Id , 1, 183, Voyage de Tours
4. Odijss., VI, 102 el suiv. — (larm., III, xvni. Le vers d'Hor. Faune, Xymp/innini fugienlum antator, ayant été délayé par tous les poètes néo-latins, il se peut que R. ait imité leur imitation, par ex. ces vers de Navagero : Hic habitant Satyrique et ai/restia nuwina Fanes \ Et timor errantum Faunus Hamadryadum ; ou ceux-ci de MaruUe ; Syïvarnm nemorumqae Faune cultor, | Unus Xaiaduni tiinor sororum. — Faut-il voir encore une réminiscence du letttus in unibra de Virg. dans ces premiers mots : 0 Couché sous les ombrages vers » .' Va ce distique : « Toy qui fais qu'à toutes fois | Me respondenl les Muses, » — vieudrait-il de Sannazar : At mihi pagnnne dictant syloestria Musae... Fidaque secretis respondet sylva querelis (Eleg I, 1' ou de \ irgile ; Non canimus surdis ; respondent ontnia sihac ^Buc.. X' ?
DE RONSARii POÈTE LYRini'E [Ode légh'e) 437
religieux qui ^'aBJm^y^Bt |,QBte ,sa YlS^^JaiiliLiàlsLaEP.a si éloquemment trente ans plus tard dans la fameuse invective aux bûcherons prpfen^tevtfs '.
Mêmes sentiments à l'égard de la fontaine Bellerie, la plus belle des sources qui « sourdaienl » à la lisière de la foret. Ce n'est point un nom de fantaisie. La terre de la Bellerie existait bien. D'anciens actes et le cadastre de la commune de Couture en font mention. Mais les habitants l'appellent maintenant par corruption la Belle Iris. Elle est située à l'est et tout près du domaine de la Possonnière, dont elle faisait partie jadis. Seulement la « fontaine » a perdu tous ses 'Charmes depuis qu'on l'a captée au fond d'une cour de ferme ; plus de jet vif, plus de nappe « argentine, emmurée d'herbe fleurie » ; il ne reste visible que l'antre creusé dans le tuf, surmonté de viornes et de vigne folle, d'où elle jaillissait ". — Au temps de la moisson,
Quand l'aire par compas resonne Dessous l'épi de blé battu,
Ronsard venait goûter près de son onde le repos et la fraîcheur. Là, « caché sous les saules vers » ou « couché tout plat dessus la rive », il notait des sensations : «le pré verdelet, l'ombre épaisse et drue, les pasteurs venant des parcs, le rocher percé qui darde »,
Avec un enroué bruit L'eau de la source jazarde Qui trepillante se suit,
« l'azur du ciel dans le cristal courant, la course serpentiere »,
Caquetant sur le gravois D'une flo-flottante vois '.
Mais Horace ayant écrit l'ode 0 fon.i Bandusix, Ronsard la fit passer , presque entière dans son ode 0 fontaine Brllerie,eny ajoutant quelques traits de poètes horatiens. La Bellerie, refuge des nymphes qui fuient « le satyreau », inspiratrice du poète, bienfaitrice de sa «terre paternelle », reçut à son tour l'hommage « d'un petit chevreau de >/ lait *. » Dans une autre ode, qui semble plus personnelle, Ecoute un
1 L'Elégie contre les bûcherons de la fnrèt de Gastine n'a paru qu'en 1584.
2 Voir ce que j en ai dit dans la Hett. d Hist. litt. de janv. 1902, p. 76, note 3, et dans mon édition de la Vie de Ronsard. Commentaire, aux mots ■■ fonteine liellerie " .
3. Pour les citations relatives à la fontaine lïellerie, v. Bl., II, 148, 208, 343-49.
4. La prem str est faite avec le premier vers de l'ode d'Hor. ; un vers de J. Colta: Calor. bonarum cura anwrqiie ^ympliarum Carm , AdCalorem flui-'itini] ; un passage de
43S SOUKCES ET OHir.IlVALITÉ
peu fonlahie vivo, Ronsard lui adressa le même souhait pieux et païen qu'àla forèl : Que le bœuf et le bouvier voisins gardent toujours pour loi une « dévote religion » ;
Ainsi tousjours la lune claire Voye à mi-miiict au fond d'un val Les Nymphes pies de ton repaire A mille bonds mener le bal '.
