Xotice sur Ronsard, lxxxvi
pas « compter » leurs vers, mais de les « peser » ', ne furent pour lui des vérités plus certaines qu'en io77-78, alors qu'il élaborait sa sixième édition collective. Or personne jusqu'ici ne semble s'être douté que l'ardeur, que l'acharnement de Ronsard à élaguer, à restreindre son œuvre, s'est manifesté de très vive façon dès ce moment-là. On n'a tenu compte que de l'édition suivante, postérieure de près de six années, et encore pour regretter parfois, sans les prouver, le déclin de son esprit et la perversion de son goùl.
Quoiqu'il résidât le plus souvent dans ses prieurés du Vendômois et de la Touraine, Ronsard redevint poète de cour en ses dernières années. Un regard favorable, quelques paroles bienveillantes, des « présents magnifiques » suffirent à l'enthousiasmer derechef pour Henri 111 -. La Cour, où le rappellent quelques grandes circonstances, est alors son « temple » delphique, le roi son « Apollon », et lui-même se compare au « preslre prophète » qui n'est inspiré qu'en présence du Dieu '. Des poèmes contiennent bien encore des conseils détournés, mais c'est la louange qui domine, la louange hyperbolique, d'autant plus étonnante qu'elle est moins méritée. Jamais la poésie et 1 histoire n'ont été plus éloignées l'une de l'autre. C'est l'époque où Ronsard se joint à Desportes et à Jamin pour déplorer la mort des « mignons » Maugiron et Quelus (avril 1378) *, consacre plusieurs centaines d'alexandrins au panégyrique de Henri III (lo79)''', collabore pour une large part aux fameuses fêles du mariage de Joyeuse (septembre 1581)'' et exalte les vertus d'un quatrième favori, Epernon (1581-82) ''. C'est l'époque où il préparc pour sa prochaine édition une section nouvelle, le Bocage vdijal, qu'il dédie à Henri 111, qu'il fait précéder d'un portrait de Henri 111 et qu'il commence par six longues pièces, dont trois nouvelles, adressées à Henri 111,
1. Hiiicl, Vie de Ronsard, vers a fin (textes de 15S7 et 1597).