‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 245 sur 509 · Ibid., 44 = Pytb. IX, vers 17 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., 44 = Pytb. IX, vers 17 et suiv

5. Ibid., 49, ép. 2 = Callim.. Hymne à Apoll., vers 100 et suiv. Cf. Ov., Métam., I, 438 et suiv. On sait que les jeux pytblques se célébraient à Delphes en mémoire de la victoire d'Apollon sur le serpent Python; mais, chose curieuse, Pindare n'en parle pas

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semble s'inspire, ainsi que la Musagnœomachie de Du Bellay, avec plus de discrétion toutefois, des préoccupations qui régnaient au camp des liumanistes depuis 1525 environ.— Dans lOde à Michel de V Hospital Ronsard introduit, d'après Homère, la description d'un banquet des Dieux dans le palais de l'Océan ' ; d'après Hésiode, l'iiistoire des Muses filles de Jupiter et de Mnémosyne, puis un résumé de la double lutte de Jupiter contre les Titans et contre les Géants, enfin le discours de Calliope à son père - ; d'après Platon, le discours où Jupiter accorde à ses filles le don de poésie, avec le soin de le dispenser sagement parmi les hommes au cœur pur-' ; d'après Platon encore le tableau des trois Parques filant les vies humaines dans l'Olympe *. — Dans VOde de la Paix, Ronsard présente une ébauche de sa Franciade et donne pour la première fois à Henri II une idée de ce long poème qu'il voulait consacrer à la gloire de nos rois. Peut-être l'idée d'y insérer une prophétie de Cassapdrelui est-elle venue de la quatrième Pythique, où Médée prédit l'avenir aux Argonautes, et de VAlexandra de Lycophron, qui n'est autre chose qu'une longue scène de vaticination, dont Cassandre est l'héroïne ^. En tout cas ce fragment épique monlre que Ronsard eut de lionne heure l'ainbllion d'écrire en vers les aventures de Francus, qu'il avait lues dans la prose de Jean Lemaire de Belges ^' et dans celle de

dans ses Ptjthiques. Je crois que dans celte ode Ronsard s'est souvenu avant tout de Callimaque. parce qu'il mentionne dans l'épode finale ce poète parmi ses modèles, et qu'en janvier 1550 il n'avait guère imité Callimaque ailleurs que là.

1. 131., 11, 73; l'antislr. et l'ép. 4 et la str. 5 s'inspirent plus ou moins d'Homère, Iliade, I, XIII, XXI (.lupiter chez, les Ethiopiens ; le palais de Neptune ; l'Océan père des fleuves).

2. Ibid., p. C9, antistr. et ép. 1 = Hés. Théogonie, vers 52 à 69 ; p. 75, antis. G = Théog.. vers 716-27 et 746-48 ; p. 76, str. 7 = Théog., vers 728, 740, 74^-68; p. 81, antistr. et ép. 11 ^ Théog., vers 75 à 104.

3. Ibid., pp. 82 et suiv., triades 12 à 15. Le début du discours de Jupiter est directement imité de Callimaque, Hymne à Diane, vers 26 à 31, et sent bien d'ailleurs son alexandrinisme : le ton plaisant et libertin de ce début contraste avec la majesté du roi des Dieux. Mais le reste est une heureuse adaptation des passages les plus célèbres de ryon et du Phèdre de Platon caractère spontané et origine divine de l'inspiration poétique ; théorie des quatre fureurs. X . ci-après p. 330).

4. Ibid., p. 91, antistr. et ép. 19 ^ Platon, Rép. X, visious de l'.^rraénlen Er. Ronsard s'est également rappelé un passage de Catulle, Noces de Thétis et De Pelée Mais, comme le remarque Richelel dans son commentaire des Odes, ■' cette description tient plus de l'invention de nostre Aulheur que de l'imitation des anciens, car ny Platon, ny Catulle, ne parlent comme luy b.

5. Cf. la chanson de 15Ô3 ; D'un gosier machelaurier | J'oy crier ! Dans Lycophron ma Cassandre. . .

6. Lettre à lleelor de Tioye et surtout lllustnttions de Gaule et sinyidaritez de Troye. Cet ouvrage parut de 1509 à 1512 en trois livres. C'est au livre III qu'il est question de Tunion d'.^ndromaque et d'HeK-iuis, et de Francus seul rejeton d Hector , son vrai nom est Laodanias, mais I-einaire conjecture qu'il eut un second nom, Francus, à cause de sa franchise ! Lemaire développe là une croyance qui a existé durant tout le Moyen Age, accréditée par Sid. Apollinaire, Grég. de Tours, Robert Wace, Benoit de Sainte-

DK RONSARD POÈTE LYRiQiE (Ode grave) 303

Jean Rouchet de l'oitiiTS ' Il est assez curieux de voir Ronsard, nu moment môme où il renie les poètes nationaux, méditer la composition d'une épopée nationale, dont tous les éléments lui étaient ofl'erts par les chroniques du Moyen Age et les œuvres des grands Rhétoriqueurs ; ce mélange de la légende de Francusavec desréminiscences de l'Enéide et de l'Iliade, sans parler des détails pris à Pindare, ne manque pas de piquant et d'originalité.

