‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 312 sur 509 · V. ci -dessus, p. 40f> et note li · texte numérisé non relu

V. ci -dessus, p. 40f> et note li

8 Strophe sur Battus, colonisateur de la Cyrénaïque. Cf. Pind., 5^ Pyth. ; Callim., Hymne à ApoL, vers 65 et la scolie ; Pausanias, X, 15, 7.

9. L'ode entière serait parfaite sans les énigmes mythol. qui en gâtent la lin.

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode (jrave) 415

Nous sommes loin de pouvoir en dire autant de la « psychomachie » qu'il a imaginée dans l'Hymne Iriumphal sur le trépas de Marguerite de Valois, Roine de iXavarre. Elle difTère très sensiblement de celle de Prudence, mais n'en est pas moins malheureuse ^. Les deux grands adversaires sont la Cliair et l'Esprit. 11 est vraisemblable que l'idée de les mettre aux prises a été suggérée à Ronsard par un court poème de la reine de Navarre elle-même, intitulé le Discord estant en l'homme par la contrariété de l'Esprit et de la Chair-, Mais ces vers de la reine ne sont qu'une confession et une prière. C'est ailleurs que Ronsard a trouvé le développement de l'idée. Successivement il nous présente les bandes armées des deux ennemis et les fait haranguer par leur chef ; puis c'est le récit de la bataille ; enfin l'Esprit provoque la Chair en combat singulier et triomphe d'elle.

Non content d'emprunter à Prudence le cadre de cette lutte épique, la description des deux camps, les harangues des chefs, le tableau de la mêlée, le poète a doué de sentiment diverses parties des armures : la Chair possède une lance étonnante,

D'Impatience ferrée Sur la couz dire acérée...

La maille qu'elle vestoit Fut de Paresse estofifée :

En lieu d'armet elle estoit D'une r<(;!i/(' coiffée, Où chanceloit attaché Le vieil timbre de Péché.

Par contre l'un des « chevaliers » de l'Esprit, l'Amour divin, est vêtu

Du harnois de Résistance Tout engravé de Vertu Et redoré de Constance.

Le Moyen Age a-t-il rien conçu de plus factice et de plus froid ? Il a produit de nombreux « débats » du Corps et de l'Ame, avant et

1. Bl., II. 314-20, jusqu'à : « Jesus-Christ à ceste fois. » — Le raijprochenienl que Ronsard fait avant d'aborder la psycliomacliie, entre la lutte de l'âme chrétienne et 1' à'vwv olympique, vient également de Prudence [l'erisleplianon. Hymne 1\', 101-109 . Il est fréquent chez les Pères de l'Eglise (v. par ex. Chr3"sostomc. début de l'homélie sur saint HomanusK Ronsard s'en est encore inspiré dans Vllymne de St Gervaise. où il a rapproché la couronne des niart\'rs de la couronne des athlètes grecs iV, 267). — Pour la preni. strophe, Rons. semble s'être souvenu du début du livre III du Roland furieux d'Arioste icf. Pasquier, Recti. de la Fr., VII, ch. vnr.

2. Cette pièce de vers avait paru dés 1531. Elle fait suite au Miroir de lame pécheresse dans l'édition 1547 des Marguerites de la MarQuerile (C-d. Franck, I, pp. 69 et 159).

416 SOURCES ET ORiaiNALITÉ

après le Homan de la Rose, et depuis le Triomphe de la Chasielé de Pétrarque jusqu'aux dernières œuvres allégoriques des Rliétoriqueurs'. Mais je doute qu'ils contiennent une fiction plus artiticielle, à moins que ce ne soit le livre de Jean Bouchet intitulé les Triumphes de la noble et amoureuse dame, dont notre poète s'est inspiré très probablement 2.

Si nous devions en croire Estienne Pasquier, « les plus riches traits de cette belle hymne que nostre Ronsard fit sur la mort de la Roine de Navarre » seraient tirés de Jean Lemaire « au jugement que Paris donna aux trois Déesses 3 ». Or les pages très poétiques des Jlluslralions de Gaule auxquelles Pasquier fait allusion ne me semblent pas avoir servi à Ronsard, du moins ici. On y trouve bien une description de Pallas armée de pied en cap et l'énumération de ses « pucelles » et « soudars )>; Vénus d'autre part y est accompagnée de ses enfants Cupido et Volupté, de ses « damoiselles » les Grâces, de ses « femmes de chambre », Accoutumance et Tristesse. Mais là s'arrête la ressemblance, et encore est-elle très lointaine *. Ce qui me semble plus vrai, c'est que la première partie de l'Hymne liiumphal présente, outre le défaut général signalé par M. Puechdans la l'sijchomachte de Prudence, celui que la nouvelle école poétique devait reprocher le plus justement à l'époque d'ignorance, à savoir l'abus des abstractions matérialisées ; et ce qui est certain, c'est que cette première partie a par là une très grande ressemblance avec la lin des Triumphes de La noble dame Ae J. Bouchel, de ce Rhétoriqueur que Du Bellay avait si dédaigneusement renvoyé « à la Table ronde » s. En effet, la troisième partie de ce livre mystique contient trois psychomachies : un siège, une bataille rangée et un combat naval, que livrent à l'Ame* incorporée » la Chair, le

1. Pour le rapprochement de la psycltomachie de fionsard avec le recensement des barons d'Amour dans l'œuvre de Jean de Meung, voir H, Cniy. Rev. d'Hisl. lût,, 190'2, pp. 244 cl '245 — I^our les cortèges d'abstractions personniticcs, voir Pétrarque, Triomphe d'Amour, cap. iv, vers 115 à 153 ; Triomphe de Chasteté, cap. i, vers 76 6 96.

2. Ce livre curieux, en prose et vers mélangés, l'ut ofl'ert en 1530 par le rhétoriqueur poitevin à la reine de France Eléonore d'Autriche. Grand succès attesté par 18 éditions en 15 ans 1530 45), d'après l'abbé Hamon [thèse fr, sur J. Bouchet, p. 407). Il est d'autant plus vraisemblable que Konsard s'en est inspiré, que 1 édition de 1536 contenait une épitre dédicace à son père Loys Konssart, protecteur de J. Bouchet à la Cour (Cf. Marty-Lav., Notice sur Ronsard, ex). Cette édition existait certainement soit dans la bibliothèque de notre poète, soit dans celle du manoir de la Possonnière.

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