XL LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD
huit seulement sont isométriques à rimes plates ; et de ce nombre restreint sept sont en petits vers, une seule est en décasyllabes, mais parfaitement divisible en huitains indépendants '. 2» Il a conservé pendant trente ans parmi ses Odes des épitaphes, des hymnes et des élégies uniquement parce que c'étaient des pièces strophiques. 3» 11 a, par contre, en 1585, définitivement enlevé de son recueil d'Odes, pour les classer parmi d'autres genres ou les supprimer, les pièces en longs vers qui ne répondaient pas à celte conception, sauf l'ode liminaire du livre m, qui est plutôt une épitre-préface, tout comme la dédicace générale au Roi.
Ajoutons que la présence et la persistance d'environ vingt pièces en petits vers égaux à rimes plates dans son recueil d'Odes nesulfisent pas à prouver que pour lui la variété des mètres et la liberté des rythmes étaient un caractère secondaire de l'Ode. En effet : 1° Il suivit en cela l'exemple des poètes lyriques lesbiens et ioniens, qui ont traité l'ode légère tantôt en strophes ou groupements de mètres divers, tantôt en système ou suite de vers égaux -. 2° Il songea également aux pièces en hendécasyllabes phaléciens de Catulle et de ses nombreux imitateurs néo-latins, pièces qui ont toujours passé pour une variété du genre lyrique, bien qu'elles soient astrophiques 3. 30 Comme l'absence de ponctuation n'est pas au xvi' siècle, non plus que dans l'antiquité, un obstacle à la division strophique (v. à ce sujet une juste remarque de Banville, Petit traité de poés. fr., p. 163), on peut toujours décomposer une ode de cette sorte en quatrains ou en huitains *. 4° Cette façon de voir était déjà celle de quelques-uns des prédécesseurs de Ronsard, qui avaient très bien conçu l'Ode en vers uniformes à rimes plates, et ce fait à lui seul ruine l'objection s.
(pp. 881 et suiv.). — Le lai 'à couplets hélérométrlques' et le virelai à couplets isométriques), qui, avec la chanson, tenaient lieu de Tode avant le xvi*^ siècle, étaient également en petits vers. Cf. la Rhétorique de Fabri, liv. Il, pp. 51 à 61 de la réimpression Hérou ; VArt poétique de Sibilet. liv. 11, chap. xiii.
1. Cf. Bl., II, p. 127, 208-09, 257,413 451, 463, 46B, 486-87.
2. Cf. A. et iM. Croiset, Litt. grecque, t. II, pp. 207. 256.
3. Cela est si vrai que de nombreuses pièces catuUiennes en hendécasyllabes phaléciens font partie des Carmina de J. Cotla, A. Flaminius, S Mncrin et autres, où elles sont mêlées avec des odes strophiques. — Au surplus, les pièces en hendécasyllabes phaléciens sont lyriques par le fond, qui est celui de Tode légère, et par la forme, ces petits vers {versiculi étant logaédiques et, comme tels, remontant à recelé lyrique de Lesbos.
4. Quitte à terminer la pièce par une strophe incomplète, si le nombre de ses vers n'est pas divisible par 4. Cette demi-strophe finale est du reste assez fréquente dans les poésies lyriques de la première moitié du xvi» siècle, même dans le cas contraire à celui que nous examinons.
5. V. ci-dessus, p xvi, n. 2. Il y en a bien d'autres exemples que ceux de l'Art poétique de Sibilet. Cf. .Marol, éd. Jannet, IV, pp 77, 79 80, 91,1116, 122, 124, 143, etc.; Despériers, éd. Lacour, I, pp. 107-08; Salel \Œuvresdc 1540, De la main de Marguerite; Du