‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 325 sur 509 · Bl., II · texte numérisé non relu

Bl., II

4. A. Carlaull, Elude sur tes Bucoliques de Viryile (Paris, A. Colin, 1S97J, pp. 91-92, et passini.

ensemble, à moins que les Satyres sensuels ne poursuivent les Nymphes craintives jusqu'aux sources et aux arbres, où elles se dérobent parfois à leurs amoureux transports : symboles gréco-latins, qui, condensés par Horace et Virgile, développés par Ovide et Slace, présentés de çeALl„liicojQS gitJ,oresquej5 et lascives par leurs imitateurs de la renaissance italienne, néo-latine et française, devaient sourire tout particulièrement à l'imagination de Ronsard, admirateur passionné des formes et des couleurs, de la fécondation univexselLeLeLdeJa.ïieL'.

Sensations directement reproduites et réminiscences d'auteurs, vérité et fiction, réalisme et idéalisme, tels sont les éléments, liarmonieusement fondus, et le double caractère des odes rustiques de Ronsard.

'Voyons d'abord le paysage dans son ensemble. L'ode des Louanges de Vandomuis :

O terre fortunée

Des Muscs le séjour-...

chante la vallée pittoresque et fertile ovi le manoir de la la Possonière apparaît en bordure de la forêt de Gastine, comme un joyau dans un écrin vert, à quelques centaines de mètres du bourg de Couture et du confluent du Loir et de laBraye. Pas une strophe descriptive qui ne soit dune rigoureuse exactitude. Mais Horace avait célébré de son côté tantôt cette villa de Tibur, dont la générosité de Mécènes

1. Pour les danses de divinités clianipèlres. surtout au printemps, où \*énus les guide, T. Horace, Carni., I, i, 31 : ^ytnpliarunique leue$ ctim Satyris cliori ; iv, 5-7 ; Jam Cy-

therea choros dttcit Venus, ininiinpiite lima ; \'ii"g.. Bin:. et (îi'orj., passim ; Ovide.

Fusl.. 1,512 ; Met . VllI, 746, etc Klles sont parfois mêlées au cortège de Bacchus, ou à celui d'Apollon. — Cf. Marulle, Hymiius Patii; Flaniinio, Carm,. I, Hyiiiniis in Pana, et passim ; l'ontano, .\mor.. II, Laudes Casis fonds, et passim ; Saitnazar. Kleg. 111, Qnod pueritiam eyerit in Picentinis ; Second, Navagero, etc. ; Lemaire de Belges, Illnstr., I, passim. — Très fi-équent chez Ronsard, où parfois, comme chez ses modèles. les Muses et le poète lui-même se mêlent à ces danses au clair de lune I, 3'21,3()0; 11, 128, 203, 208, 3:i3, 347; IV, lllj ; V, 189 ; VI, 139, 161, 191, 240. etc ,,

Pour la poursuitedes Nymphes par les Faunes libidineux, v. Horace, Carm., III, xviii : Faune, Sytnpharum fugientutii aniator ; Ov., Met. i, hist. de Syrinx ; IX. hist. résumée de Lotis ; FasI. I, hist. développée de Lotis ; II, culte de Faune ; Heroid. V, Œnone à Paris, fin; Stace, Sylu., Il, ii. 106 ; m, 8 à 35. — Cf. Sannazar, l'élégie In morum candidam et l'égl, Su/ices. imitée par Marg. de Nav, dans VHist des Satyres et des Symphes de Diane ; Bembo, Carm.. Galatea, et l'aiinus ad Nymphas ; Pontano, Amor.. II, De qtiercn Diis sacra, el passim ; Marulle Epigr.. I\'. .4(i /''an nu ni ; Lemaire de Belges, llluslr.. I, xxv. - Fréquent chez Ronsard I, 360; II, 148, 160, '272 ; 111. 332 ; VI, 80. 119, 177, 181, surtout le Satyre et le Houx )

2. Je rappelle que c est la même qui dans Bl. commence par Des Autels qui redore, Ronsard y ajouta une strophe initiale en 1578.

