INTRODUCTION XLI
Je vois là simplement une preuve que les Marotiques aussi bien que les Ronsardiens ont poussé la liberté du rythme lyrique jusqu'à l'absence de strophes, non seulement par imitation des syslnnes gréco-latins, mais aussi par réaction contre la théorie de la diflicullé, à laquelle les Rhétoriqueurs avaient réduit l'art poétique '. Concevoir des odes sans strophes, au moins apparentes, c'était donner un exemple de plus de la liberté rythmique de l'ode. La seule différence entre les Marotiques et les Ronsardiens, à ce point de vue, c'est que les premiers négligeaient parfois la régularité de l'alternance des rimes, tandis que Ronsard, pour mieux accuser la strophe dans ces odes à rimes plates, et les « mesurer à la lyre », elles aussi, fit de celte régularité le principe obligatoire de leur rythme, à l'exemple de Marot, auteur des Pseaumes. Bien entendu il admitencore qu'une pièce de cette façon fût toute en rimes d'un même genre, car dans ce cas les quatrains restaient parfaitement réguliers-; mais il rejeta dès loîiO dans son Bocage, « sous autre nom que d'Odes », trois odes isométriques à rimes plates, uniquement parce que leurs rimes étaient irrégulièrement alternées •' : nouvelle preuve qu'il attachait au rythme strophique une importance capitale dans sa conception et sa définition de l'Ode. Des Autels l'a judicieusement remarqué : en 1350, aux yeux de Ronsard, l'Ode n'est pas autre chose qu'un chant « mesuré à la lyre », et inversement un chant « non mesuré à la lyre » n'est pas une ode ; d'ailleurs, en sa qualité de poète marotique pour qui l'invention de l'Ode est antérieure à Ronsard, il ne peut s'empccher de trouver ce dislinrino « ridiculement fait* ». — Enfin, si Ronsard accepta d'abord l'héritage des
CŒiir) ; J. Martin (trad. de VArcadia, 1544, f» 18 r») ; Sainl-Gelais (éd. Bl., I, 191, 194, 239, 257 et passint ; Saiat-Romard, trad. du S" Baiser de Second ; De la mort du passereau d'une damoyselle, d'après Catulle, dans les Traductions, Imitations et Inventions, tant de Cl. Marot que d'autres excellents poètes de ce temps, 1549 ; Sibilet, Iphigene, S. 70 v» et 71 r».
1. Cf. le Quintil Horal. : « Iceus Poèmes (rondeau, ballade, virelay, chant royalj d'autant sont plus beaux que de difficile facture, selon le proverbe grec : -à yaXîrà y.2).5:, choses difficiles sont belles. »
2. Exemple de Marot ; Mon Dieu me paisi soubz sa puissance httulte .lannet, 1\', 101). Exemple de Honsard ; Dieu crespelu qui autrefois Bl., II, 413 .
3. 0 Dieu des exercites '! Bl., 11, 451 1 ; Si cet enfant qui erre Ibid , 463) ; En mai lorsque les rivières Jbid., 466,.
4. Réplique ans fur. def. de Louis Meigret : « Mais ce nie semble ridiculement fait, de nous refuser le nom d'Ode, si l'on nous ottro^'e le nom de Chant. •> Chose curieuse. Du Bellay non plus ne se plia pas tout d'abord à la loi de l'alternance dans les poésies lyriques (cf. Deffenee, II, chap. i\. fin, et préface des Vers Igriques , et par là resta quelque temps en retard sur Honsard qu'il traitait de » superstitieux >, tout comme le faisait des Autels; il avait donc moins de droit oue son ami à proclamer la nouveauté de ses chants. Aussi Des .\utels me semblc-t-il s'être moqué plus encore de lui que de Ronsard dans les lignes qui suivent : f( Et si j'estois tant superstitieux de n'appeler mes Chants, Odes, pour n'estre mesurez à la lire, je me voudrois bien garder de les appeler Vers liriques d'un nom beaucoup plus convenant à ce que j'évilerois. u