‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 327 sur 509 · Hor., Carm., 11, vi, 13 , m, fin ; vi, fiu · texte numérisé non relu

Hor., Carm., 11, vi, 13 , m, fin ; vi, fiu

V Cl :

DE RONSARD POKTE LYRIQUE {Ode légère) 435

Et toi mon Loir qui coule Un peu plus lentement ' ;

soit dans l'Election de son sepulchre, oh il exprime sa voloûté de dormir le dernier sommeil à leur conduent, dans une « isle verte » que le Loir embrasse,

Là où Braye s'amie

D'une eau non endormie

Murmure à l'cnviron De son giron -.

Le Loir a du reste l'honneur d'avoir, lui tout seul, inspiré deux odes à Ronsard. L'une, adressée il la source du Loir, mériterait d'être entièrement citée. Elle se résume ainsi : Sois fière, source léconde, d'arroser mon pays paternel ; c'est le plus beau de France ; les Muses y habitent et Apollon lui-même, qui sur tes bords a « ravi la jeunesse » d'une nymphe. Passe par Vendùme, source cristalline, et salue mon ami La Haye, le poète. Voici des roses que j'effeuille en ton sein, favorise nos pâturages et nos champs, et qu'en récompense le dieu de la mer te fasse bon accueil. — Un parfum d'antiquité s'y mêle agréal3lement à l'odeur du terroir -, la description, la prière, le souhait final, sont srécoromains, mais ils n'en sont pas moins vendômois. Ovide a passé par là, mais il a cédé la place à Ronsard 3.

L'autre ode, adressée Au fleuve du Loir, est d'une forme moins heureuse, même dans sa dernière rédaction ; mais l'idée dominante et deux strophes d'une belle venue demandent qu'on s'y arrête. Le poète rendra le Loir, dont « la bonté ne cède au Nil », aussi fameux que les tleuves chantés par les Grecs. Que les rives du Loir, en retour, « bruissent » éternellement le nom de Ronsard, clamant aux « pèlerins » futurs la docte initiative de sa Muse, la noblesse de ses origines, la nouveauté de son lyrisme, les beautés de sa Cassandre. — AvecTéthyset l'Amphryse nous entrevoyons la Grèce ; les deux dernières strophes

1. Bl.. Il, 246. Sur ceUe ode, v. ci-dessus pp. 5G, 369, 405 et 406, noie 1.

2. Ibid., 250. Cf. pp. 128 el 234. — Bien que l'ode De l'eleclion de son sepulchre soil une ode pastorale, el qu'on puisse la considérer comme la suite naturelle de l'ode des Loiwitgesde Vandomois. je n'ai p.ns cru devoir la ranger parmi les odes légères (v. cidessus, p 369 .— Mais je dois dire ici que le tombeau rêvé par Ronsard en 1550 n'est pas Saint-Cosme en l'isle. près de Tours, comme l'a écrit Sainte-Beuve, mais un ilôt verdoyant, ombragé de peupliers, que l'on peut voir encore à Couture, devant le château du Pin. où se rencontraient de son temps le Loiret la vieille Braye. Cf. Hallopeau, Le Bas- Vendômois. pp 93. 173 el suiv.

3. Les strophes 4 et 5 rappellent deux épisodes des .Wélamorp/i., celui d'Apollon et Daphné. celui de Jupiter et lo. Mais il se peut que Ronsard ait plutôt songé au récit que la Nymphe Pegasis fait à Paris de sa défloration par .'\pollon dans Lemaire de Belges llliistr de Gaule, I, ch. xxvi, d après Ovide. Héroide V.

436 SOURCES ET ORlGl.NALrrÉ

contiennent un écho de Virgile et d'Horace ' ; et pourtant nous restons dans les prés de Couture, tout près du « nid paternel», peut-être au moulin Ronsard, à moins que ce ne soit au château du Pin, où le Loir est le plus éloquent à vanter le génie de son poète.

Après la rivière la forêt, « Gastine sainte », à l'ombre de laquelle Ronsard écrivit ses premiers vers et ses derniers 2. Elle couvrait alors tout le Bas-Vendômois sur la rive gauche du Loir el s'étendait de plusieurs lieues en profondeur dans la direction de Tours 3. Il n'en reste aujourd'hui que des bouquets de bois épars, assez épais toutefois et nombreux pour qu'on y reconnaisse sans trop de peine la « haute maison des oiseaux bocagers » si chère au poète. Résumons et citons, d'après son texte remanié, l'ode A la forest de Gasline. Ronsard la chante, comme les Grecs « la forest d'Erymanthe », en retour des obligations qu'il lui a. — C'est elle qui le « ravit d'esprit », elle qui fait (c que les Muses lui répondent », elle qui le délivre des « soins importuns ». — Il lui souhaite donc tout le bien qu'elle mérite :

Tes bocages soient toujours pleins

D'amoureuses brigades De Satj les et de Sylvains,

La crainte des Naïades.

En toy habite désormais

Des Muses le collège.

Et ton bois ne sente jamais

La flamme sacrilège.

Un nom sonore de forêt grecque, la mention de quelques divinités plastiques, tel est l'apport très acceptable des vers d'Homère el d'Horace qui hantaient l'esprit de Ronsard *. Le reste vient de son imagination, émue par les sentiments de reconnaissance et de respect quasi

1. Géorg., 111, vers 10 à 12 ; Cann., III, xxx. vers 10 à 14.

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