Mais cela manquait d'à-propos. C'est l'un des griefs les plus sérieux que l'on puisse adresser à Ronsard, insérant des mythes dans ses Odes ; :es ornements avaient sans doute l'avantage de donner à ses vers une lUure épique, plus d'ampleur et d'élévation, de les distinguer enfin de :e que les poètes français avaient écrit jusque-là dans le genre lyrique. Ce n'était pas banal évidemment ; mais un excès dans ce sens devait paraître choquant, et Ronsard eut le tort de dépasser la mesure du premier coup, surtout sans opportunité. Pindare usait de brillantes iigressions, c'est vrai ; mais d'abord la musique, la danse et les évoutions du chœur les lui facilitaient ; et puis elles avaient toujours, si 'on y regarde d'un peu près, un rapport assez étroit avec la personne lu vainqueur ou les origines de la solennité athlétique. Les circonsances qui permettaient, qui nécessitaient même l'insertion du mythe, lyant disparu, non seulement l'usage de cet ornement ne s'imposait îlus du temps de Ronsard, mais il n'avait plus sa raison d'être, h moins [ue la partie mythique ne fût très intimement liée au reste de l'ode et laturellement amenée par son sujet. Or il n'en était pas ainsi pour 'épisode des révélations de Cassandre à Francus, de l'odyssée de ce lernieret de la prophétie que lui fait l'Ombre d'Hector; il n'avait rien à roir avec la paix en général, avec celle de 1330 en particulier ; le lien }ui le rattache au sujet de l'ode est des plus artificiels, on peut même

tlore, \'incent de Bcauvaîs. les Chroniques de Tongres, la Clironique de F"raiice par Robert GaguÏQ, et vingt autres auteurs allégués par Lemaire, sans parler des iVagnienls l'un vieu.x poème latin anonyme qu'il découvrit à Lyon léd. Slecher, tome II. 316,. "est là quil est question des Sicambriens et de la ville de Sicambra sur le Danube aujourd hui liudaj, puis de la Franconie et des exploits de Francus, que Ronsard rap- )ela en 1555 dans sa grande Ode au Roy. liminaire du livre III ; c'est là enlin qu'est exposée la généalogie de Francus.

1. Les Anciennes et modernes généalogies des lioys de France avec leurs Epitaphes et effigies. Cet ouvrage, dédié an dauphin François, avait été publié en 1527 et réédité inze fois jusqu'en 1545 (Hamon, thèse fr., p 405). Les généalogies sont en prose, les pitaphesen vers ; celles-ci sont mises dans la bouche de chacun des 57 rois de France lepuis Pharamond jusqu'à Louis XII inclus. Les a?uvres de Bouchet sont pleines le la légende de Francus ; v. par exemple le Jugement poëtic de l'honneur femenin, où ■'rançois 1" est appelé « noble sang d'Hector » (Epitre dédie), et la famille ro3ale le

sang de Troye » (Prélude . — \'oir encore la Chronique frauçoise de G. Crétin, dont ^enry Guy a publié une analyse et d'importants extraits dans la lieuue des Langues ■omanes. sept. 1904. p. 394: cette Chronique fut écrite de 1515 à 1525.

(lire qu'il n'existe pas '. Ronsard sentit si bien le côté défectueux de sa pièce que dès 1530 il reprochait à sa Muse d'être « vagabonde», admirant avec Pindare

Celui qui en peu de vers Etraint un sujet divers, -

et que vingt-cinq ans plus tard il résolut de réduire de moitié la partie mythique 3.

Dans l'Ode à Michel de L'Hospital, la partie mythique est aussi très longue, puisqu'elle se développe en dix-sept triades ; mais on ne peut lui reprocher d'être étrangère au sujet, qui est l'histoire de la Poésie depuis les origines jusqu'à l'époque de la Renaissance, et l'éloge de Michel de L'Hospital, l'un des artisans de cette Renaissance aux yeux de Ronsard. Les Muses, qui personnifient la Poésie, vont trouver leur père chez son hôte, l'Océan, principe de la vie, et là, au banquet des Dieux, chantent sur la lyre de Phébus trois légendes orphiques, d'une voix qui ravit Jupiter; l'une d'elles, Calliope, lui demande en récompense le don d'enchanter le monde parla douceur de leur harmonie ; .lupiter, en le leur accordant, définit splendidement l'inspiration poétique, souffle divin, et la mission sacrée des poètes ; après quoi Ronsard raconte les commencements de la Poésie, ses progrès, son déclin et sa disparition de la terre durant le règne de l'Ignorance, autrement dit durant le Moyen Age. Le tout est bien conduit, bien enchaîné, chaque épisode est à sa place; histoire et légende se confondent ingénieusement, ou plutôt se continuent tour à tour ; et le lecteur attentif, entraîné, ébloui, passe volontiers sur quelques longueurs et quelques obscurités * pour s'arrêter aux beautés réelles qui abondent en ce long poème lyrique, digne, du moins pour le fond, de Pindare ou de Hugo. On s'explique l'enthousiasme des contemporains ^ et l'on a peine à comprendre le découragement de certains critiques qui n'ont pu, disent-ils, supporter jusqu'au bout cette lecture, ou, du moins, la terminer sans effort •'■. E. Gandar nous semble avoir été mieux avisé en

1. Bl.. II, 26, antistr et ép. 2. — Si l'on veut, la partie iiiylhique et la glorification de la paix se touchent là comme deux idées contraires.

2. BI., II, 34. L'épode d où j'extrais ces vers est entièrement empruntée à Pindare, Pgth. I (sir. ,')■ et X ép 3\

3. Ce fut un sacritice de cent vers, qui date de 1578 ^v. ci-dessus, p. 260, n. 7), et non pas de la première éd. posthume, comme l'ont avancé Hlanchemain [II, 30^( et L. Froger, Prem. poés. de /?., p. 98, n. l.J

4. Entre autres le mj'lhe hésiodique de l'enclume d'airain précipitée de l'Olympe dans les Enfers (antistr. (1= Theog., \Qrs 716 et suiv. î.

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