‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 184 sur 509 · V. ci-dessus, pp · texte numérisé non relu

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DE L'CEL'VRE r,YRIOl'E DE RONSARD 205

à des courriers, à des financiers et autres «avares» serviteurs des grands, la plupart étrangers, moins recommandables mais plus recommandés que lui '.Il a soin de nousrépéler qu'il quémande ainsi « contre son naturel», et nous l'en croyons-. Mais l'habitude de faire sa cour en vue d'une récompense est chez lui désormaisune seconde nature qui domine la première, toute révoltée que s'en montre sa fierté agonisante. En l'année 1361, au moment môme où les Etats généraux et le Colloque de Poissy mettent en question la réforme disciplinaire du Clergé et menacent les bénéficiers ecclésiastiques, surtout lescommendataires, Ronsard, simple clerc et non prêtre ^, intrigue auprès du cardinal de Lorraine et du cardinal de Tournon, pour obtenir une de ces prébendes qui scandalisaient tant les huguenots et avaient encore contre elles les députés du Tiers ^.

On comprend mieux, après ces considérations, non seulement que Ronsard se soit engagé à fond dans la lutte des partis sous Charles IX, au lieu de rester indépendant comme un Peletier ou un Montaigne, mais encore qu'il ait mis sa Muse au service des catholiques, bien qu'il eût approuvé dans sa jeunesse le primitif esprit de la Réforme (luimême le reconnaît) avec la plupart des penseurs et des humanistes du temps de François l" 5. H y allait de son intérêt immédiat, de l'intérêt de sa situation matérielle, de l'intérêt de son œuvre poétique. Un païen comme lui, païen par son tempérament, par son imagination, par sa culture littéraire, par son esthétique, ne pouvait pas vivre ailleurs que dans le camp catholique. Les Calvin et les De Bèze étaient d'une austérité, d'une intransigeance religieuse et morale, qui effrayait ce libre traducteur d'Horace, de Second, de Catulle, d'Anacréon "j. Xe condamnaient-ils pas ses Amours, ses Folastries, ses Odes, ses Chansons et, d'une façon générale, la gaieté lascive de la poésie gréco-latine qu'il avait acclimatée en France ?Ne blâmaient-ils pas sa vie privée et ses moyens d'existence ? Xe venaient-ils pas jeter le trouble dans ses loisirs, dans sa gloire, dans sa fortune ? Leur dogmatisme et leur ascétisme

1. Cf. Bl.. VI, 166 et 287 ; VIII, 139 (pages écrites du temps de Henri II) ; III, 401 ; VII, 44 pages écrites sous François II ; III, 355 et 375 ; VI, 252 et 266 (pages écrites sous Charles IX i.

2. Ibid. VI, 160, écrit sous Henri II ; IV, 260 ; VI,2.">2, écrit sous Charles IX.

3. Sur la question de la préirise de Konsard, je partage l'opinion de Sainte-Beuve (v. lieu, universitaire, de février 11103, p. 109, et Annales Flécboises de février 1904) C'est également l'opinion de Chalaiidon ilhése fr (, de H. Longnon ^Positions de thèse .

4. y. la fin d une épitre au cardinal de Lorraine, intitulée Le Procès Bl., III, 357;. Elle parut en 1565, mais d'après ses derniers vers fut écrite sûrement avant la mort du cardinal de Tournon, arrivée au mois d'avril 1562.

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