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE [Ode légère] 433

avait comblé ses vœux, lanlôt enfin les environs de Tarente, oii son ami Septimius possédait, lui aussi, une villa. Ne soyons donc pas surpris de retrouver dans la pièce française des souvenirs certains de l'ode Velux anuKiium et de l'ode Septimi Gades, que notre poète applique uniquement au domaine paternel et à ses environs. Les bords du Loir, où la corne d'abondance a prodigué ses richesses, correspondent à ceux de l'Anio, oil le poète latin invite la jeune Tyndaris à partager ses loisirs '. Le coteau boisé du Lucretile, voisin de Tibur, et le coteau « vineux » de lAulon, voisin de Tarente, dont les produits ne le cédaient pas à ceux de Falerne, se sont rapprochés dans Ronsard, pour devenir les « deux longs tertres » qui abritent sa vallée contre les « aquilons et les vents du midi » :

Sur l'un Gastine sainte, Et sur l'autre prend vie

Mère des demi-dieux. Maint beau cep dont le vin

Sa teste de verd peinte Porte bien peu d'envie

Envoyé jusqu'aux cieux -, Au vignoble Angevin '.

Mais le Loir lui-même n'a pas l'allure de l'Anio rapide ^. Comme le Mincio bordé de joncs, il erre en détours paresseux 5. Comme le Liris silencieux, il arrose les pâturages d'une eau tranquille ''. Il s'attarde — et ceci n'est poin t. dajij Horace, ni dans^^^y^ — à jouir de la beauté

des rives que ses crues limoneuses ont fertilisées :

Le Loir tard à la fuite, Et rend en prez fertile

En soi s'esbanoyant, Le pays traversé

D'eau lentement conduite Par l'humeur qui distile

Tes champs va tournoyant, De son limon versé.

On ne pouvait voir ni sentir les choses plus justement, ni les exprimer plus sobrement. Puis c'est la note morale. Si mon pays, ajoute Ronsard, revenant à l'ode Quid dedicatum et aux Géorgiques surtout, ne

1. Carm., I, xvii, fin : llic iibi copia | Manahit ad plénum benigno | Riiris bonoriim opulenla cornu... Uans l'ode qui nous occupe, i^onsard n invite aucune femme à vivre avec lui dans le \'endômois. C'est dans le Voyage de Tours qu'il a imité d'une façon originale cette portiu d^ l'ode à Tviidaris ;

QmU.- laui tua AujuLi, cl vitiii eu \'aiidûmoi&.

Là s elcvi'iitau ciel les sommets de nos bois,

Là sont mille taillis, et mille belles plaines.

Là gargouilleut les eaux de cent mille fontaines...

2 Hor. Carni , 1, vu : Tiburni lacus ; I, xvn : cmœnum Lucretilem ; I\', ni : Ei spissae nemorum comae.

.3. Ibid., II, VI : et amicus Aulon \ Fertili Baccho minimum Falernis \ Invidet uvis. i. Ibid., I, vn : praeceps Anio.

5. Vlrg , Georg.. III, li.tardis. flexibuserrat | Mincius et tentrapraelexitarundine ripas 6 Hor., Carm , I, xxxi : rura quae Liris quieta | Mordel aqaa taciturnus amnis.

PIEHRE DE P.ONSAHD. 28

possède ni l'or ni la « gemme » de l'Inde ', en revanche les dieux le ! « fortunent » d'un plus grand avantage :

La Justice, grand erre Et s'encore à cette heure

S'enfuyant d'ici bas, De l'autique saison

Laissa dans notre terre Quelque vertu demeure,

Le saint trac de ses pas, Tu es bien sa maison -.

C'est là que je préfère vivre, c'est là que je voudrais mourir, dit enfin Ronsard, parce qu'il le pensait, parce que vraiment la vie à la campagne lui souriait plus que l'existence de la Cour 3. Mais des vers d'Horace, exprimant la même pensée sous une forme poétique, chantaient dans sa mémoire : Ille lerrarum prœler ornnes | Angulus ridet.... El nus in œlernum \ Exilium imposiliira c>/rnb;e... Ibi lu calenlem \ Débita sparges lacrijma favillam | l^atixamici^. D'oii les troisdernièresstrophes, qui semblent pourtant avoir jailli spontanément de son imagination :

Bref, quelque part que j'erre Là je veux que la Parque

Tant le ciel m'y soit dous, Tranche mon fatal fil

Ce petit coin de terre Kt ni'envoye en la barque

Me rira par sus tous. De perdurable exil.

Là te faudra respandre Mille larmes parmi Les ombres et la cendre De Ronsard ton ami.

Il n'est pas question ici de la rivière de Braye, dont les eaux plus resserrées et moins profondes coulent plus rapidement que celles du Loir. Mais Ronsard l'a mentionnée ailleurs, avec 1 allure propre de son courant, soit dans les adieux Au pais dr Vaudomoia :

Et toi Braye qui roule Entes eaux fortement.

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