‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 263 sur 509 · Thfsefr.. pp. 21(i · texte numérisé non relu

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2. N'illemain, Essai sur Pindare. Cl'. A. Croiset, op. cil., p. IDl .

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338 SOURCES ET ORIGtNALITÉ

Ce qu'on doit lui reprocher, c'est d'avoir suivi Findare de trop près ; c'est d'avoir retenu trop souvent la lettre plutôt que l'esprit du lyrique grec qu'il voulait faire revivre en France. En l'imitant à dislance, et d'assez loin, il eût opéré des transpositions plus faciles, il eût évité les surcharges et les énigmes. Au lieu d'admirer ces fresques dans leur ensemble et avec un recul suffisant, il alixélesyeux sur leurs moindres détails et les a étudiés comme à la loupe. Au lieu de choisir dans cette abondance de « fleurs » amassées « sur les bords Dirceans », celles qui devaient conserver en tout pays une éternelle fraîcheur, il a trouvé bon de les transplanter pêle-mêle dans un sol où elles ne pouvaient pas toutes s'acclimater' ; ou, si l'on préfère, il a prodigué dans sa demeure les décors somptueux, les ornements exotiques et les bijoux rares, comme une personne étrangère au luxe qui se trouve soudainement on possession d'un trésor. Bref, il a manqué de sens critique et de goût.

Non seulement il n'a pas fait de tri judicieux, non seulement il n'a pas cherché à atténuer ce que la poésie de Pindare lui offrait de spécial, de local et d'étrange, mais il a au contraire forcé la noie pindarique, il a renchéri sur les inventions de son modèle, il a exagéré sa manière. Et alors il a été franchement mauvais. Tant qu'il a borné son imitation à la poésie primitive et classique, mêlant h son Pindare de l'Homère, de I Hésiode, de l'Eschyle même, il a fait une œuvre supportable encore ; je vais plus loin : il a été vraiment bon quand il a développé certaines idées de Pindare à l'aide de Platon, ce grand poète en prose. Mais il a gâté et irrémédiablement compromis son pindarisme quand il a imité Pindare comme l'eussent fait Callimaque et Lycophron. Un dernier exemple fera comprendre ma pensée et montrera, j'espère, ce qu'il y a de meilleur et de pire dans cette maladroite adaptation.

Pour Pindare, les hommes d'élite et en particulier les poètes doivent leur supériorité avant tout aux qualités naturelles, qui sont une faveur des dieux : « Rien n'est meilleur que ce qui vient de la nature, dit-il; beaucoup d'hommes poursuivent la gloire avec des vertus que l'art leur a enseignées ; mais si un dieu n'est avec nous, il vaut mieux se taire -. »

1. II a bien écrit au début de l'ode A M. de L'Hospilal qu'il amassait « l'elile des plus belles fleurs». Mais ce texte n'est pas celui des premières éditions, et d'ailleurs le vers suivant : » Afin qu'en pillant je façonne ■■ a toujours contenu l'idée de piZ/uye qui exclut l'idée de choix. 11 a dit eu outre dans l'ode A sa Lyre : a Je pillai Thebe et saccageai la Pouille I Tenrichissant de leur belle dépouille, » — sans se douter que s'eiuichir ainsi c'est s'appauvrir.

•'. Olyiiip. IX, antisir. 4. Cf. IHil . ép. 1 ; 11, str. 5 ; .\, ép. 5 ; XI, antistr 1 ; A'e/7t., lu, ép. '2, etc.

DE HONSABn l'OKTE LYHIOUE ( Ot/f (//(ri'c) 339

Celte idée, que sans le don céleste il n'y a pas de poésie, remonte aux plus anciens poètes grecs : les Uomérides invoquent les Muses, déesses inspiratrices, conduites par Apollon, qui transmet à chacune d'elles la pensée de Jupiter ; Démodocus, l'aède des Phéaciens, est présenté comme un interprète des voix divines ' ; Hésiode a reçu des Muses elles-mêmes des leçons de poésie au pied de l'Hélicon, en même temps qu'un rameau de vert laurier -. Ce sont des voyants, des prophètes

Platon reprit cette idée, en la développant, dans deux de ses dialogues, le Phèdre et VIon ■'. Socrate, expliquant à Phèdre que les plus grands biens nous arrivent par un délire (j^avio!) inspiré des dieux, assimile le délire des poètes à ceux des sibylles, des mystiques et des amoureux. C'est ce qu'on appelle la théorie des quatre fureurs : « Une troisième espèce de délire, dit-il, celui qui vient des Muses, quand il s'empare d'une àme simple et vierge, qu'il la transporte, et l'excite à chanter des hymnes et à embellir des charmes de la poésie les exploits des anciens héros, contribue puissamment à l'instruction des races futures. Mais sans cette poétique fureur, quiconque frappe à la porte des Muses, s'imaginant à force d'art se faire poète, reste toujours loin du terme où il aspire, et sa poésie froidement raisonnable s'éclipse devant les ouvrages inspirés ''. » — Socrate, essayant de définir au rapsode Ion le caractère de l'inspiration poétique, compare la force divine qui possède et transporte les poètes à celle de l'aimant, qui non seulement attire les anneaux de fer, mais leur communique la vertu d'attirer d'autres anneaux. Le dieu attire à lui les Muses, qui attirent le poète à elles ; le poète à son tour ravit le rapsode, qui ravit les auditeurs. « Car ce n'est point, dit-il, à l'art, mais à l'enthousiasme du délire que les bons poètes doivent leurs poèmes ; les lyriques en particulier ressemblent aux Corybantes, cfui ne dansent que lorsqu'ils sont hors d'eux-mêmes, et aux Bacchantes qui ne puisent le lait et le miel dans les Meuves qu'après avoir perdu la raison, et dont la puissance cesse avec le délire. » Et Socrate revient ;\ plusieurs reprises sur cette idée que ce n'est point l'art, mais une inspiration divine, qui dicte

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