‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 185 sur 509 · V. ci-dessus, p. 19, et Bl., VII · texte numérisé non relu

V. ci-dessus, p. 19, et Bl., VII

6. V. à ce sujet quelques pages excellentes de Pierre Perdrizel, Ronsard etla Réforme, chap. IV et v Paris, Fischbacher. 1902 .

l'exaspérèrent. A plus forte raison les violences de leurs bandes armées, contre lesquelles il eut à défendre en personne sa cure d'Evaillé au printemps de 1362 ". 11 n'en fallait pas tant pour faire de lui un partisan convaincu et militant de la religion traditionnelle. Cela eût suffi, même sans le loyalisme et le patriotisme sincères dont ses Discours contiennent des témoignages certains.

Ainsi Ronsard, obéissant à des sentiments plus forts que le dépit de voir son zèle mal récompensé, encouragé d'ailleurs à poursuivre la fortune par le maintien de L'Hospital aupostede chancelier^ et par la protection constante de Madame Marguerite, qui delà Savoie le recommandait à Catherine de Médicis et à Charles IX -^ Ronsard était prêt en 1362 pour le rôle d'avocat général de la reine mère et du parti catholique, desquels seuls il pouvait attendre le couronnement de ses efTorts. Ayant l'horreurde la guerre civile et chantant depuis douze ans les bienfaits de la paix, il était également préparé au rùle d'intermédiaire pacifique et d'amuseur des deux partis momentanément réconciliés. Presque toutes ses pièces lyriques postérieures à 1360 s'expliquentainsi : durant les troubles ce sont des prières et des actions de grâces en faveur du trône et de l'autel menacés ; durant les trêves ce sont des cliansons, des cartels, des chants pour mascarades et comédies, où le paganisme du poète prend sa revanche de l'éclipsé que lui a fait subir le catholicisme, religion d'Etal, dispensatrice des lionneurs et des places de tout repos ''.

1. Fionsard en 1562 reproche surtout aux huguenots d'avoir pris les armes contre leurs compatriotes, et de se eonipcrler en véritables vandales. — Lui-même repoussa leurs agressions l'épée à la main ; L. Kroger le nie, malgré le témoignage de nombreux historiens (/{o/isarJ ecc/es., dans la Tîeii. hist. du Mnine, 1881, p. 178 ; mais je crois son opinion insoutenable, avec P. I5onnefon (/iey. d'ifist. lilt., 1895, p. 244) et P. Perdrizet (o;j. ci^, chap. ue), et j'ajoute à leurs arguments ces deux faits que nous révèle l'œuvre même du poète : 1" Son église a été pillée par les huguenots qu'il appelle des « briseurs d autels, des larrons de chapes, des voleurs de calices » ; il dit en par~ lant de sa chape :

Et sans toy, sacrilège, encore je Taurois

Couverte des preseus qui viennent des Indois (Hl.. Vil. 75 et 114).

2» 11 a failli être tué par eux :

Je scaj' qu'ils sont cruels et tv'rans inhumains. yagueres le bon Dieu me sauva de leurs mains, Après m avoir tiré cinq coups de harquebuse. Encore il n'a voulu perdre ma pauvre Muse .Ibid.,70 .

2. D'après la fin du poème du Procès, L'Hospital intervint en faveur de Ronsard auprès des cardinaux de Lorraine et de Tournon.

3. V. dans la Xotice sur Ronsard de .Marty-Lav., pp. cxviii et cxix, une lettre au roi. que sa tante supplie de bien vouloir donner au poète « quelque bonne abeye ", et une lettre à la reine mère pour la prier de « le pourveoir de quelque bénéfice ».

4. Le Poëlc courtisan où Du Bellay avait fait en riant son propre portrait, comme celui de vingt autres poètes de son temps (car c'est bien plus une satire de la Cour en

DE l'oeuvre LYRIQpUE DE RONSARD 207

Ou sait quels vers Uonsard publia isolément sous le coup des événements de 1361 et 62. Sans parler d'une chanson satirique faite en collaboration avec Carie et Baïf sur le Colloque de Poissy ^, c'est V/nstilutionpour l' adolescence du lioy, ce sont les œuvres de polémique, une réimpression de VElegie à G . des Autels de 1560, avec des remaniements très notables, dus à la politique de résistance armée que préconisaient les Guises (mars 1562), les deux Discours sui- les Misères de ce /emps, dédiés à la reine mère juin-septembre 1562), la Bemonstrance au peuple de France, qui développe éloquemment tout ce que dut penser et dire cette reine pendant le pseudo-siège de Paris par Louis de Condé, chef des huguenots (fin novembre 1562), enfin cette fameuse apologie personnelle de près de douze cents vers en Responce aux injures et calomnies de ses adversaires politiques, quelques semaines après la paix d'Amboise (mars 1363) -.

Si nous avons rappelé ces œuvres, c'est surtout parce qu'elles offrent un contraste singulier avec les pièces « non encores imprimées », que notre poète réunit vers le mois d'octobre 1563 dans les Trois livres du Hecueil des Nouvelles Poésies'-'. Le contraste est tellement frappant qu'il crut devoir s'en expliquer dans une épître-préface, où « succintement il respond à ses calomniateurs ».

Qu'on nous permette d'en détacher les passages les plus opportuns : « Je m'asseure, lecteur, que tu trouveras estrange que... je change si soubdain de façon d'escrire, faisant imprimer en ce livre autres nouvelles compositions toutes diferentes de stille et d'argument de celles que durant les troubles j'avois mises en lumière. Lesquelles estant comme par contrainte un peu mordantes me sembloient du tout forcées, et faites contre la modestie de mon naturel .. Doncques, lecteur, si tu t'esmerveilles d'une si soudaine mutation d'escriture, tu dois scavoir qu'apresque j'ay achepté ma plume, mon ancre et mon papier, que par droit ilz sont miens, et que je puis faire honnestement tout

général que de .Sainl-Gel.tl^ en parliculiei-i, s'applique admirablement à Ronsard de 1558 à 1574. Comme l*a dit très justement Gandar yop. cit., p. 117,, Ronsard semble avoir pris au sérieux, surtout après la mort de Du Bellay, les préceptes ironiques de son Poêle courtisan. On peut en dire autant de la plupart des poètes de la Brigade qui suivirent Ronsard " dans le camp où il était allé planter sa tente » (Perdrizet .

1 Cf Bl . Vlll. 133 Marty-Lav. l'a également publiée dans son éd. de Baïf, V, 289.

'J. Sur ces œuvi-es de polémique, v. mes \otes historiques et critiques dans la Revue universitaire de février 1903 : mon édition de la Vie de Ronsard, Commentaii'e, aux mots " ses Remonslrances » et suivants.

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