Une troisième ode à la mêmefonlaine: Je venu, Mm^en atis heans >/eun, développe des sentiments anajggy^s. mais avec un luyQ,<3^ détails ,çoI o rés. dp diminutifs caressants qui s'expliquent parla nature du sujet e l les modèles choisis. C'est pour avoir lavé le beau corps de Cassandre, dont Ronsard nous trace une peinture idéale, d'après Pétrarque et surtout d'après le poète néo-latin Flaminio et d'autres poètes voluptueux de l'Italie renaissante, c'est pour avoir fait à son amie nue « un doux chevetde son bord », qu'il verse sur le <( sein ondelct » de cette source « des lis, des roses, du miel et du lait », comme l'eut fait Virgile'-, en priant les dieux champêtres d'y continuer à jamais leurs harmonieuses «carolles», sur des rives éternellement « franches », au bruit d'une onde éternellement pure 3.
Ronsard ne s'est pas contenté de peupler son Vendômois d'êtres
Stacc (5y/[i.. II. 3). qui leprcsente Pholoë plongeant dans l'eau d'une fontaine pour échapper àla poursuite de Pan : peut-èlrece passage de Ponlano : 0 qiiies Ias$is fiigieiitihusqiic I Pana Xapiieis (Anior., I, Aitrant alloquiliir), — La 2'' str. correspond aux strophes 1 et- d'Moracc ; la 4*^ et la 5*^ aux strophes 3 et 4 d'Horace. — A noterl'exclanuttiou nnlifjue 16 «[ui exprime la joie ;tous les poètes néo-latins l'ont prise à Catulle et Horace qui l'avaient héritée des Orecs ; Ronsard, à leur exemple (cf. BI., I. 92; II, 187 ; VI. 374-751.
1. Cette ode est faite eu partie de réminiscences lioraticnnes, mais hien assiiuilées : ... nnnc viridi nientbra sub arbuto | Slraltts. iiutic ad aqiiae lenecaput sacrae... Prope riinim sowniis in luTba. — .lani Cylherea choros ducil Venus, imminente luna — Pontano avait écrit sur le luénie ton : Landes Casis fontis, et peut-être Ronsard pour sa dernière troplies s'est-il souvenu de cette autre pièce du même: Casim fontcnt aegrotus alloqaitur (Amor., II .
2. Géorg., I, 344 (culte de Cérès). Pour ces offrandes païennes, cf. l'ode De Velection de son sepulchre, la lin de l'ode pastorale Bien-henreuse et Chaste rendre (IV, 118 .imitée en partie de 1 églogue \' de \'irgile, le premier chœur des bergères dans la Bergerie [Id., 7-8;, et la fin du sonnet Comme on voit sur la branche.
3. Bl., II. 343 et sulv. Le point de départ de celte ode est la canz. XI de Pétrarque ; mais cette canz. a été paraphrasée jîar Flaminio dans l'ode 0 fons Melioli sacer, dont l'héroïne, Delia, se baigne d'abord, puis se revêt et repose au pied d'un arbre voisin. Sur le caractère fictif de l'ode de Ronsard, v. ci-dessus, p. 116 ; pour le détail et le complément des sources, v. ci-après, pp. 450, 4.58 -,TO. Ronsard a repris quelques passages de la seconde partie dans les Stances de la fontaine d'Helene, qui se déroulent en alexandrins de toute beauté avec des souvenirs lointains et estompés de Théocrile, de Virgile et d'Arioste ( RI , I. 357). Cette « fontaine d'Helene» a réellement existé, comme celle de la Bellerie ;V. mon édition de la Vie de Ronsard. Commentaire, aux mots « garde son nom » I.
DE RONSARD POÈTE LYHIOI'K [Odii li^fji're) 439
imaginaires etde faire dormir au bord dos sources des femmes idéales. 11 a peint sur le vif les vrais habitants de la campagne, paysans au travail, laboureurs et ber^rers. troupeaux au pâturage ou à l'abreuvoir. et cela dans les mois les plus chauds de l'année, où les animaux et les hommes jouissent davantage de la fraîcheur bienfaisante des arbres e t des eaux. C'est dans l'ode Sur la venue, de l'Esté qu'apparaît ce réalisme de bon aloi. On y voit les « mesnagers ^ occupés à la moisson et à la fenaison ; les femmes qui portent sur la lète
Des pLits de bois et des baris Et, fil.int, marchant par la plaine Pour aller soulager la peine De leurs laborieux maris ;
le paire qui devance l'aurore et réveille « au son de la corne » le troupeau parqué dans les prés; les chèvres vagabondes, qui
Sur les rives des belles ondes...
Des fronts retournez s'entrechoquent.
A l'heure où chante la cigale, où « nul zepliyre n'haleine » ni les fleurs ni les bois,
Adonc le pasteur cntrelasse
Ses pannicrs de torte pelasse,
Ou il englue les oiseaux.
