‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 265 sur 509 · Phèdre, XXII · texte numérisé non relu

Phèdre, XXII

leurs vers aux poètes, interprètes du dieu qui les pénètre et les domine ^

Cette remarquable conception delà poésie, don céleste, réservé aux âmes d'élite, sans lequel sont vains tous les efTorts de l'humaine volonté, Ronsard se l'appropria. L'idée était relativement nouvelle en France ; l'originalité historique de l'école de 1550 a consisté avant tout à proclamer que le premier venu ne peut pas être poète, et que, pour mériter vraiment ce nom, il faut avoir reçu de la nature le privilège de l'inspiration, ce qu'Horace appelle de son côté ingenium,inens divinior, acer .spirilus, os matjna sonaturum -. Il écrivait en 1549 à son ami Du Bellay : Celui qui ne nous honore pas comme des prophètes, outrage les Dieux, qui nous ont fait leurs porte-parole par une faveur particulière et très rare •' ; nos prédécesseurs ne sont que des rimeurs, nous autres sommes de vrais poètes-nés ; la Muse, fille des Dieux, «ne se Valette pas » à tout le monde *. — Mais c'est surtout dans l'Ode à Michel de L'Hoxpllal qu'il a résumé sous une forme saisissante (car c'est Jupiter lui-même qui parle'* les passages de Pindare et de Platon que je viens de rappeler, y compris le symbole de la chaîne aimantée '■> . Il y a là, entre autres, huit strophes centrales qui font honneur à Ronsard, et méritent de survivre, depuis celle oi^i Jupiter déclare aux Muses que la poésie n'est pas « esclave de l'art », jusqu'à celle où il prédit qu'un invisible « démon » veillera sur les poètes, élus du ciel ".

1. /<j;i, \', En 154t> avait paru chez W'echel Le dialogue de Plalo intitulé lo, qui est de la fureur poétique et des louanges de poésie, translaté en français par Hickard Le lilanc. La préface eu est très curieuse et a pu servir à guider la nouvelle école. (Cf. lieu. d'Hist. Litt., 18y6, p. 33, art. d'A. Lefranc sur le platonisme dans la première moitié du xvi^ s.)

2. Sut. I, IV, 39 et suiv. — L'idée était neuve relativement à la plupart des Hhétoriqueurs et des Maroliques, et en général aus » rimeurs » ou « facteurs » des siècles précédents. Mais Sibilet l'avait exprimée dans son Art poét. dès juin 1548, peut-être d'après la préface de la traduction de Vfon par Hichard Le Blanc. Honsard l'a proclamée plus haut que lui et sur tous les tons.

Page 1