V. les Rime di Monsignor P. Bembo, in Venetia, m.dxl
DE l'CEUVRE lyrique de RONSARD 199
blables aux « gayetez» etaux« blasons» des Pannes ', les autres en longs vers, qui ne ressemblenl en rien à des odes el qu'il aurait pu ranger aussi bien dans les Poèmes, au même titre que certaines épitres descriptives ou morales - ? Du reste, d'autres considérations l'ont également guidé, leur brièveté relative, leurs origines, leur sujet. Quant aux trois « hymnes » A Saint Gervaisc, A la Nuit^ Sur le trépas de la Hoine de Navarre, rien d'étonnant qu'il les ait laissés à leur place primitive, car ce sont des odes dans toute l'acception du mot, el par le fond et par la forme, tandis que les /^ym«es proprement dits, qui composaient le quatrième tome, sont tout autre chose, des poèmes héroïques et descriptifs à la façon de Callimaque, et non pas des chants.
En somme, Ronsard avait fait paraître de 1347 à 1560 plus de 300 pièces lyriques ou semi-lyriques, y compris les gaietés, les blasons, les vœux, les épigrarames, les épitaphes strophiques et même les inscriptions monostrophiques. De ce nombre, 193 étaient groupées dans le deuxième volume sous le nom d'Odes, d'entre lesquelles 8 seulement n'avaient pas une forme ou une allure manifestement lyrique (chacune étant d'un bout à l'autre en longs vers à rimes plates, sans divisions strophiques') 3; 27 étaient, à dessein, disséminées dans le premier volume sous le nom de Chansons. Environ oO étaient placées, pour divers motifs, dans un désordre voulu, d'ailleurs très relatif et assez harmonieux, au troisième volume sous le titre général de Poèmes, et cela provisoirement. Enfin 30 étaient radicalement supprimées pour des raisons esthétiques ou morales, que nous avons rapidement indiquées chemin faisant et sur lesquelles nous reviendrons.
Ainsi donc, non seulement il serait injuste de dire avec M. Froger que Ronsard en loOO ne s'est pas mis en peine de classer ses œuvres, mais encore M. Froger a eu tort d'ajouter que le poète « se préoccupa surtout de ne rien omettre ». On doit reconnaître au contraire qu'il fit preuve alors de discernement, de choix judicieux, d'esprit de sacrifice. Il était assez riche pour se défaire d'un bon nombre de poésies mal venues ou inconvenantes, qui n'ajoutaient rien à sa gloire et risquaient de la com-
1. Par ex les odes : Tay l'esprit loiil ennuyé: Du malheur de recevoir ; Gentil Rossignol passager ; Du grand Turc je n'ay soucy ; J*aifoi les yeux el le cjeur; Je ueus. Muses ans beaus yeus; D'où uiens tu, douce Colombelle. II est vrai que presque toutes ces odes sont plus courtes que les « gayetez » eu les « blasons », et de source anacréontique. Mais la plus longue d'entre elles, Je ueus, Muses ans beaus yeus, ne diffère en rien des <i gayetez » ou des « blasons » ; c'est le « blason » d'une fontaine.
2. Par ex. les n"' 36 et 37, 45 à 48 du livre II, 8 du livre III.
3. Pour ces huit pièces, v. ci-dessus, p. 197, note 5. D'autre part. 21 odes étaient astrophiques, mais se déroulaient en petits vers, comme les /Inacrronfca de H. Kstienne. Knfin sur les 164 odes strophiques à rimes croisées, deux étalent monostrophiques au livre IV : Tu me fuis de plus vite course, el, L'un dit la prinse des murailles ; elles furent supprimées en 1578.
promettre ; il était assez clairvoyant pour s'en défaire en toute connaissance de cause *.
* *- Malgré ces suppressions, l'édition de 1560 reste, du moins en ce qui concerne les Odes proprement dites, la plus complète que Ronsard ait jamais publiée. Dans la suite, en effet, les suppressonsnouvelles furent plus nombreuses que les additions ; si bien que le tome 11 de ses œuvres ne compta plus que 188 odes dans la deuxième édition collective, 185 dans la troisième et la quatrième, 178 dans la cinquième, 156 dans la sixième, 133 dans la septième, parue après la mort du poète, mais élaborée « suivant ses mémoires et copies » -. Il est vrai que le nombre des pièces lyriques insérées dans les Amoia-s (chansons et stances) alla au contraire en augmentant, mais pas assez pour balancer celui des odes supprimées ^'. Donc, s'il est vrai, comme la dit Gandar, que l'édition de 1560 fait époque dans l'histoire de la Pléiade et qu'elle suffit à caractériser la révolution poétique opérée par les élèves de Dorât *, si elle résume l'esprit de la vraie Renaissance, qui est païen, et cela au seuil des guerres religieuses qui vont transformer les poètes en polémistes chrétiens, il est certain, d'autre part, qu'elle marque un point culminant dans la carrière lyrique de Ronsard ; ce qui ne veut pas dire d'ailleurs qu'elle correspond à l'apogée de son talent.
1. M. Froger [op. cit., 99, note) signale seulement huit suppressions, et ne dit pas quelles remontaient à 1553 et 55. Son erreur vient de ce qu'il n'a pas tenu compte du P^ Bocage ni consulté les recueils de 155.3 à 1557. Outre les trente suppressions que nous avons signalées v. ci-dessus, p. 195 . Ronsard avait sacrifié dès 1553 deu-\ sonnets obscurs et plats de la 1'"'' éd. des Amours ; dés 1554 deux sonnets obscènes des Folastrief; : dès 1557 deux sonnets de la 1'^ Continuation des Amours également trop légers ; en 1560 il ne réédita pas non plus deux sonnets de 1553, Où print Amour, et Sur un autel sacré, ni le sonnet de 1550 : Penses tu^ mon Auhert, ni l'élégie de la même année : .-lu heuf qui tout le jour. Total : 40 pièces sacrifiées, qui ne reparurent jamais de son vivant. Sans compter une des épigrammes Sur la Jenisse de Myron la douzième > ; quatre strophesde l'ode Antres et vous fontaines', trois stropbes de l'ode O terre fortunée ; trois strophes de l'ode Que nttl papier dorennauant; deux strophes de l'ode Les trois Parques à ta naissance', une strophe dans plusieurs odes, notamment La mercerie que je porte. Vous faisant de mon écriture, Belleau s'il est loisible, Vierge dont la vertu redore ; douze vers de l'ode .Pay Vesprit tout ennuyé ; quatorze vers de l'ode Sous vivons, mon Panjas, une vie sans vie; douze vers de VElcqie à Janet ; douze vers des Isles fortunées ; seize vers d une Gayeté, etc. ; enfin plusieurs pièces liminaires qu'il négligea de recueillir dans ses œuvres. Voilà comment en 1560 Ronsard « s'est préoccupé de ne rien omettre ».