Ou nu comme un poisson il noue
Et avec les ondes se joue.
Cherchant le plus profond des eaux.
Un peu plus loin voici les bêtes qui « le nez contre terre » se pressent aux fontaines murmurantes « dévalées du rocher » ; voici les bœufs qui « remaschent » sous les chênes ombreux, la génisse qui mugit, le pastoureau qui « sonne du llageol ». Au coucher du soleil, les troupes rassemblées vont boire, mais seulement « du haut de la bouche »,
Le premier front des pleins ruisseaux ;
puis elles regagnent « au son des douces musettes » l'enclos habituel pour y goûter « le dormir qu'elles reçoivent »
Lentement jusqu'au point du jour.
Sans doute on peut retrouver rà et là quelques souvenirs d'Horace, surtout de Virgile, dont les DucoUgues e j les Grorgiques contiennent
440 SOVRCES ET ORIGINALITÉ
plus d'une scène du mpme genre ^. Mais ils ont un caractère si général et sont si bien fondus dans l'ensemble qu'on ne les distingue point tout d'abord. La part des impressions directes me semble ici plus considérable que celle des ornements empruntés, et cette pièce serait lUi— chei'-d'œuYre- d& desjji.ption simple, si « les bras du Cancre » ^Je « pnil dfi rierés jaunissant », le-^ « fleurs Apollinées », « Erigone la pitoyable » ne la gâtaient quelque p e u •
L'ode sur YAvnnt.-ventie du Printemps est beaucoup moins personnelle. Elle ne développe que des lieu.x communs qui viennent d'Horace, de Virgile, de Lucrèce et d'Ovide -. Il n'y est question ni du pays ni des habitants du Vendômois. Les allégories s'y succèdent comme sur des panneaux décoratifs brossés à grands traits : leTaureau du zodiaque « decrouille de sa corne les portes de l'an nouveau » ; le Temps « ouvre l'huis à la Nature » ; les Nymphes des eaux et des plantes s'affranchissent de l'Hiver; .lupiler féconde Junon qui «répand sur la terre sa charge divine » ; 'Vénus paraît, l'Amour frappe tous les êtres ; le Navire quitte le port et l'Armée entre en campagne. Le tout couronné par des considérations morales inopportunes, auxquelles une réminiscence de Virgile a entraîné le poète, et dont la gravité triste fait un singulier contraste avec l'allégresse tout à fait de saison qui égayé les trois quarts de la pièce ^.
Nous préférons de beaucoup les odelettes printanières ou estivales qui nous transportent à Couture. Dans Vffi/mnp à Saint Gervahe et Protaise, Ronsard célèbre les patrons de son village natal, dont il chôme la fête avec les pieux paysans. Voilà un fait précis, une réalité locale *, un milieu très particulier, où nous savons qu'il se plaisait;
1. Les deux premières str. rappellent : Jam clams occiiltttm Andromèdes pater.., {Carni., III, xxix, vers 17 à 24) ; Hoc. ubi hiulca sili findit Canis aestifer arva 'Géorg., 11.353). Pour la 4«. cf. Btuol. II, 10 11 ; pour la 5'. Georq., III. 324 ; pour la 8^ Bucol. II. 12-13. et Gcorç,.. III, 328 : pour la 9% Bucol II, 72. et X, 71. Plus loin on reconnaît encore un ou deux vers d'Horace [Carm , III, xiii, 9*, et de Virg. Géorg., II, 470 : III. 144 et 33.ÏI. Les » Biles des troupeaux lascifs » correspondent à lasciua capella de Virgile [Bucol II. ()4V Les o troupes camuscttes » désignent les chèvres et les brebis, comme dans \'irgile simae capellae ild., X, 7i. Mais il n'y a ni traduction ni paraphrase, pas même partielle. Les citations se perdent en quelque sorte dans le lointain.
2. La première str. vient de Virg., Géorg.. I, 217. A partir de la troisième, Ronsard s'est inspiré 1" d'Horace, I, iv, Sohilur acris hiems : 2" de Virg., Géorg . I, 43, Vere novo. et II, 323-3.i ; 3» de Lucrèce. I, 10-20. et V, 735 , It ver et Yemts .., à moins que cène soit de Virgile. Georg, III, 242 et suiv. ; 4" de Virg . Géorg. II. .336-40, etI.125et suiv. : 5» d'Ovide. Met. I, les quatre âges. Peletier avait également publié en 1547, d'après les Géorg. de ^^irg-, une ode du Printemps et une ode de l'Esté ; Du Bellay, dans ses Vers lyriques, une ode Du retour du printempi imitée d'Horace.