Carm., lib^ IV, p. 2S8 de l'éd. de
4. Pourtant le Canzoniere de Pétrarque, bréviaire de mille poètes de la fin du xv'' siècle et de la prem. moitié du xvi"^, ue contient rien d'analogue. Pétrarque dit au contraire : « Koréls. rochers, champs, fleuves et monts, le temps dompte et change tout ce qui est créé » ^sextine j;. A vrai dire, il lui est arrivé après la mort de Laure d opposer à la
•■ Iristesse de son deuil l'indillèreuce de la nature, dont aucune infortune humaine n'ai-
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE [Ode légère^ 463
Quand je suis vint ou trente mois Sans retourner en Vandomois, Plein de pensées vagabondes Plein d'un reraors et d'un souci, Aus rochers je me plains ainsi Aus bois, aus antres et aus ondes.
Rrir-horo bien que soies âgés De trois mil ans, vous ne changés Jamais ni d'estat ni de forme :
Mais toujours ma jeunesse fuit, Et la vieillesse qui me suit De jeune en vieillard me transforme.
Rui';. bien que perdiés tous les aus En l'hiver vos cheveus plaisans, L'an d'après qui se renouvelle.
Renouvelle aussi votre chef :
Mais le mien ne peut de rechef Ravoir sa perruque nouvelle.
Ant[-p|; je me suis veu chés vous Avoir jadis vcrds les genous, Le cors habile, et la main bonne :
Mais ores j'ai le cors plus dur.
Et les genous, que n'est le mur Qui froidement vous environne.
0"llffi sans fin vous promenés.
Et vous menés et ramenés Vos flots d'un cours qui ne séjourne Et moi sans faire long séjour Je m'en vais de nuit et de jour.
Mais comme vous je ne retourne.
Si esse que je ne voudrois Avoir esté ni roc ni bois, Antre, ni onde pour defeudre Mon cors contre l'âge emplumé.
Car ainsi dur je n'eusse aimé Toi qui m as fait vieillir, Cassandre.
Je m'étonne qu'on n'ait pas encore accordé à ces beaux vers l'attention qui leur est due. La simplicité, la concision et la plénitude sont leurs moindres mérites. C'est d'abord un chef-d'œuvre de composition. La strophe initiale contient la division en quatre mots, qui sont repris en tête de chacune des quatre strophes centrales : le poète se plaint de vieillir vite, et de bientôt mourir, successivement aux rochers, aux bois, aux antres et aux ondes de son pays natal. La strophe finale con-
tère la joie élernellemeiil renouvelée (sonnet Zephiro tornai ; mais c'est un sentiment tout différent de celui qui a inspiré Ronsard, surtout dans l'ode que nous transcrivons
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tient un résumé de ces quatre plaintes en reprenant les quatre mots générateurs de l'ode. Bien mieux, les stroplies centrales sont toutes construites sur le même plan symétrique ; chacune, d'elles oppose avec une variante la nature éternelle à l'homme périssable, et rien n'est pj^us poignant que celte quadruple répétition du même regret sous uneforme dHTérentc. — La conclusion est plus remarquable encore : elle produit un effet d'autant plus grand qu'on ne l'attendait pas. Jusqu'à la dernière strophe le poète semble envier l'éternité du monde inanimé, mais il n'en est rien. La mélancolie que lui cause le contraste de la nature et de l'homme se trouve largement compensée par la joie d'avoir senti, par la douceur d'avoir aimé. Un rocher, dit ailleurs Ronsard,
Un rocher n'aime point, nu ehesne, ny la mer : Mais le propre sujet des hommes, c'est d'aimer '.
Si la nature a cet avantage sur l'homme d'être immuable, elLejEuaeltfl__ infériorité d'être impassible ; l'homme n'est qu'un roseau, le plus faible qui soil, mais unroseau sensible ; c'.est là sa revanche, . car il vaut mieux vieillir en aimant et mourir ajiFis a\oir aiiué, même au prix de la souffrance et sans espoir de retour, que d'être et de durer sans les émotions de l'amour. — Oui, Ronsard fut bien inspiré quand il écrivit cette ode, et beaucoup plus original, ou je me trompe fort, que lorsqu'il s'écria d'après TibuUe ou Pétrarque : « Que ne suis-je insensible ? » - et, d'après Lucrèce,
Le (lesir u'est rien que martire...
Heureu.\ qui plus rien ne désire ! ^
Tels sont les sensations et les sentiments de Ronsard en présence de la nature extérieure. On l'a très justement dit : « Il était provincial, et volontiers rural aussi ^. » Comme Lamartine, il est « né parmi les pasteurs », et il a souhaité de dormir parmi eux son dernier sommeil ^. lia partagé durant son enfance et sa jeunesse l'existence des paysans