ci-dessus, p. 89, note
6. y Feugère, (Eiiures choisies de Pnsiiiiier, II, 34, nolel ; Egger, Ileltéii. en France,
DR Rd.NSAHI) l'DKTK I.Vlill.KK (Ollc (jravp) 'MK\
proclamant son admiration dans une excellente analyse, que nous n'avions pas à refaire ici ^.
Le mythe de la nymplie Florence aimée d'Apollon et celui de Belléroplion n'ont pas seulement le mérite de l'à-propos et celui de la brièveté. Ilsont de plus un intérêt allégorique et une valeur didactique. Comme dit Richelet, « à la mode des anciens le poëte déguise les choses véritables de fictions et de fables ». Far la première de ces légendes il voulait signifier que la capitale de la Toscane « est pleine de courage et de doctrine, comme de vérité plusieurs admirables esprits en sont sortis, et plusieurs grands Capitaines ». Par la seconde, il arrivait à cette moralité, qui est au reste dans Pindare :
L'homme qui veut entreprendre D'aller au ciel, doit apprendre A s'élever par compas-.
C'est ainsi que dans VOdfi de la Paix un autre héros légendaire sert d'exemple pour appuyer une vérité morale analogue, allusion à la disgrâce du connétable de Montmorency :
Nul n'est exent tie la fortune,
Car sans égard elle importune
Et peuples et rois et seigneurs :
Cadme sentit bien sa secousse
Et de quel tonnerre elle pousse
Les princes hors de leurs honneurs ^.
En somme, à part la légende de Francus, qui est un hors-d'u'uvre trop long et surtout sans rapport direct avec le sujet de VUde de la faix, Ronsard s'est assez adroitement servi des mythes dans ses odes pindariques. Nous verrons plus loin, à propos des autres variétés de l'ode grave, que sa grande erreur n'est pas d'avoir eu recours à la mythologie, qui, comme le disait encore Banville, est l'essence même de la poésie, mais d'avoir usé sans choix de toutes les fables connues et in-
1, 35G ; Bizos, lionsard, pp. 47 etsuiv. — Sainte Beuve, après avoir déclaré que les odes pindariques de Bonsard sont « détestables et presque illisibles »>, fait au moins ressortir quelques-unes des beautés de VOde à M. de L'IIospital [Œiwres choisies de Ronsard, rééd. Molaud, grand in-18, pp. 87 à 100).
1. Op. cit., pp. 94 à 101. V. encore Dupré-I^asale, Michel de L'Hospital avant son élévation au poste de chancelier de France (1875'. pp. 172 à 176. — M. Chaniard, de son côté, a écrit avec raison ; a Je ne voudrais pas qu'on fit un reproctie à Ronsard d'avoir conçu lOde ù Michel de L'Hospital... » {th. fr. p. 216).
2 Bl., II. 60 =r Pind. Isthm. VI, vers 43 à 49.
3. Ibid , 37. Variante : Œdipe sentit sa secousse. — Cf. Pind., Pylh. III, ép. 4; Olymp. II, antistr, et ép. 2, et passint.
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connues, et surtout de les avoir présentées en raccourci et par d'obscures allusions ^
Les Sentences, — L'un des traits qui caractérisent le mieux les odes de Pindare, ce sont les sentences, qui en sont presque inséparables. Les unes constatent simplement un fait d'observation courante, dont on peut faire son profit; les autres renferment un conseil direct, inspiré par la sagesse des prêtres de Delphes, qui est au reste la sagesse universelle. Bref, elles sont par excellence des fragments de poésie gnomique, comme certaines pages d'Hésiode, et peuvent se comparer aux distiques de Théognis et de Selon. Ronsard eut bien soin de conserver ce caractère à ses odes pindariques, et il eut raison ; les exemples qu'on peut en donner sont très nombreux.
Voici d'abord quelques idées générales ou lieux communs qui n'ont pas d'autre valeur que des remarques de bon sens, mais communiquent déjà aux vers ce ton grave et sibyllin tant recherché par Ronsard : Les Rois sont les souverains maîtres de la terre et n'ont que Jupiter au-dessus d'eux2. — Une âme naturellement courageuse recherche les dangers et n'attend pas une obscure vieillesse ; heureux l'homme qui se couvre de gloire ■'. — Le plaisir en repos que procure la poésie est le souverain remède à nos fatigues*. — L'envie est l'ennemie naturelle delà vertu, mais la vertu linit toujours par triompher •■. — Chacun prend son plaisir où bon lui semble ; autant d'hommes, autant de goûts et de talents ; chacun doit suivre une destinée particulière ''. — Les qualités naturelles sont supérieures aux qualités acquises ''. — Parfois l'idée est exprimée sous une forme brève et pittoresque, à la façon des proverbes :
L'ii homme engrossé de médire Megi'ist à la fin mallieureus '*.
Le potier hait le potier,