On appelait alors ainsi le vers de dix ou onze syllabes
186 GENÈSE ET ÉVOLITION
second livre des Amours ; la Vcrlu amoureuse (h l'évêque Hiéronyme de la Rouvère), [' Elégie à Robert de la Haije, Y Elégie à Lois des Masures (sic), les préfaces au Tite Live de J. Hamelin et au Théâtre de J. Grévin, véritables conférences morales et littéraires, datent de celte époque-là'.
En juillet 1360, Ronsard devait être relativement heureux: le 16 juin il avait obtenu non seulement la charge honorifique d'archidiacre du Chàteau-du-Loir, mais encore le bénéfice de chanoine de Saint-Julien de Mans, devenu vacant parla mort de son ami Joachim du Bellay, le 1""^ janvier précédent^. Puis L'Hospital, son protecteur, avait été nommé le 30 juin grand chancelier et garde des sceaux. La fortune semblait en(in lui sourire ; il pensa que l'abbaye ou l'évêché ne se ferait pas longtemps attendre, et il attendit.
Son premier soin fut alors de préparer une édition collective de ses œuvres. Dès le 6 aoiit le Parlement accordait le permis d'imprimer à Gabriel Buon, successeur de la V"= Maurice de la Porte, et le 20 septembre François II octroyait un privilège général à son « féal Conseiller et Aulmosnier ordinaire maistre Pierre de Ronsard^ ». — La principale raison qui décida Ronsard à cette publication d'ensemble fut 1 ignorance et la négligence de quelques-uns de ses précédents éditeurs. Ils avaient, en effet, d'après les termes mêmes du privilège royal, si mal imprimé ses poésies que lui-même avaiteu de la peine à les reconnaître ; « ce qui l'a contraint les entièrement reveoir et corriger, et en ce faisant les a grandement augmentées et amplifiées et icelles réduites en quatre volumes qu'il entend faire correctement imprimer». — Comme cette édition est extrêmement rare et importante, que Blanchemain, quoi qu'il en ait dit, nel'apas du tout reproduite, et que Marty-Laveaux, de son propre aveu, n'a pu la consulter *, nous croyons indispensable de faire connaître ici et d'apprécier la place que Ronsard y a réservée à son œuvre lyrique ^.
1. Ronsard a même recours à la prose en 1560 pour préfacer un Livre de Meslanges musicaux (Marly-Lav.. W, 463 .
2. y . Froger, Bonsard ccc/esias/ù/iie, p. 21. Il était, en outre, à cette date, curé d'Kvaillé, curé de Champfleur et aumônier ordinaire du roi.
,S Bibl Nat.. Rés. pYe, 217 (4 tomes en 3 vol.) L'achevé d'imprimer du 1"' tome est daté du 29 novembre ; celui du 4'' et dernier du 2 décembre 1560.
4. V. mes remarques à ce sujet dans la Rcif. d'Hist. litt. de janv. 1902, pp. 29 et 30 et notes. Mart.-Lav. n'a connu que le second vol. par un exemplaire dépareillé de la Bibl. Sainte-Geneviève Y, 1158 ; mais il n'en a publié imlle part le contenu, ni même la description. Il a, dit il, recouru pour cette édition au travail de son prédécesseur « sans pouvoir le vérifier » l't I\'. 383, note 22 .
5. D'après Brunet [Supplément du Manuel, II, 508 et Blanchemain (t. A'III, pp 81 et 147), Ronsard avait publié en 1559 un .Second livre des Meslanges. Nous l'avons vainement cherché Marty-Laveaux s'était vu réduit en 1893 à le signaler d'après BI. (cf. une note de son tome Vl, p. 375; ; la même année il insérait dans sa Sotice sur Ronsard,p. XXV, trois lignesqui laisseraient croire au lecteur non prévenu qu'il le connaissait ;
DE l'CEIVRE LYRIOL'E DE RONSAKD 18"
I.e premier volume débutait par six pièces d'admirateurs, relatives à l'œuvre totale de Ronsard ; des hexamètres latins d'Adrien Turnèbe, des distiques latins de Du Bellay, deux odes latines de Dorât parues en looO ', des hendécasyllabes latins de Hob. de la Haye, parusen looo -, un sonnet de Du Bellay paru eu 1530 3. Puis venaient d'autres liminaires qui s'appliquaient particulièrement aux. 4hioî(ïs : la préface desCommenlaires de Muret, une épigramme grecque de E)oral, parues l'une et l'autre en 1333 *, un quatrain de Marc-Claude de Buttet '', un sonnet-prologue de Honsard lui-même remontant à 135-2 '\
Les quatre chansons antérieures à 1335 :
Las je n'eusse jamais pensé...
Petite Nymphe folastre...
D'un gosier machelaurier. ■ Il me semble que la journée...
furent disséminées, dans cet ordre, qui est chronologique '', parmi les 240 sonnets elles 6 élégies du Premier livre des Amours, consacré à Cassandre et commenté par Murel. L'une de ces élégies,
Depuis que je suis amoureus- .
ne différait en rien des pièces proprement lyri([ues ; en 1534, elle s'appelait ode; en 1371 elle s'appellera t/iaoso/î ; en 1360 Ronsard lui donna un troisième nom, ce qui ne changeait pas la chose ^. Une dernière chanson vint s'ajouter aux précédentes,
mais ces lignes sont tout à fait sujetlcs à caution, surtout parce qu'elles attribuent au dit recueil une pièce déjà parue au livre III des Odes en 15Ô0, 53 et 55. — Je ne serais pas étonné qu'on pût en dire autant de Blanchemain, car il ne le mentionne que pour une courte pièce liminaire dans son tome supplémentaire, et le fait éditer par Sertcnas à la p. 81 et par Lemangnier à la p. 147. — Kn tous cas, ce recueil contenait très probablement une bonne partie des pièces que nous avons signalées pour les années 1557 à 1559, et qui reparurent un an après dans la première édition collective.