Prem. poès. de Ronsard^ p
velle preuve du contraire dans ce fait même que Ronsard a rangé dans son troisième tome, celui des Poèmes, toutes les œuvres qui ne rentraient encore dans aucune catégorie déterminée K
Au reste, il avait toujours le souci de la variété autant que celui de l'unité. On le voit par ces vers d'une pièce qui servait d'épilogue aux Poëmes :
Comme celuy qui voit du haut d'une fenestre Alentour de ses yeux un paisage champestre. D'assiette différent, de forme et de façon : Icy une rivière, un rocher, un buisson Se présente à ses yeux, et là s'y représente Un tertre, une prerie, un taillis, une sente... Du bon et du mauvais : Des Masures, ainsi Celuy qui liet les vers que j ay portraicts icy Regarde d'un traict d'oeil meinte diverse chose, Qui bonne, qui mauvaise, en mon papier enclose. . Mon livre est resemblable à ces tables friandes Qu'un Prince faict charger de divcrsex viandes -'...
Diversité dans l'art comme dans la nature, c'est la formule même des architectes et des décorateurs delà Renaissance, et c'est l'impression que donne l'intérieur des châteaux de Rloisetde Chambord, où, comme on sait, la fantaisie ornementale no nuit pas à l'harmonie. De l'unité, il en faut certes, mais non de l'uniformité ; et Ronsard avait le sentiment très net, tout comme les poètes romantiques, de la froideur et de l'ennui que fait naître un excès de rationalisme et de symétrie. La souplesse de son talent, qui a tant frappé les contemporains ^, apparaissait en pleine lumière dans l'édition de 1560. L'application du principe de la variété saute aux yeux de quiconque en étudie le troisième tome. Pourquoi n'expliquerail-il pas aussi la composition des deux premiers, qui paraît défectueuse ou anormale à quelques-uns ?
Sans doute Ronsard aurait pu diviser les Amours en deux parties distinctes, d'un coté les sonnets et de l'autre les chansons ; il a préféré disséminer, à l'exemple de Rembo *, les chansons parmi les sonnets, alin d'en rompre la monotonie. Ne pourrait-on pas expliquer de la même façon ce fait que Ronsard a laissé parmi les Odes des pièces isométriques à rimes plates, les unes en petits vers, tout à fait sem-
1. (landar a vu juste sur ce poinl dans son Appendice hibtiogr-, //i. fr. p. 178 ; il ajoute avec raison que peu à peu ces pièces hétérogènes du troisième tome " se classèrent et foruièrenl des recueils particuliers, les Eglogues, les Elégies, les Mascarades, les Gayetez, les Epilaphes ».
2. Cf., BI., VII, 50. Titre primitif: Elégie à L. Des Masures Tournisien.
3. V. par ex. Est Pasquier, Rech. de la France, livre Vil, ch. vi.