RONSARD POÈTE DU HOI CHARLES IX
I — Du principe de continuité en littérature. Ronsard poète courtisan devient poète du roi. — Les Nouvelles Poésies (1563). La préface et le contenu, (ienèvre et Isabeau de Limeuil. Ronsard et les Grands.
II. — Les Elégies. Mascarades et Bergerie (1565). — La préface. Part de la poésie lyrique dans les fêtes de Cour. Définitions de genres. — Tableau des pièces lyriques. Le Carnaval de Fontainebleau. Les fêtes de Bar-le-Duc. Ronsard fut-il à Rayonne? — Scepticisme et Flpicurlsme. Ronsard brillant continuateur de l'école Marotique.
III. — De 1565 à 1569. — Repos et maladie. L'ode du Brave. La 2<- édition collective (1567 . Deux années de silence. Le Si.viesme livre et le Septiesme livre des Poèmes (1569). Ronsard toujours poète catholique et anacréontique.
lY. — De 1570 à 1574. — A Le mariage de Charles IX. La '3<' édition collective (1571). La 4° édition (1572-73). L'ode sur Grévin. B. Ronsard et Charles IX. Le gala des Tuileries et l'ode de la Nymphe de
France (1573). L'ode satirique à Charles IX Ronsard et Amadis Jamin. Fin de la glorieuse époque.
Malgré l'importance historique de l'édition de 1360, nous sommes loin de croire qu'une date puisse servir à diviser les existences ou les œuvres humaines en parties bien distinctes. La réalité ne comporte pas de ces limites certaines. Il ya dans les années qui sont au delà prolongement et retentissement du passé, et le passé contient les germes qui préparent l'avenir, les signes qui permettent aux contemporains do le prévoir, à la postérité d'en retrouver les vestiges originels. lien est d'un individu comme d'un parti, d'une école, d'un peuple, de tout organisme ; pas d'arrêt brusque, mais continuité, transformation lente de ses énergies. Différences de degré, mais non de nature, voilà tout ce qu'il est permis de constater entre les périodes successives d'une ceuvre d'écrivain. Nous avons vu que l'année looo marquait un change-
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ment très sensible entre la manière antérieure de Ronsard et sa nouvelle manière. Mais il n'en est pas moins vrai que sa Muse redevint parfois hautaine et pédante après cette date, et qu'au contraire ses recueils précédents contenaient maintes pièces d'un style moyen et même populaire à la façon de Cl. Marot. De même le Ronsard d'avant 1560 se retrouve dans les années qui suivent comme le Ronsard d'après 1560 se laissait pressentir dans les années qui précèdent.
Courtisan par nécessité et malgré lui (car on sent dans mille de ses vers à la fois le désir d'obtenir et la répugnance à solliciter), ennemi des flatteurs qu'il déteste', mais panégyriste des grands, dont il attend la fortune bien avant l'explosion de la guerre civile et dès 1549, Ronsard devient tout à fait poète de cour dans la seconde moitié de 1558, alors seulement que Mellin de Saint-Gelais mourant lui cède la place ^. On peut dire qu'à partir de ce moment il joue le rôle de poète officiel, exhortant ses concitoyens à la guerre ou à la paix, portant aux nues les deux Guises, souhaitant au nom de la France la bienvenue au connétable de Montmorency revenu de captivité, se faisant l'interprète de la joie générale causée par la fin des hostilités et par le traité du Cateau- Cambrésis, composant ses premières pièces pour tournois, ses premières pastorales à l'occasion de mariages princiers et jusqu'à des inscriptions destinées aux souverains et aux grands seigneurs dans une mascarade : tout cela, nous l'avons vu avant juillet 1559.
Or, sous Charles 1\, ce Ronsard-là ne fait que se développer, au point de devenir le « poète françois du Roy », comme d'autres étaient ses musiciens, ses imprimeurs, ses médecins et ses apothicaires, un fournisseur de vers. C'est à ce titre, autant qu'en sa qualité d' « aumosnier du Roy », qu'il reçoit une pension annuelle de 1200 livres, comme le prouve un acte de 1563 publié par Blanchemain •''.
D'autre part, cette pension et les bénéfices ecclésiastiques dont nous avons parlé ^ ne suffisant pas à ses besoins, Ronsard continue à demander prieurés ou abbayes et à se plaindre qu'ils passent, malgré les espérances dont on le flatte, à des peintres, à des architectes, à des veneurs,