) pour célébrer la famille royale, et déclare, oubliant la distance qui le sépare désormais de Thèbes, qu'il est « coutumier de brouiller ses vers à la mode de Pindare » ^. Mais ce n'est là qu'un retour sans lendemain ; le Bocage et les Meslangcs à la fin de cette même année, et les deux Continuations des /4HiOi(r« de 1333 et 1556 sont aussi éloignés que possible des odes de Pindare *. Dans ces recueils Anacréon et Marulle l'emportent définitivement et avec eux le lyrisme tempéré, l'ode erotique, bachique, élégiaque, gnomique et descriptive des poètes Ioniens, Alexandrins, Romains, et de leurs imitateurs néo-latins.
Quel chemin parcouru depuis la fameuse préface des Odes de janvier 1330, et comme il eût été difficile à Ronsard de rééditer le mépris hautain qu'il y affichait pour les « petits sonnets petrarquizés et les mignardises d'amour » si chers aux courtisans ! Lui-même était devenu, dans toute l'acception du terme, un « poëte courtisan », et il est certain que la plupart des traits du portrait célèbre publié sous ce titre en 1339 par Du Bellay s'appliquent à Ronsard tout aussi bien qu'à Saint- Gelais et à Du Bellay 5. Dure nécessité des temps, légitime ambition des hommes ! Nous avons vu par suite de quelles circonstances et sous quelles influences eut lieu ce revirement: Saint-Gelais par ses critiques, L'Hospital par ses conseils, Muret par son exemple, H. Estienne par sa découverte, Marie du Pin par sa condition, la Cour par ses