II, 117-19. L'ode entière s'inspire de Platon
4. /tiJ., 99-100 ; 134-35. Cf. VI, 202 ; Vil, 123. Voir surtout l'épitre .4 J. Grevin (parue eu 1561) et le i>oème de La Lyre (1569), où Honsard déHnit, en citant Platon, les fureurs (lui le rendent poète A'I, 54 et 55 ; 311 et suiv.V
5. 11 s'est contenté de supprimer un des anneaux de la chaîne, le rapsode, lequel n'avait plus de raison d'être au xvi*' s,
6. Autiste. 12 à str. 15 inclus. — 11 faut d'ailleurs noter deux choses : 1^' L'ironie dont Socrate accable le rapsode Ion a échappé à Kons et à ses contemporains, comme au rapsode lui-même v. le titre et l:i préface de la Irad. de H Le Blanc . D'après Socrate, en eS'et. les poètes inspirés perdent leur personnalité, étant mis hors d'eux-mêmes par le dieu qui se substitue à eux (£Xîppov=ç y.a'. svGîot î'.a'.vL Ils ne sont que des instruweuts de la puissance divine, des intermédiaires entre .-Apollon et le commun des hommes, et au moment de leur crise sacrée ils perdent leur libre arbitre ; ils n'ont donc pas besoin d'art, c'est-à dire d'ell'ort volontaire, raisonné, personnel, ni de réllexion, ni de science, — et c'est ce t(ui les rend inférieurs aux philosophes, 2" Bons , entraîné par Platon, est allé ici bien au delà de sa vraie pensée en déclarant
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE (Of/rt fjrave) 3-il
Mais pourquoi faut-il que Ronsard ait renchéri sur Pindare et Platon, en représentant le poète dans son délire même, dans sa crise de fureur sacrée, comme une pyllionisse vaticinant sur le trépied du temple d'Apollon delphien ? Voici le début de Tode pindarique A la Roine ;
Je suis troublé de fureur Le poil me dresse d'horreur :
D'une ardeur mon ame est pleine Mon estomac est pantois Et par son canal ma vois Peut se dégorger à peine !
Une deité m'emmcine :
Fuyez, peuple, qu'on me laisse, Voi-cy venir la déesse, ^ Je la sens entrer en moi.
Heureus celui qu'elle garde
Et celui qui la regarde
Dans son temple comme moi '.
Enthousiasme factice, cela est trop visible ; procédé artificiel, que Ronsard ne trouvait pas dans Pindare et que Pindare aurait rejeté comme indigne de sa Muse sereine. C'est un méchant tour que lui ont joué là ses réminiscences de Callimaque, de Lycophron, de Virgile, d'Horace, de Claudien et surtout du Byzantin Marulle, qui me semble avoir groupé et développé dans les vingt premiers vers de son Hymne au Soleil ce que ses modèles gréco-latins ne lui présentaient qu'à
que l'art est « inutile aux Muses » et que tout se fait « par art », sauf la poésie. Ce mépris transcendant de l'art « misérable » est même en contradiction, au moins apparente, avec sa conception parallèle (qui est celle de toute la Hrigadc) d'une poésie éminemment artistique, ennoblie par un art (C curieux )> et « laborieux ». Ce mépris n'a d'égal que celui qu'il a maintes fois exprimé à toute époque de sa carrière pour les a vers sans art » (Cf. II, 53, 454, 462 ; VI, 329 ; plus son Abbregé de l'A. P. et ses préf. de la Fraiiciadt^) . On sait d'autre part que le ch. iri du livre II de la Dejfence peut se résumer ainsi : A'u/ nesi poète sans culture et sans art. C'est qu'il y a art et art : il y a l'art du versificateur, qui est stérile sans l'inspiration, et l'art du vrai poète, qui est un auxiliaire nécessaire de ses dons naturels. Toute l'école classique a fait cette distinction après Du Bellay et Ronsard. Nous croj'ons donc que Ronsard a voulu présenter dans VOde à M. de L^Hospital la théorie de la liberté dans Vart, qui condamne la technique tyranniquc des Rhctoriqueurs, et en même temps la théorie de la sublimité de la poésie sincèrement émue, qui condamne la prose rimée des Marotiques. Deux vers d'A. Chénier résument nettement sa pensée :
L'art des transports de l'àine est un faible interprète : L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poète.
1. II, 43. Var. de 1555 toujours conservée depuis : « Fuyés, peuple, je la voi : | Heureus ceus qu'elle regarde, | Et plus heureus qui la garde | Dans l'estomac comme moi. » — L'estomac, c'est ici la poitrine, siège de l'émotion ou sensibilité (9j|jloç, pectus, praecordia] .
sa SOURCES ET ORIGINALITÉ
l'état embryonnaire, diffus ou fragmentaire '. Ronsard croyait pourtant bien pindariser en prenant ainsi à la lettre les façons de parler symboliques de Pindare et de Platon, et en forçant jusqu'à l'outrance leurs métaphores. Mais Pindare, je le répète, aurait sûrement désavoué ce disciple troublé et haletant, ce « fou de sens rassis », s'échauffant à froid et criant comme un forcené à la divinité envahissante :
Heureus ceUii que ta folie affoUe - !
Il aurait simplement dit avec Hésiode : Heureux celui que chérissenties Muses, car un doux langage coule de ses lèvres^.
Tels sont les excès de la doctrine à côté de la doctrine elle-même. Ronsard a compris en gros, et d'une façon remarquable pour son temps, les qualités propres à Pindare, les lois générales et le mécanisme du lyrisme pindarique >. Mais il n'a pas nettement discerné le genre de beauté qui s'en dégage. Comme Pindare il a écrit en vers « repliez » des odes épiques et oratoires avec des légendes, récits, tableaux, prophéties, éloges, digressions, développements gnomiques et tropes divers. Mais il a cru au délire et à l'obscurité pindariques, effet du l'inspiration, au désordre pindarique, elïet de l'art. A cet égard, il mérite au moins les critiques généralement adressées à Boileau, auteur de l'ode 5i(;- In prisc^de iXaviur. J'avoue même, en toute sincérité, que, après la lecture de certaines odes pindariques de Ronsard, l'ode de Boileau, moins prétentieuse, plus claire et d'ailleurs écrite en système strophique simple, m'a paru relativement bonne ^.
Les odes pindariques furent donc une lirillante erreur esihétique de Ronsard. Elles furent suitoul une erreur historique, dont nous devons
1. V pour Calliniaque. Hymne a Apollon, les onze premiers vers; pour Lycophron. Alexandra, les trente premiers l'our les autres sources, v. ci-après, p. 384.
2. II, 134. — .I.-B Rousseau est tombé clans la même erreur que Ronsard, peutêtre en limitant : " Mais quel souille divin m'enflamme .' | D'où naît cette soudaine horreur ? | Un dieu vient échauffer mou àme I D'une prophétique fureur. | Loin d'ici profane vulgaire ! | Apollon m'inspire et m'éclaire. | C'est lui, je le vois, je le sens... » Ode Sur la naissance de Mgr le duc de Bretagne. ) Lebrun, Lamartine, ont été un peu plus heureux dans leurs odes sur VEnlhousiasme. Mais rien ne vaut le Mazeppa de Hugo.