INTRODUCTION XXXIX
que tu pourras faire à plaisir, selon ta volonté, tantost de sept à liuict syllabes, tantost de six à sept, tantost de cinq à six, tantost de quatre à trois, les masculins estans quelquesfois les plus longs, quelquesfois les fœminins selon que la caprice te prendra. Telz vers sont merveilleusement propres pour la musique, la lyre et autres instrumens : et pour ce, quand tu les appelleras Lyriques tu ne leur feras point de tort, tantost les allongeant, tantost les accourcissant, et après un grand vers un petit, ou deux petitz, au choix de ton oreille. »
D'où il est facile de conclure qu'aux yeux de Ronsard et de Du Bellay, l'Ode est un genre incomparable pour cette raison principale qu'elle peut revêtir les formes les plus diverses, les plus variées, par suite les plus expressives, les plus élégamment naturelles ^ En quoi ils renchérissaient sur la pensée de certains Marotiques avancés, que Sibilet avait tant bien que mal exprimée dans son chapitre de l'Ode-. Nous verrons que le poète des Odes a poursuivi de tous ses efforts le caprice et la fantaisie dans l'harmonie. Or comment a-t-il atteint ce résultat, si ce n'est en variant et en libérant le rythme lyrique autant qu'il le pouvait, tout en le régularisant '?
On objecte que Ronsard a très bien conçu l'Ode comme une série de « vers uniformes à rimes plates ^ ». Nous répondons qu'il a conçu l'ode avant tout comme une pièce strophique, et que, si par exception son ode est isométrique à rimes plates, elle est en petits vers, qui, pour les Ronsardiens comme pour les Marotiques, restent l'élément essentiel de la poésie lyrique, en l'absence d'hétérométrie ou de croisement de rimes *. Voici des preuves -. 1° Les odes qui ne sont pas strophiques, ou plutôt qui semblent ne pas l'être, sont extrêmement rares chez Ronsard dès 1550: sur les 107 pièces lyriques de son premier recueil,
1. Il ressort également de ces citations que Ronsard et Du lîellay dès 1549 concevaient l'art comme une imitation de la nature, et voulaient faire une œuvre artistique aussi voisine que possible des œuvres de la nature. Malheureusement, d'autres parties capitales de leur programme contrariaient singulièrement cette excellente conception : tout en cherchant à se rapprocher de la nature, ils ont d abord abouti à une œuvre livresque et artificielle, par suite des excès de leur réaction contre la simplicité et le naturel de l'école marotique, jusqu'au jour où, revenant en arrière et mettant au point leurs idées, ils ont atteint l'art naturel ou le naturel dans l'art, qu'ils avaient vainement poursuivi d'abord.