Ibid., 47, 48, 54, 58.S
DE RONSARD POÈTE LTRIQUE [Ode qrave) 329
Dites-moi... ô Muse, et toi, Vérité, fille de Zeus ' ». — 2o Exemples d'apostrophes d'entraînement: « Allons, Phintis, attelle-moi ces mules au plus vite .. ; il faut leur ouvrir la porte des hymnes. — Eh bien, détache du clou la lyre dorienne. — Donc, mon cœur me presse de publier la gloire. — Va, ma Muse, dirige vers lui le souffle de tes vers. — Mais pourtant, 6 Muse, anime la lyre aux belles cordes. — Mais il me faut chanter la valeur des Blepsiades. — Ourdis, ma douce lyre, et sans tarder, un hymne qui plaise à Œnone. — Puissé-je, lançant loin le disque ou le javelot, chanter dignement la vertu surhumaine du bon Xénocrate " ».
Cette fois encore, nous devons le reconnaître, l'artifice n'a pas mauvaise grâce sous la plume de Ronsard, et Pindare a bien inspiré notre poète : c'est que les invocations, les exhortations, les interrogations, les apostrophes, sont des moyens très naturels de reposer l'esprit ou de le frapper. Dans certains cas ce sont même des étapes rendues nécessaires par la longueur de l'ode, et où il fait bon reprendre haleine ; comme le dit Pindare lui-même, le poète « s'arrête d'un pied léger et respire avant de poursuivre ^ ».
Après le développement de la partie mythique, Pindare retient sa Muse, la ramène dans le droit chemin, la dirigeant sans plus tarder verà la fin qu'il s'est proposée, et semble lui adresser un doux reproche de l'avoir entraîné si loin de son sujet. Au reste, quoi qu'il en dise *, il ne s'égare jamais en réalité ; il connaît même tous les sentiers de traverse qui le conduiront au but plus tôt que la grande route ^ : « Arrête la rame, dit-il, et vite de la proue fixe l'ancre à terre. — Mais il ne faut pas que mon bras vigoureux lance au delà du but la plupart de mes traits... je proclamerai le tout en peu de mots. — Mon âme, vers quel promontoireétranger détournes-tu ma nef? Je t'ordonne de transporter ma Muse chez les Eacides. — Mais la loi de l'ode m'empêche de raconter ces exploits tout au long... ; bien que déjà tu vogues en pleine mer résiste au charme, ô mon cœur. — Fais virer de bord mon esquif vers